PATHOLOGIE UTÉRINE
Les maladies utérines étaient peu ou mal connues. L’emploi du spéculum , mis en usage par Récamier en 1 801, vulgarisé par Ricord , a éclairé la pathologie utérine. On ne connaissait guère la nature des écoulements vaginaux. On ne savait préciser s’ils venaient de la muqueuse utérine ou de la muqueuse vaginale. En 1 8 3 2 , Ricord établit la distinction entre les uns et les autres.
Dans les maladies du col, les uns, avec Lisfranc, ne voyaient que des engorgements; plus tard, on ne trouva que des ulcérations. On procédait un peu empiriquement.
C’est en France que naquit l’intervention chirurgicale dans les métrites, et c’est Récamier qui eut le premier l’idée de détruire la muqueuse utérine par le raclage, au moyen d’une curette qui porte son nom11). Le curettage de l’utérus, qui avait été délaissé, constitue aujourd’hui une méthode courante pour certaines affections de la matrice.
En É833, Mélier fit des injections intra-utérines.
A la même époque on s’occupa des déviations utérines, que des chirurgiens attribuaient aux engorgements.
m Mémoire sur les productions fibreuses et les fongosités intra-utérines; Union médicale , i85o, n“ 66 et suivants.
Puzos, Dance, à la fin du siècle dernier, Chomel, dans la première moitié de celui-ci, avaient décrit assez vaguement des phlegmasies péri-utérines. En i85o, Nonat les étudia d’une façon complète et décrivit les phlegmons des ligaments larges (1).
On fit le cathétérisme utérin, et, à la même époque, Valleix voulut traiter les déviations parle redressement, méthode qui fut combattue et abandonnée12).
L’hématocèle péri-utérine fut décrite pour la première fois par Récamier, en i83i(3), dans une observation ayant pour titre : Tumeur sanguine enkystée. . . Velpeau, Bernutz et Goupil, Nélaton, etc., étudièrent cette maladie à laquelle ils donnèrent le nom qu’elle porte aujourd’hui. Nélaton l’appela Hématocèle rétro-utérine (i85i). C’est aux travaux de l’école française contemporaine que l’on doit l’étude complète des tumeurs inflammatoires du bassin et des hématocèles péri-utérines.
La pathologie des kystes de l’ovaire constitue l’une des plus grandes acquisitions de la chirurgie utérine au xix' siècle. C’est Laumonier, de Rouen, qui pratiqua le premier, en 1776, l’extirpation totale de l’ovaire141. Elle a été exécutée ensuite en Angleterre, puis en Amérique. Cette opération était tombée chez nous dans l’oubli, lorsqu’elle fut pratiquée en i844 par un médecin de campagne, Woyeikowski, du département du Doubs. En i856, elle fut condamnée par l’Académie de médecine, à la suite d’une dizaine d’insuccès. A partir de 1860, une réaction se fit en faveur de l’ovariotomie, et depuis 1864 l’ovariotomie s’est acclimatée en France.
Aucune partie de l’utérus n’a été négligée. Les lésions du col ont été traitées par les cautérisations chimiques, au fer rouge, au gaz, au thermo-cautère, à la galvano-caustie. Si Osiander, à Goettingue, a essayé l’ablation du col, Récamier l’a pratiquée hardiment dès 1801, et actuellement cette opération se fait assez fréquemment, soit avec
“> Gazette des hôpitaux. i85o, p. 97, no <■> Lancette franfaise, i83l , p. 93.
6Î or. e (i) Histoire de la Société royale tk médecine.
vn.i.,1 852,p.2i3etsuiv. 1782, t. V, p. 296.
ÉVOLUTION
le bistouri, soit avec le thermo-cautère. En 1829, Récamier enleva un utérus cancéreux tout entier, et la malade vécut encore onze moisi11. En 1882, Péan commença la série des ablations complètes de l’utérus, et cette opération est exécutée maintenant avec succès par nos chirurgiens12'.
La chirurgie française peut encore revendiquer une des précieuses acquisitions du xixe siècle, le traitement et la guérison des fistules vésico-vaginales. On avait employé, et sans résultat, la cautérisation, les sondes à demeure, certains instruments plus ou moins ingénieux. En 1826, Jobert (de Lamballe) songea à boucher les plaies avec une lame d’épiploon; mais c’est le 2 juin i834 qu’il fit la première opération par autoplastie131. Cette opération très délicate, très minutieuse, qui remédie à une des infirmités les plus gênantes chez la femme, est entrée aujourd’hui dans le domaine de la chirurgie, sous la désignation de cystoplastie ou d’autoplastie par glissement.
