PANSEMENTS. — ANTISEPSIE
Dans la première moitié du xixe siècle, on s’en tenait encore, en France, aux anciens modes de pansement des plaies, qui consistaient en onguents, cérats, corps gras dont on enduisait des plumasseaux de charpie, méthodiquement et minutieusement étirés. Dupuytren et son école étaient sous ce rapport d’une exigence absolue. Savoir faire un beau plumasseau de charpie était alors considéré comme une preuve d’habileté. Les cataplasmes jouissaient aussi d’une grande faveur. Les pansements à l’eau, les bains prolongés dans l’eau, employés à l’étranger, n’avaient pu s’acclimater en France, malgré des essais assez favorables, bien que des empiriques, à la campagne, traitassent les ulcères variqueux en envoyant les malades prendre des bains locaux dans les eaux courantes.
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En 1 854, la glycérine remplaça le cérat, etDemarquay la présenta, en 1 85 g (1), comme le meilleur des topiques. Quelques mois après, Velpeau signalait à l’Institut'21 les bons résultats obtenus à l’aide de la poudre de Corne et Demeaux, mélange de goudron de houille ou coaltar et de plâtre. Le Beuf conseilla le coaltar saponiné'31, que Lemaire employa comme désinfectant et antifermentescible (1). En 1860, Bobeuf proposa le phénate de soude ou phénol, qui fut expérimenté par Lemaire. Mais ce dernier ne s’en tint pas là, et le 4 mars 1 86 1 , il communiqua à l’Institut'5' ses premiers essais avantageux avec l’acide phénique. Il est donc juste de rendre à Lemaire l’honneur qui lui revient dans l’emploi de la méthode antiseptique. C’est en i863 qu’il publia le résultat de ses expériences'51, et ce n’est que dix ans plus tard que la méthode fut vulgarisée par Lister.
L’acide phénique possède des propriétés parasiticides incontestables, et c’est l’un des plus grands ennemis des microbes.
Frappé de l’insalubrité des hôpitaux, Batailhé avait publié, avec Guillet, un travail sur l’alcool et les composés alcooliques en chirurgie'71. Lestoquoy (d’Arras) avait déjà employé avec succès les pansements alcooliques. En 1 863 , Nélaton mit ces pansements en usage dans son service de l’hôpital des cliniques et il en obtint de magnifiques résultats'81. La mortalité s’abaissa considérablement et on ne rencontra presque plus de pus. On faisait la guerre aux microbes sans le savoir. Du reste l’emploi des teintures alcooliques, baumes, vulnéraires, était en usage depuis longtemps, surtout comme résolutifs.
Au commencement du siècle, Pelletan, Boyer, Dupuytren levaient
(4) Comptes rendus de V Académie des sciences
(s) Comptes rendus de V Académie des sciences 1860, p. 1178.
(5) Comptes rendus de l'Académie des scienc
>, de V alcool . 3 864; De Gaulejac,
à l'aids de T alcool et des teintures alcooliques, thèse, i864; CLedevergne, Bull, thér., 1864, p. 249. 3o8, 346.
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le premier appareil de leurs amputés le troisième ou le quatrième jour, le changeaient tous les jours, puis tous les deux ou trois jours, puis on éloigna de plus en plus le jour du pansement.
La réunion immédiate est aujourd’hui le rêve de tous les chirurgiens. On essaya le diachylon, les agglutinatifs, les emplâtres à l’oxyde de zinc, les feuilles de plomb, les taffetas gommés, le collodion élastique, etc. Vinrent ensuite les moyens mécaniques, les sutures, les serres-fines de Vidal (1 84g), les pinces à pression continue et graduée de Marcellin Duval ( 1 853 ) , les pinces hémostatiques de Péan, les sutures métalliques , qui nous viennent d’Amérique, le crin de Florence, le catgut, etc.
Jules Guérin , ayant établi que les enduits dits imperméables n’offraient qu’une protection illusoire et considérant la présence de l’air comme la cause de la suppuration, chercha à faire l’occlusion pneumatique et l’aspiration continue. Jules Guyot, de son côté, imagina un appareil à incubation. En résumé, sans être bien arrêtés sur la pyogénèse, les chirurgiens avaient entrevu l’action nocive de l’air. Demarquay et Lecomte essayaient les bains d’acide carbonique, puis les bains d’oxygène.
