MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
C’est la Salpêtrière qui est en France le berceau de la pathologie cérébro-spinale. Pinel avait ouvert la voie. En 1819, Rostan y découvrit le ramollissement du cerveau; en 1820, Lallement décrivit l’encéphalite périphérique diffuse. D’un autre côté, Bouillaud, en 1825, fixait le siège du langage articulé , que Broca précisait plus tard. En 1 8 3 6 , Cruveilhier faisait paraître ses premiers travaux sur l’apoplexie cérébrale, indiquait l’apoplexie médullaire dans son Atlas d’anatomie pathologique (1>, et Baillarger décrivait les hémorragies méningées. Magendie, en 1 83g , publia ses Recherches sur les fondions et les maladies du système nerveux. En i84i, Valleix faisait connaître les points douloureux des névralgies. En i85o, l’atrophie musculaire progressive fut placée dans le cadre nosologique par suite des travaux d’Aran , de Cruveilhier et de Duchenne (de Boulogne). En i855, Millard décrivit les hémiplégies alternes par lésions de la protubérance annulaire. Quelques années après, en i858, Duchenne fit connaître l’ataxie locomotrice progressive, aujourd’hui tabes dorsualis, et ses travaux élargirent le cercle des connaissances sur la pathologie du système
ÉVOLUTION
Le premier, il a étudié l’incoordination et a démontré quelle dépend, non d’une paralysie, mais de la perte du sens musculaire. Cette maladie a été ensuite étudiée par Jaccoud, Topinard, Charcot, Vulpian, qui ont signalé la lésion médullaire qui la produit et la partie de la moelle qui est atteinte. Charcot a décrit les arthropathies qui l’accompagnent. En i883, Déjerine a décrit l’altération des nerfs cutanés chez les ataxiques. Duchenne poursuivit avec persévérance et ténacité des expériences électro-physiologiques qui lui ont servi à découvrir de nouvelles espèces morbides, à comprendre et à exposer la genèse de nombreuses déformations congénitales ou acquises, les unes non encore décrites, les autres incomplètement ou mal étudiées. Ses ouvrages sur l 'Électrisation localisée, sur la Physiologie des mouvements, sur la Paralysie musculaire graisseuse pseudo-hypertrophigue , sur Y Atrophie musculaire graisseuse progressive et la Paralysie générale lui méritent une des premières places dans la pathologie du système nerveux.
En i863, Cahen, ancien chef de clinique, décrivit les névroses vaso-motrices (1); en 1866, Duménil, de Rouen, fit connaître les paralysies périphériques et spécialement la névrite®. Avec Charcot, Vulpian et leur école , la pathologie du système nerveux acquit une grande précision.
En 1866, Charcot et Vulpian ont fait de la sclérose une entité anatomo-clinique, et en ont tracé magistralement le tableau symptomatique et les caractères anatomo-pathologiques®.
On avait étudié sous le nom de névropathies un certain nombre de maladies nerveuses, et Bouchut®, dans son cours officiel à la Faculté, isola les désordres névropathiques et en constitua un état pathologique particulier qu’il appela le nervosisme. C’était un pas vers la neurasthénie, qu’un médecin américain, Beard, dégagea du chaos des maladies nerveuses (1868).
W Archives générales de médecine, 1 863 , t. II, W Bail, de la Société médicale des hôpitaux,
p. 4^8, 56i et 696. 1866, p. 75.
Gazette hebdomadaire, 1866, p. 5i, 67 c4) Bouchut, De V état nerveux aigu et chro~
Les élèves de Charcot et de Vulpian ont beaucoup contribué à agrandir le cercle de la pathologie cérébro-spinale. Liouville, Déjerine, JoEfroy, Raymond, Marie, Brissaud, etc., sont au premier rang des neuropathologistes, et l’anatomie pathologique de l’axe cérébrospinal a été étudiée et décrite avec le plus grand soin.
