‹ Centenaire de la Faculté de médecine de ParisChapitre 130 sur 146 · ABLATION DE L’EXTRÉMITÉ INFÉRIEURE DU RECTUM · texte numérisé non relu

ABLATION DE L’EXTRÉMITÉ INFÉRIEURE DU RECTUM

Jusqu’en i835, on s’en tenait aux bandages pour la cure des hernies. Si elles étaient étranglées, on employait le taxis ou bien on pratiquait l’opération du débridement. Gerdy, en i835, chercha à opérer la cure radicale en enfonçant dans le sac la peau mobile et distendue du scrotum, comme un doigt de gant, à l’y maintenir par une suture et à provoquer une inflammation adhésive avec l’ammoniaque W. Ce procédé, quoique ingénieux, ne tint pas ce qu’il semblait avoir promis. On essaya quelques modifications, mais sans résultats bien avantageux. En 1879, J--Lûcas Championnière tenta un procédé nouveau, consistant dans la destruction de la séreuse des hernies et dans l’extirpation du sac®. L’opération est très délicate, mais la guérison persiste et laisse au patient toute sécurité. De 1881 à 1894, J.-Lucas Championnière a pratiqué 3 1 6 opérations, et n’a eu que deux décès. C’est là une précieuse acquisition de la chirurgie contemporaine.

L’extrémité inférieure du rectum cancéreux a été enlevée par nos chirurgiens. Lisfranc le premier, en 1 8 2 6, en fit l’incision avec succès. Desault et Boyer considéraient cette opération comme impossible ou nuisible. Récamier avait préconisé la ligature. En i854, Chassaignac

Bulletin de thérapeutique , t. VIII, p. 209 « J.-Lucas Championnière, Cure radicale

à 21 3. des hernies, Paris, 1892 , 1 vol. in-8\

appliquait sa méthode d’écrasement linéaire à l’extirpation du rectum. D’autres chirurgiens employèrent la galvano-caustique. Péan combina l’emploi de l’instrument tranchant et celui de l’écraseur, et Verneuil érigea en méthode la combinaison de la galvano-caustique et de l’écrasement linéaire. Si cette opération a donné au début des résultats peu encourageants, aujourd’hui, grâce à l’antisepsie, elle n’expose pas plus qu’une autre à des complications graves ou à des résultats funestes.

LITHOTOMIE. — LITHOTRITIE.

L’opération de la taille précéda celle du broiement. Dans la première moitié du xixc siècle, Dupuytren employait la méthode bilatérale de Celse, quand Sanson, en 1816, soutint sa thèse de doctorat sur la Taille recto-vésicale, qui compta Maisonneuve parmi ses partisans. Imaginée par Franco1^, la taille hypogastrique, après des alternatives diverses, est aujourd’hui préférée par nos chirurgiens.

En France, Amussat, Leroy (d’Étiolles), Civiale se disputèrent la priorité de l’invention de la lithotritie p). En 1822, Amussat avait inventé une pince à deux branches pour broyer les petits calculs, mais c’est Civiale qui, le i3 janvier 1824, pratiqua pour la première fois la lithotritie avec succès, et c’est à lui qu’il faut accorder les principaux perfectionnements dans le mode opératoire. Sa méthode se répandit promptement en France, etne commença àpasser à l’ étranger que trois ans après. L administration des hôpitaux lui confia, à Necker, un service spécial de calculeux.

Les instruments de Civiale furent peu à peu modifiés, perfectionnés, mais sa méthode demeura la même. En i83i. Heurte-

t,J Chirurgie de Pierre Franco , éd. Nicaise,

(î> Leroy (d’Étiolles), Hist. de la lithotripsie , Paris, i83g.

ÉVOLUTION

loup (1) imagina le percuteur à marteau , procédé qui lui donna de bons résultats. Aujourd’hui, pour la lithotomie, les chirurgiens ont recours à la taille hypogastrique, et, pour la lithotritie, au broiement total de la pierre en une séance, avec extraction immédiate des fragments. L’aspiration rend à cet égard de grands services, ainsi quel’a démontré Bigelow. Ce chirurgien éminent a construit divers aspirateurs. Celui de Guyon est aujourd’hui le plus utilisé; il permet de faire l’aspiration antiseptiquement et de ne pas refouler les fragments121.