Conduits par cette idée que l’air atmosphérique est le véhicule des germes pyogéniques, Chassaignac et Laugier avaient imaginé en i844 le pansement par occlusion, fait à l’aide d’une cuirasse de diachylon ou avec la baudruche gommée. Alphonse Guérin, de son côté, chercha, en 1870, à mettre les plaies à l’abri du contact de l’air. Il pensa que l’ouate avait la propriété d’arrêter au passage les microbes atmosphériques, et il inventa les pansements ouatés qui lui donnèrent d’excellents résultats.
Lemaire avait démontré les bons effets de l’acide phénique; Pasteur avait donné la preuve expérimentale de la présence des germes pathogènes. Lister n’eut donc qu’à faire l’application des recherches de Lemaire et de Pasteur. Si la technique minutieuse appartient à Lister!'),
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la découverte est toute française. Jusqu’alors beaucoup de chirurgiens se contentaient des soins de propreté, soins recommandés par Hippocrate et Gàlien. J.-Lucas Championnière assista aux pansements de Lister et importa chez nous sa méthode111, qui fut acceptée plus ou moins vite par les chirurgiens. Aujourd’hui les pansements antiseptiques sont employés dans tous les services hospitaliers.
Dans la crainte que les instruments eux- mêmes ne fussent des agents de transmission des germes microbiens, on les a stérilisés. On est allé plus loin encore, et on a eu recours, pour la diérèse, au thermo-cautère, au galvano-cautère. Les chirurgiens ont aussi appelé l’électricité à leur secours, et sans pouvoir prédire ce qu’il adviendra de tous ces progrès chirurgicaux, on peut se demander si l’excessive propreté n’est pas l’un des meilleurs prophylactiques de la pyogénèse, n’est pas l’un des plus puissants antiseptiques.
Le cautère actuel est un vieux procédé qui remonte presque aux premiers temps de la médecine et qui, à la fin du siècle dernier, était un peu tombé en désuétude, lorsque Percy chercha à le réhabiliter. Bonnet (de Lyon) généralisa l’emploi du fer rouge pour le traitement des hémorroïdes, l’ouverture des kystes, des loupes, des abcès, etc. En 1857, Nélalon employait le gaz de l’éclairage pour cautériser les ulcérations du col utérin. Paquelin inventa, en 1877, le thermo-cautère qui porte son nom, et qui constitue le meilleur moyen de diérèse connu jusqu’à ce jour.
On a emprunté à la chimie différents agents caustiques, tels que le nitrate acide de mercure, un mélange de chlorure de zinc et de farine de froment (pâte de Canquoin), un mélange de potasse caustique et de chaux vive préparé convenablement et coulé dans des tubes de plomb (caustique Filhos) pour les cautérisations utérines, etc.
La cautérisation galvanique constitue aussi une des précieuses acquisitions de notre époque. La pile fournit une action chimique et une action thermique; la première décompose les combinaisons les
plus stables, l’autre a une action thermique des plus prononcées. Davy, en 1806, tenta le premier de décomposer les tissus animaux avec l’électricité dynamique. Fabré-Palaprat, en 1828, l’employa pour l’application des moxas.
La propriété coagulante des courants électriques était connue depuis longtemps, lorsque Pétrequin, en i845, obtint le premier succès et la première guérison d’un anévrisme par l’électricité. Broca, dans son Traité des anévrysmes, ne se prononce pas d’une façon bien précise sur ce procédé; toutefois il reconnaît que la galvano-poncture convient aux anévrismes que leur siège spécial soustrait à la compression indirecte et même à la ligature
Depuis cette époque, la galvano-caustie a fait son. chemin et a pris une place importante dans la pratique chirurgicale.
L’électrolyse a sur la galvano-caustie l’avantage de la simplicité : elle agit plus rapidement que les caustiques et peut être employée dans des régions où ceux-ci ne peuvent pénétrer.
On doit à l’esprit ingénieux de Chassaignac deux inventions d’une application utile en chirurgie : le drainage et l’écrasement linéaire.
Le drainage remonte à i853. Ferry, J. Cloquet, Baudens, avaient recours soit à des tubes métalliques fenêtrés, soit à des canules élastiques, pour l’écoulement de certains liquides pathologiques. Chassaignac en a. fait une méthode, qu’il a développée dans son Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgical, publié en 1859. Le drainage est un des titres de gloire de Chassaignac.
L’écrasement linéaire avait pour but de prévenir les hémorragies consécutives aux opérations, et l’empoisonnement miasmatique. Aujourd’hui ce procédé n’est plus guère employé que pour l’amputation de la langue, l’ablation des polypes de l’utérus et du rectum. Il constitue une méthode oblitérante, la seule qui puisse être comparée avec la galvano-caustie.
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