Parmi les autres maladies de la moelle qui ont été étudiées et décrites en France, il faut citer la paralysie spinale infantile, bien connue depuis les travaux de Rilliet et Barthez, le mémoire de Duchenne, la thèse de Laborde1*1, et les travaux deRogeretDamaschino, de Prévost et Vulpian, de Charcot et Joffroy. Pierre Marie s’est fait l’historien des maladies de la moelle épinière, dans ses leçons à la Faculté, leçons publiées dans un livre didactique, devenu classique dès son apparition P). Chipault vient de publier deux remarquables ouvrages sur la chirurgie du système nerveux, récompensés par l’Académie de médecine et par l’Institut(3).
Charcot a donné son nom à la maladie appelée aussi sclérose latérale amyotrophique (1870).
Dans ses leçons cliniques à la Salpêtrière, Charcot a élucidé bien des questions douteuses dans la pathologie du système nerveux. Il a établi la distinction importante entre l’hystérie et l’épilepsie; il a démontré que ces deux maladies ne se combinent jamais, mais qu’elles peuvent exister à l’état isolé chez le même individu et conjointement; que l’hystéro-épilepsie n’est que l’hystérie pure, hysteria major ou grande hystérie qu’il sépare de la petite hystérie. Il a décrit l’anesthésie hystérique, la thermo-anesthésie, l’hyperesthésie cutanée, les zones hystérogènes, etc. U a fait à la Salpêtrière, à partir de 1878, chez des sujets atteints de la grande hystérie, une étude approfondie sur l’hypnotisme qu’il a réhabilité scientifiquement et dont il a ramené toute la symptomatologie à trois types fondamentaux, savoir : l’état cataleptique, l’état léthargique, l’état de somnambulisme provoqué.
maladies de la moelle, 1892. — (3) Chipault, Études de chirurgie médullaire, 1894.
ÉVOLUTION
Les élèves de Charcot ont continué ses travaux sur le système nerveux et ses maladies. Joffroy^ a décrit la Névrite parenchymateuse en 1879; Déjerine a étudié les altérations des nerfs cutanés chez les ataxiques <4); Féré a surtout étudié les troubles somatiques dans les névroses et les rapports des troubles somatiques et des troubles psychiques dans les maladies mentales^, et Gilles de la Tourette a constitué une oeuvre d’ensemble en coordonnant les documents épars et en établissant entre eux une répartition méthodique conforme aux idées de Charcot m.
C’est de l’école de la Salpêtrière que sont sortis les premiers travaux vraiment scientifiques sur l’astasie, l’ahasie.
La thérapeutique médicale des affections du système nerveux a fait des progrès beaucoup moindres que leur étude clinique et anatomopathologique. Leur traitement chirurgical devait dès lors attirer l’attention. 11 a donné de remarquables résultats et en donnera de plus remarquables encore, lorsque son domaine, qui s’étend tous les jours, sera bien délimité. A côté des traumatismes qui en ont dépendu de tout temps, on tente depuis quelques années d’y faire rentrer les abcès cérébraux d’origine auriculaire, les tumeurs cérébrales, l’épilepsie dite essentielle, l’hydrocéphalie. Lannelongue a tenté la craniectomie pour certaines affections congénitales. La moelle elle-même paraît devoir permettre quelques interventions heureuses dans certains traumatismes, dans la tuberculose, pour certaines tumeurs. Enfin les névralgies sont traitées souvent avec succès par l’élongation , lorsqu’il s’agit d’un nerf mixte, et lorsqu’il s’agit d’un nerf uniquement sensitif tel que le trijumeau, par les résections qu’on essaie de faire le plus près possible de l’origine cérébrale du nerf, sans épargner, si la chose est possible, le ganglion de Gasser.
l'I Archive, Je physiologie normale et patholo- « Féré, Pathologie de, émotions , in-S*. 1892.
gique, 1879, P- >72- “ Gilles de la Tourette, Traité clinique et
l!> Archives de physiologie normale et patholo- thérapeutique de l'hystérie, d'après l’enseignement de la Salpétrière, i805, 3 voL ie-8\