GYNÉCOLOGIE.

La gynécologie a également bénéficié de l’antisepsie. Par elle la fièvre puerpérale tend à disparaître du cadre nosologique. Cette fièvre était attribuée jadis à la rétention des lochies, puis à une métastase laiteuse. En 1 85y, Tarnier soutint que c’était une maladie contagieuse (3); en 1872, les travaux de Quinquaud confirmèrent cette opinion. Placé à la tête du service de la Maternité en 1867, Tarnier s’efforça de faire adopter ses idées sur la contagion. Ce n’est qu’en 1870 qu’il put obtenir l’isolement des malades, et il vit alors la mortalité diminuer considérablement. En 1879, Pasteur reconnut dans le sang des femmes mortes de fièvre puerpérale le microbe pathogène qu’il cultiva, isola, et dont il détermina les caractères141. Dès lors les accoucheurs déclarèrent une guerre acharnée aux microbes, et aujourd’hui l’antisepsie domine, pour ainsi dire, l’obstétrique. Par l’asepsie et l’antisepsie, les accoucheurs ont fait disparaître de leur service hospitalier la fièvre puerpérale, les abcès du sein, l’ophtalmie des nouveau-nés. Streptococcus pyogen.es, Staphylococcus aureus, vi-

brion septique sont combattus à outrance, avant, pendant et après l’accouchement. Tous ces principes sont magistralement exposés par Tamier et Pinard dans leurs leçons cliniques, et par le premier surtout dans son Traité de l’asepsie et de l’antisepsie en obstétrique <’>. Le palper abdominal, qui est un important procédé de diagnostic, a acquis entre les mains de Mattéi et de Pinard une rare précision.

La physiologie a eu aussi sa part dans le mouvement scientifique, par des travaux faits par Costep) sur l’embryogénie comparée (1887), de Pouchet (3), sur la théorie positive de l’ovulation et de la fécondation chez les mammifères ( 1 847 )-

Si Mayor (de Lausanne) a découvert l’auscultation obstétricale en 1818, Lejumeau de Kergaradec, agrégé à la Faculté de Paris, a fait connaître en 1821 le souffle utérin.

Simpson ( d’Édimbourg ) , le premier a employé le chloroforme dans les accouchements en 1847. Ç’a été un grand avantage pour permettre des interventions plus actives.

L’hygiène de la première enfance a attiré l’attention des médecins et des législateurs, et le nouveau-né est protégé non seulement contre le miasme délétère, mais encore contre l’ignorance ou la négligence des personnes auxquelles il est confié. Le nom de Th. Roussel est attaché à la loi qui protège les enfants du premier âge !<l). L’hygiène des femmes avant, pendant et après les couches, l’hygiène infantile constituent un des grands bienfaits du xix“ siècle, et Tamier, avec ses couveuses, a pu conserver la vie à beaucoup d’enfants voués à une mort certaine.

En 1877, Tamier augmenta l’arsenal obstétrical d’un nouvel instrument, le forceps tricourbe, qui porte son nom. En 1878, Porak

1,1 Tamier, De l’asepsie et Je l'antisepsie en « Pouchet, Théorie positive de Tamlation... obstétrique, Paris, 1894, 1 vol. in-8". Paris, 1847. ' vol. in-8°.

‘1 Coste, Embryogénie comparée, i837. « Loi du 23 décembre 1874.

ÉVOLUTION. 525

publiait ses recherches sur l’absorption des médicaments par le placenta et leur élimination par l’urine des enfants nouveau-nés.

De son côté, un physiologiste, Laborde (l), a contribué à sauver beaucoup d’enfants de la mort par asphyxie, à l’aide des tractions rythmées de la langue.

(l) Laborde, Tractions rythmées de la langue, Paris, i8g4, in-i8.

Page 1