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CHAPITRE IX

Les maladies qu’on désignait autrefois sous le nom vague de maladies générales sont aujourd’hui rangées dans la classe des maladies infectieuses.

Ces maladies sont dues à des poisons particuliers, à des bactéries qui, placées dans des conditions favorables, peuvent se multiplier indéfiniment. Les fièvres exanthématiques, les fièvres typhoïdes, intermittentes, récurrentes, la variole, la rougeole, les affections septiques, etc., ont toutes une origine microbienne. La spécificité est leur principal caractère.

La fièvre typhoïde n’a pas été négligée dans sa genèse, ni dans son traitement. Pinel la rangeait dans la classe des fièvres putrides (adynamiques) ou malignes (ataxiques) , s’arrêtant aux symptômes et négligeant les autopsies. Petit, médecin de l’Hôtel-Dieu, avait appelé l’attention sur la lésion intestinale. En 1 8 1 1 , il avait établi une clinique libre à l’Hôtel-Dieu, et il s’adjoignit Serres pour la rédaction de son Traité de la fièvre entéro-mésentérigue Il admit que l’affection intestinale est la maladie primitive et que la lésion siège dans l’extrémité de l’intestin, vers la valvule iléo-cœcale : il lui donna un nom emprunté

au siège de la lésion anatomo-pathologique. Le progrès était immense, et on abandonnait les abstractions. Broussais1'1 ne considéra que la lésion anatomique : il exagéra le rôle de l’estomac; il localisa le siège de ces maladies dans l’appareil digestif et démontra leur nature inflammatoire.

Il donna à la maladie le nom de gastro-entérite. Bretonneau, fixant l’attention sur les caractères anatomiques constitués par la présence de petites pustules (Soditjv) dans l’intestin, inventa la dénomination de dothinentérite , dothiénentérite (1818). Louis, Chomel, Andral se contentèrent de l’expression vague de fièvre typhoïde, qui indiquait un symptôme, tout en reconnaissant la constance de la lésion intestinale. Forget, en i84i, ne s’attachant qu’à la lésion, décrivit la maladie sous le nom d 'entérite folliculeuse®. Cette maladie a encore été appelée fièvre adéno-méningée , fièvre méningo-gastrigue . etc. , toujours en s’appuyant sur l’anatomie pathologique. Les bactériologistes, qui ne se contentent pas de la lésion, ont cherché le bacille typhique, qui a été découvert et décrit par Eberth. Est-ce le dernier mot de la science? L’avenir le dira; mais l’historique delà fièvre typhoïde est, pour ainsi dire, un résumé de l’évolution de la médecine en France depuis un siècle et ne fait que confirmer ce qui a été dit précédemment*31.

Pasteur, en montrant que la présence de germes ou vibrions dans l’atmosphère est la cause de la fermentation putride, a fait voir que c’est là la cause probable des épidémies et en même temps de la nature infectieuse de certaines maladies. On a compris le mode d’action des miasmes, qui sont des émanations remplies de microbes et qui produisent des maladies d’un caractère spécial. Ces microbes infectieux sont mêlés tantôt à l’eau, tantôt à l’air, tantôt aux vêtements, qui sont l’agent vecteur.

Le mot viras a changé de sens avec la bactériologie.

Le laboratoire de Pasteur a été le point de départ de toutes les

Broussais, Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, 1816. — Traité de l'entérite folliculeuse , i84i. — m Voir 3' partie, chap. 1".

a Forget,

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recherches bactériologiques. Ses disciples, français et étrangers, ont recherché par la culture l’agent pathogène des maladies générales, locales , épidémiques. On a découvert le bacille de la fièvre typhoïde , de la dysenterie, de la diphtérie, du choléra, de la peste, l’hématozoaire de la fièvre pernicieuse, etc. On ne s’arrêtera pas là.

Parmi ces bactéries , les unes se localisent, les autres se généralisent. Dès lors le nom de maladies infectieuses a été donné à une foule de maladies.

La plupart des maladies ayant leur microbe générateur, on a donné un nom à chacun de ces microbes. On a appelé sepsine (Bergmann et Schmiedeberg) le principe qui prend naissance dans les liquides organiques en putréfaction ; Brouardel et Boutmy ont donné le nom de ptomaïnes à l’alcaloïde provenant des cadavres en décomposition (1880). Bouchard (1) a exposé le rôle des auto-intoxications, qui expliquent la genèse de certaines maladies, telles que l’auto-intoxication résultant des ulcérations intestinales de la fièvre typhoïde, du trouble des fonctions digestives, des sécrétions hépatiques, rénales, etc. Albert Robin a démontré l’action pathogène du défaut d’élimination par le rein des substances nocives. C’est aussi l’opinion de Pinard pour l’éclampsie puerpérale. Netter(2) a démontré que le pneumocoque peut produire les méningites suppurées.

La prophylaxie des maladies infectieuses consiste donc : 1“ à modifier le milieu dans lequel se développe l’agent morbifique; 20 à détruire cet agent; 3° à faire obstacle à sa propagation; 4° à faire obstacle à sa pénétration dans l’organisme; 5° à rendre l’organisme réfractaire à son action.

La diphtérie tient une des premières places parmi les maladies qui n’ont été bien étudiées que dans le xixe siècle. A la suite de la mort d’un neveu de Napoléon , qui avait été enlevé en quelques j ours par le croup, l’empereur avait rendu, le 4 juin 1807, un décret par lequel

lions, 1886.

£i) Bulletin

il accordait un prix de 12,000 francs à l’auteur du meilleur ouvrage sur le croup. Le prix fut partagé entre Jurine, de Genève1*1 et Alberts, de Brême. Bretonneau, de Tours, imagina, en 1820, d’ouvrir la trachée pour donner un passage à l’air, et, en 1826, il publia un livre121 dans lequel il étudia les inflammations spéciales du tissu muqueux et il créa le mot diphtérie. En i833. Trousseau pratiqua et vulgarisa la trachéotomie, et Bouchut, en i858, imagina de remplacer l’opération par l’introduction d’une canule dans le larynx. Il donna à son procédé le nom de tubage de la glotte. Cette méthode, qui fut trop sévèrement attaquée à l’Académie par Trousseau, a passé par l’Amérique, nous est revenue sous le nom d’intubation et a donné raison à Bouchut. Bien des médications locales et générales avaient été employées pour combattre cette maladie , et il était réservé à la bactériologie d’en faire connaître la pathogénie et de trouver dans la sérothérapie l’un des plus précieux moyens de traitement. Le nom de Behring doit être associé à ceux de Pasteur et de Roux (i8g4).

La rage, le charbon, la diphtérie sont aussi au nombre des maladies qui ont le plus bénéficié des travaux bactériologiques.

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