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THÉRAPEUTIQUE

La thérapeutique est le reflet des doctrines régnantes en médecine. Bichat reprochait à la thérapeutique de son temps d’être « un ensemble informe d’idées inexactes, d’observations souvent puériles, de moyens illusoires, de formules aussi bizarrement conçues que fastidieusement assemblées »(I). Il considérait les agents curatifs comme des forces destinées à ramener à leur type naturel les propriétés vitales altérées.

A la fin du xvmc siècle, trois sectes dominaient la médecine : les browniens, les humoristes et les empiriques. Pinel fit un mélange d’humorisme et d’empirisme : c’était un empirisme hippocratique. Selon lui , les maladies tendaient à une terminaison favorable par un ensemble régulier de ‘mouvements salutaires qu’il s’agissait seulement de diriger.

Corvisart était éclectique en thérapeutique. De son temps on cherchait déjà à simplifier les compositions hybrides, l’orviétan, la thériaque, le diascordium, etc., à bannir les arcanes d’autrefois qui encombraient la matière médicale, à assigner les caractères certains à chaque remède et les règles pour les administrer.

Alibert'-1, partant de ce principe que chaque système organique est manifestement doué d’une sensibilité particulière qui n’est vraiment excitée que par telle ou telle substance, divisa les médicaments

t, Anatomie générale, éd. 1821, 1. 1,

en trois classes, d’après l’action qu’ils exercent sur les fonctions d’assimilation, de relation, de reproduction. Sa classification nest pas empirique, elle est toute symptomatique. Il indique, il démolit, mais il ne reconstruit pas. Il est sur le chemin du progrès, mais il y reste sans avancer.

Broussais, avec sa méthode dite physiologique, ne voyant partout que phlegmasie gastro-intestinale, faisait usage et abus des émissions sanguines locales et générales. 11 régna longtemps en maître; mais une réaction se produisit et Barras, en 1827, fit paraître son Traité sur les gastralgies et entéralgies, dans lequel il combattait thérapeutiquement les idées de Broussais.

Dans cette systématisation les esprits demeuraient flottants. Rostan prescrivait sans répugnance les émissions sanguines, les laxatifs, les révulsifs, les contro-stimulants. Bouillaud pensait pouvoir juguler certaines phlegmasies avec les saignées répétées. Piorry, qui ne voyait dans les maladies que des états organopathiques, ne faisait guère qu’une thérapeutique de symptômes. Cruveilhier, Chomel, Fouquier, Andral, tenaient compte à la fois des symptômes, de l’étiologie et de l’état général du malade.

Les travaux d’Andral et Gavarret sur l’hématologie pathologique n’ont pas été sans influence sur la thérapeutique. La chimie et la physique ont été deux puissants auxiliaires de la physiologie, de la pathogénie et de la thérapeutique. Connaissant la composition normale du sang, on a connu ses altérations; si l’on avait administré le fer empiriquement, on le prescrivit scientifiquement : on l’a uni au manganèse , autre élément constitutif du sang. On a cherché la cause de cette diminution du fer dans les globules sanguins : c’est là qu’est la vraie thérapeutique.

Trousseau est arrivé, qui s’est déclaré empirique, dans la bonne acception du mot. Peu lui importait comment agissent les médicaments, pourvu qu’ils guérissent. Il a établi sa classification d’après leur mode d’action physiologique. Si sa classification est méthodique et claire, elle n’a pas fait avancer davantage la thérapeutique.

ÉVOLUTION

On abandonna peu à peu la thérapeutique sanguinaire et militante de la première moitié du siècle, et on revint à l’observation. On compta la température, on combattit l’hyperthermie et l’hypothermie; on analysa les sécrétions; on observa le cycle normal des maladies. Claude Bernard, de son côté, porta ses études sur les effets physiologiques des médicaments, affranchit la thérapeutique des données plus ou moins vagues et dirigea ses efforts vers la thérapeutique expérimentale. Il démontra que l’action médicamenteuse est un corollaire de l’action physiologique. Claude Bernard ayant démontré l’électivité médicamenteuse, on en conclut que si les médicaments ordinaires s’adressent uniquement à l’organisme de manière à y susciter des réactions particulières, les spécifiques exercent une action plus ou moins directe sur les causes pathogènes. C’est sur cette base que reposa l’enseignement du professeur Sée en 1867-1868 et de son successeur Gubler.

Hayem , qui succéda à Gubler en 1879, pensa que la thérapeutique ne doit pas consister dans un enseignement exclusivement doctrinal. Il fit à la fois de la thérapeutique expérimentale et de la thérapeutique clinique. Il prit pour base de son enseignement la recherche des indications et l’art de les remplir. Il chercha à combattre les éléments constitutifs de la maladie et fit une grande part à l’hématologie.

Les travaux de Rayer, Davaine, Pasteur, ont démontré la présence des germes pathogènes. Le microbe entre en lutte pour son existence avec les éléments des tissus (1) : il lui faut un milieu nutritif où il puisse vivre. Le thérapeutiste devra donc chercher à modifier ce milieu.

Depuis un demi-siècle, la thérapeutique s’est considérablement modifiée. D’empirique quelle était, elle est devenue expérimentale. Exclusivement symptomatique, elle ne serait ni une science, ni un art; elle serait tout au plus un procédé, à la portée du premier venu. Avec Pasteur elle èst devenue pathogénique , c’est-à-dire visant la nature

de la maladie plutôt que sa physiologie pathologique, et les travaux de Pasteur ont été le point de départ d’une révolution dans la thérapeutique, comme dans la pathogénie. Les antitoxines vont dominer la thérapeutique de demain, et si c’est à l’œuvre de Pasteur que nous devons l’antitoxine de la diphtérie, peut-être allons-nous lui devoir l’antitoxine delà tuberculose, de la syphilis, maladies non moins redoutables. Le traitement de la rage, du charbon, etc., ont déjà profité des études bactériologiques.

