PHYSIOLOGIE
. Si Lavoisier a établi que les lois chimico-physiques gouvernent la vie des êtres animés; si Bichat, en fondant l’anatomie générale, a éloigné les esprits des contemplations métaphysiques, il est incontestable qu’ils ont ouvert la voie à la physiologie.
Charles Bell, en 1811, avait considéré les racines antérieures des nerfs rachidiens comme motrices et sensitives, mais c’est en 1822 que Magendie, au Collège de France, démontra expérimentalement l’action des racines antérieures et des racines postérieures.
A côté de la Faculté de médecine, au Collège de France, à la Sorbonne, au Muséum, Magendie, Flourens, Claude Bernard, Paul Bert, ont fait des travaux remarquables sur la physiologie, dont ils s’étaient, pour ainsi dire, partagé le domaine, mais sur lesquels nous n’insisterons pas, puisque nous ne nous occupons que de la Faculté de médecine.
Chaussier, Duméril et Bérard, qui ont enseigné la physiologie de 1795 à x858, étaient nourris de la physiologie de Galien et de ses successeurs : ils n’étaient pas expérimentateurs. Bérard s’était assimilé Haller, et ses leçons étaient le reflet de la physiologie allemande. Il jugeait avec un remarquable esprit critique les opinions et les expériences des autres, mais il avait horreur de l’expérimentation qui
répugnait à son esprit sensible. A la suite d’une affection cérébrale, un changement se manifesta dans son esprit et il se livra à des recherches de physiologie expérimentale, surtout pour les fonctions du foie. Il confirma les expériences des autres physiologistes.
Longet, qui vint occuper la chaire de physiologie à la Faculté de médecine de 1 85g à 1871, avait plus spécialement porté ses études sur le système nerveux. Il avait continué et complété les recherches de Ch. BeE et de Magendie sur les fonctions des faisceaux de la moeEe épinière et des racines des nerfs rachidiens (i84i). Il avait fait des recherches sur les fonctions des muscles et des nerfs du larynx, sur les fonctions de l’épiglotte, sur les effets des inhalations de l’éther sulfurique sur le système nerveux de l’homme et des animaux, sur le pouvoir réflexe de la moeEe épinière, sur la voix, sur l’action du suc gastrique sur les matières albuminoïdes et dans la digestion des matières grasses, etc. Tous ses travaux ont été résumés dans son Traité de physiologie, dont la dernière édition est de 1 868(1).
Longet a été l’émule de Claude Bernard, de Vulpian et de Charcot dans la physiologie du système nerveux. A cette noble émulation nous devons « toutes les beEes expériences d’origine française sur les propriétés du suc gastrique, les fonctions du larynx, la sensibiEté récurrente, le rôle des nerfs spinaux et pneumo-gastriques, l’irritabüité musculaire, la dégénérescence nerveuse; toutes données aujourd’hui classiques et qui forment la base la plus sofide de nos connaissances physiologiques actuelles (2) ».
Brown-Séquard, qui fut chargé de cours de 1870 à 1872, s’est fait une place importante dans la physiologie de la moeEe épinière, des nerfs vaso-moteurs : il a fait des travaux originaux sur les actions réflexes normales et morbides, sur les affections de la hase du cerveau, sur cette variété de paralysie qu’on a appelée «paralysie uni-
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latérale de Brown-Séquard », sur les rapports réciproques entre les irritations cérébro-bulbaires et les irritations nerveuses périphériques. Après ses travaux sur l’inhibition, qu’il avait fait connaître en 1869, il étudia le premier l’action des injections d’extraits d’organes sur l’économie, question qui n’est pas encore complètement jugée. Le nom de ce savant cosmopolite appartient en grande partie à la physiologie française, et il n’a paru à la Faculté que comme chargé du cours de médecine comparée et expérimentale.
Béclard, de 1872 à 1887, se livra à l’expérimentation, et on lui doit des travaux importants sur la relation existant entre le travail et la chaleur musculaire (1860).
A la Faculté de médecine, Vulpian et Charcot ont pris place à côté de Longet, dont ils ont confirmé, complété et utilisé les travaux.
Les études de Vulpian ont plus spécialement porté sur la physiologie générale et comparée du système nerveux, sur l’appareil vasomoteur, sur le chloral, la salive, les sucs gastrique et pancréatique, sur l’action physiologique des substances toxiques et médicamenteuses, sur la contractibilité des vaisseaux du foie, des reins, etc., sur les effets des lésions du plancher du quatrième ventricule, sur la physiologie de la moelle épinière, etc.
Charcot, par ses travaux d’anatomie pathologique, a élucidé beaucoup de questions de physiologie cérébrale.
Charles Richet s’est efforcé de rester fidèle aux principes de la physiologie expérimentale. Ses études ont porté sur la chaleur animale, la nutrition, les phénomènes psychologiques dans leur union avec la physiologie cérébrale.
« La physiologie française, dit Claude Bernard, a marché en avant par l’initiation aux idées et aux découvertes. Elle a fait des travaux nombreux et importants, et il est étonnant même quelle ait pu faire
autant avec si peu de moyens . . . Pour avancer dans la physiologie comme dans les autres sciences expérimentales, il faut deux choses: le génie, qui ne se donne pas; les moyens de travail dont on peut disposer. La physiologie française ne réclame que ce qu’il est facile de lui donner; le génie physiologique ne lui a jamais manqué111. »
(1) Cl. Bernard, Rapport sur les progrès et la marche de la physiologie générale en France. Paris
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