Les travaux de Rayer sur les maladies des reins111 ont été considérables , et ils font encore autorité. Il a spécifié la nature de certaines hydropisies, et les travaux récents ont confirmé ses observations. L’analyse des urines a contribué à l’étude pathogénique des maladies rénales : elle a complété l’étude anatomo-pathologique. Si Bright a donné son nom à -la néphrite albumineuse, Rayer a cherché à établir une différence entre les diverses néphrites : toutefois il a confondu des états différents de siège et d’allure. Plus tard on a établi les classifications d’après les lésions anatomiques et on a décrit des néphrites interstitielles (rein contracté, petit rein granuleux), des néphrites
cancer, 1829 , 1. 1", p. 5 1 9 , et Répertoire général £ anatomie, de Breschet , t. Vit, p. 219.
K Gomet, De l'hystérectomie vaginale en
<!> Jobert (de Lamballe) , Traité de chirurgie plastig ne, 1849. — Traité des fistules vésico-
parenchymateuses (gros rein -blanc); ce sont des formes de la maladie de Bright. On a aussi décrit le rein amyloïde. On a étudié l’action sur les reins des poisons animaux ou végétaux, qui ont produit la cystite cantharidienne (Bouillaud) , l’albuminurie saturnine (Ollivier), etc. Les néphrites infectieuses sont venues prendre place dans la pathologie rénale.
Sous le rapport chirurgical, ce n’est qu’au xix' siècle que l’on lit en France des tentatives sur l’extirpation des reins. Comhaire (1), dans sa thèse inaugurale soutenue en l’an xn (i8o3), dit avoir a déréné» soixante chiens, et il en conclut que les chiens peuvent vivre avec un seul rein. Pratiquée en Amérique et en Angleterre en 1861 et 1868, la néphrectomie fut exécutée en France, pour les deux premières fois, en 1880 par Le Fort et par Ollier. Les deux malades succombèrent. Le premier succès est dû à M. Le Dentu, en 1 88 1 (2!.
La Rate a sa pathologie spéciale; mais ce n’est guère à Paris que peuvent naître des travaux originaux sur ce sujet. Nos climats ne sont pas un terrain favorable aux affections spléniques. C’est principalement dans les contrées tropicales, dans les pays paludiques que se développent ces maladies, et ce sont nos médecins de marine qui sont le plus avantageusement placés pour leur étude. La rate, comme les autres organes, a ses maladies inflammatoires, infectieuses, syphilitiques, ses atrophies et ses hypertrophies, et ce n’est guère que depuis un siècle que l’attention s’est portée sur cet organe. Audouard, et après lui, V. Bailly, avaient appelé l’attention sur les maladies de la rate consécutives aux fièvres intermittentes (3).
La rate n’a pas échappé au bistouri de nos chirurgiens. L’ablation de la rate avait été tentée à l’étranger pour des accidents traumatiques. Péan, le premier, en fit avec succès l’extirpation, le 6 septembre 1867, et il présenta son malade à l’Académie de médecine
ÉVOLUTION. 519
le 19 novembre111. Le 2 1 septembre de la même année, Koeberlé (de Strasbourg) fit la même opération avec succès (2). Péan la réussit encore en 1876®.
L’étude des maladies du Foie a fait de grands progrès dans le xixe siècle. On a mieux connu la structure de cet organe, sa physiologie. Laënnec, le premier, a indiqué en 1819 une maladie qu’il appela cirrhose1'’1. Gubler et Lancereaux ont décrit la syphilis du foie (1852-1862); Leudet a décrit l’ictère alcoolique®. Comil, Hayem, Hanot, ont fait connaître les caractères anatomiques propres à la cirrhose hypertrophique, et Hanot a publié la meilleure monographie de cette maladie®. Bouchard® a démontré que le foie étant altéré, atrophié, l’élaboration de ses produits est incomplète ou nulle, d’où une nouvelle entrave à l’émonction rénale, d’où une nouvelle cause de rétention des poisons dans l’organisme.
En i856, Claude Bernard a démontré l’existence du glycogène dans le foie.
Le diabète n’a été bien connu et bien étudié que depuis le commencement du siècle. C. Bernard et les physiologistes ont su produire un diabète expérimental. En 1857, on constata l’influence des maladies cérébrales sur la production du diabète, et en 1861 et 1 864, Charcot et Marchai (de Calvi) appelèrent l’attention sur les accidents occasionnés par la présence du sucre dans les urines®. Dès lors le champ était ouvert à l’étude des maladies produites par l’intoxication des urines, et, en 1874, Pasteur découvrit la présence d’un microbe, la torula, dans l’urine ammoniacale.
1" Union médicale, 26 novembre 1867 et Thèse de Magdelain, 1868.
« Gazelle des hôpitaux, 25 octobre 1867. <’> Guzette médicale, 1876. p. 355.
(*> Laënnec, Traité d'auscultation... i"édil.,
« Société de biologie, 1860.
(e) Hanot et Gilbert, Éludes sur les maladies
du foie, 1888. — Hanot, La cirrhose hyperlrophique, 1892.
® Bouchard, Leçons sur les auto-intoxicalions, p. 249.
m Gazette hebdomadaire, 1861, p. 53g. — Marchai (de Calvi), Recherches sur les accidents
i*TOl.in-8°. 9