MALADIES SYPHILITIQUES
Les vénériens étaient jadis traités à Bicêtre. Le traitement consistait en saignées, purgations, quelques bains et des frictions mercurielles tous les deux jours. Tbouret et Deyeux, membres de la Commission administrative des hôpitaux, firent concéder l’ancien bâtiment des Capucins pour le traitement des maladies syphilitiques. Cullerier y fut nommé en 1792 , y institua un enseignement clinique libre qu’il fut obligé de cesser, après la dissolution de la Faculté, le 2 3 novembre
Bien que Thouret, dans son discours solennel à l’École de santé en 1799, ait signalé l’existence d’une chaire des maladies syphilitiques, cette chaire n’existait réellement pas, et l’étude des maladies vénériennes était négligée à l’École. Cependant, en 1 809 , Petit-Radel, professeur de clinique de perfectionnement à l’hôpital de l’École, fut chargé de faire un cours sur ce sujet(2). Avec Lagneau, Cullerier oncle, Desruelles, Petit-Radel admettait dans ses leçons une gonorrhée syphilitique ou délétère et une gonorrhée simple.
Dès 1810, Hernandez, professeur à l’École de médecine navale de Toulon, établissait la séparation entre les deux espèces de chancres. En i83o, la généralité des médecins confondait toutes les maladies vénériennes qu’ils attribuaient à un virus syphilitique : c’étaient les identistes. Broussais n’admettait pas l’existence de ce virus; il ne voyait qu’une inflammation. En i836, Ricord sépara nettement la blennorragie de la syphilis. Quant au chancre, il accepta les idées d’Hernandez. Il établit que la syphilis débute par le chancre qui est la porte d’entrée, et il divisa les manifestations en accidents primitifs, secon-
<'l Journal des progrès des sciences et instita- lignes fait aux Écoles de médecine de Paris en
lions médicales, 1827, t. II, p. 271. i809 et années suivantes. Paris, 1812, 2 vol
ÉVOLUTION
daires et tertiaires , les deux premières réclamant le traitement mercuriel, la troisième nécessitant surtout le traitement ioduré. Ricord admit deux variétés de chancres : l’un vrai, infectant, ne se reproduisant pas par inoculation au porteur, mais toujours suivi d’infection constitutionnelle; l’autre, mou, local, non infectant, se reproduisant à l’infini par auto-inoculation et ne donnant lieu qu’à des accidents locaux. Cette reproduction à l’infini a été contestée par différents syphiliographes. Cette théorie, qui plaisait par sa simplicité, fut généralement admise, et les idées de Ricord ont régné pendant longtemps. Bassereau(1) démontra que le chancre mou est une espèce à part, tout à fait étrangère au chancre infectant (1852). Clerc, en i854, énonça cette proposition que l’inoculation du pus d’un chancre syphilitique est négative chez le malade qui porte un chancre syphilitique ou qui a la syphilis constitutionnelle p).
Il est une troisième variété de chancre qui a été la cause de dissentiments scientifiques, c’est le chancre mixte, qui n’a été réellement étudié qu’à partir de i855, et qui n’est autre chose que le chancre simple et le chancre induré à l’état de superposition et pouvant par conséquent transmettre les deux virus, le virus du chancre simple et celui de la syphilis. Ces deux chancres s’engendrent donc mutuelle-
Ricord a nié pendant longtemps la possibilité de la transmission des accidents secondaires. Le 3i mai 1859, àpropos delà transmission de la syphilis des nourrissons aux nourrices et réciproquement, question discutée à l’Académie de médecine, Ricord fit, pour ainsi dire, sa soumission, et il reconnut loyalement l’erreur qu’il avait professée toute sa vie(3).
En i85o, Sperino, en Italie, Bœck, à Christiania, Auzias-Turenne(,,), à Paris, imaginèrent une nouvelle méthode prophylactique
(l) Bassereau, Traité des affections de la peau P) Bull, de VAcad. de mèd., 1869 , p. 93 1 et
(î) Clerc, Du chuncroïde syphilitique, bro- (4) Auzias-Turenne, Lettre sur la syphilisa-
chure in-8®. tion. Paris, a 853, br.
et curative, la syphilisation. Sans préjuger de l’opinion que professera l’avenir sur cette atténuation des virus, hâtons-nous de dire quelle fut vigoureusement combattue par Ricord, dans son cours en 1 85 1 et plus tard à l’Académie de médecine (1>, et au Congrès international de i867(2).
Si Petit-Radel avait signalé dans son cours l’action du délétère sur tous les organes, Ricord et tous ses élèves, qui se nomment Diday, Rollet, Fournier, etc., l’ont étudié non seulement dans les organes, mais dans les tissus eux-mêmes, dans le centre cérébro-spinal (Fournier, Zambaco , Gros et Lancereaux) , dans les organes pulmonaires (G. Lagneau), dans les organes circulatoires (Ricord, Lebert), dans les organes digestifs (Ricord, Gubler, Lancereaux) , dans les os (Gosselin), dans les articulations (Follin), sur les muqueuses (Fournier), sur la peau (Bazin, Hardy, Bassereau, etc.).
Enfin la syphilographie est entrée dans une dernière période par l’étude des rapports qui relient à la syphilis certaines maladies dont l’étiologie était restée obscure jusqu’alors. C’est ainsi que successivement le tabes, la paralysie générale et certaines formes d’épilepsie ont été, pour ainsi dire, incorporées à la syphilis sous le nom infection jwrasyphilitique (Fournier) .
Aujourd’hui la syphilographie, qui a conquis son enseignement clinique officiel, réclamé depuis 1799, est représentée à la Faculté de Paris par le professeur Fournier, qui, élevé à l’école du Midi, a porté dans son service spécial de l’hôpital Saint-Louis l’esprit d’investigation de son maître et son habileté de clinicien (3).
(1) Bail, de l’Acad. de médecine , i852, p. 879. — (i' Congrès médical international de Paris,
ÉVOLUTION