L’étude des diathèses a pris à juste titre une place importante dans la thérapeutique médicale et chirurgicale, et l’hydrologie constitue aujourd’hui un moyen thérapeutique d’une valeur souvent incontestable.

La découverte des alcaloïdes a été précieuse pour la thérapeutique : la chimie organique l’a enrichie aussi de nombreux médicaments. La découverte de la morphine, de la strychnine, de l’atropine, de la caféine, de la quinine, de l’aconitine, de la digitaline, etc. est une acquisition de la première moitié du siècle, et ces substances ont pris une place importante dans la matière médicale. La méthode hypodermique ne remonte pas au delà de la seconde moitié du xix“ siècle. Les iodures, les bromures, les chlorures sont journellement employés. Les préparations ferrugineuses ont été l’objet de nombreux travaux. Le chloroforme a détrôné l’éther dans beaucoup de cas; le chloral a pris aussi sa place parmi les narcotiques (1869). Avec le salicylate de soude, on a combattu le rhumatisme; avec le bismuth et ses composés, on a combattu les affections gastro-intestinales. Le naphtol, le salol, le phénol, l’eucalyptol, constituent des acquisitions relativement récentes, et une nouvelle méthode, la sérothérapie, fait espérer, ainsi que l’emploi des sucs organiques (opothérapie), de merveilleux résultats. Il en est de même de l’inoculation des virus atténués, à l’aide desquels on combat le charbon, la rage, la diphtérie, etc.

Les formulaires d’il y a quarante ans sont tout à fait démodés. Sur

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les ruines de la vieille matière médicale s’en est élevée une nouvelle.

. Les alcaloïdes ont fait oublier leurs générateurs; la glycérine, la vaseline, la lanoline, ont détrôné la graine de lin : le règne des cautères est à peu près fini. Les lancettes ne sortent plus guère de leurs étuis; les sangsues ne sont plus enlevées à leurs marais. Les spécialités pharmaceutiques encombrent la matière médicale. On pouvait autrefois pratiquer la médecine avec la lancette et une dizaine de médicaments; aujourd’hui ils s’appellent légion.

Landouzy, qui a succédé à Hayem, est entré largement dans la voie nouvelle. Considérant la thérapeutique comme l’art de saisir et de remplir les indications, il professe quelle doit être clinique en ses informations, paihogénique en ses indications, physiologique en ses moyens et opportuniste en ses décisions111. « C’est de 1 ’ère pastorienne, ajoute-t-il, que date la pathogénie, et c’est de la doctrine pathogénique que devait sortir la renaissance thérapeutique . . De la science pathogénique devaient sortir l’idée, la science, le pouvoir et l’art d’atténuer, d’arrêter, d’empêcher les maladies; de la science pathogénique devait sortir l’invention d’agents thérapeutiques nouveaux, le médecin ayant conquis le pouvoir de faire des humeurs malades même, asservies, le médicament, l’antidote ou le vaccin delà maladie; atténuation de la maladie, arrêt de la maladie, vaccination instantanée ou prochaine, à perpétuité ou à temps, mithridatisme, toutes ces entreprises conduites à l’aide d’agents thérapeutiques demandés au règne animal ou au règne humain, tout cela découle directement de la science pathogénique. »

L’emploi scientifique de l’électricité en médecine n’a pas un siècle d’existence. La découverte de la pile a permis de l’appliquer sous forme de courants. C’est avec les courants que les physiologistes ont pu étudier l’action et les propriétés des nerfs et des muscles, en dé-

01 Leçon d'ouverture. Paris, G. Carré, 1894, broch. in-8".

duire des lois physiologiques et en tirer des conséquences pratiques. Médecins et chirurgiens ont demandé à l’électricité des applications thérapeutiques et les physiciens s’ingénièrent à simplifier les appareils.

En i84o, l’appareil magnéto -électrique de Breton, beaucoup plus simple que ceux usités auparavant, permit de mieux étudier l’action des courants, et en i852 Duchenne de Boulogne fit paraître le résultat de ses études sur L’Electrisation localisée. Mais si les courants d’induction sont devenus de puissants agents thérapeutiques pour le médecin, l’action électrolytique de la pile n’a pas été moins utile aux chirurgiens.

HYDROLOGIE MINÉRALE.

La facilité des voyages en chemin de fer a, depuis une cinquantaine d’années, vulgarisé l’usage des eaux minérales. De très nombreux médecins se sont spécialisés dans cette voie, et bien que l’hydrologie minérale n’ait pas d’enseignement spécial à la Faculté, Guhler, en 1 87 1- 1 8 7 2 , en fit le suj et de son cours officiel de thérapeutique. Avant lui , des cours libres avaient lieu à l’École pratique, et on avait tellement reconnu l’importance du traitement hydro-minéral qu’en i85o on envoya des internes des hôpitaux dans quelques-unes des principales stations d’eaux minérales, et que Vulfrand Gerdy, en 1875, légua à l’Académie de médecine une rente annuelle de 5,5oo francs en faveur de deux internes qui iraient résider, pendant un temps déterminé, et à la suite d’un concours, dans un des quarante ou cinquante établissements de France ll).

Nulle contrée ne surpasse la richesse de la France, sous le rapport des eaux minérales. Les Vosges , les Alpes , le massif central et la chaîne

' Bulletin de l’Académie de médecine , 1876, p. 662.

ÉVOLUTION

des Pyrénées fournissent des sources de toute nature, et la France n’a pas besoin d’aller demander à l’étranger ce quelle possède en si grande abondance. Des dictionnaires, des livres spéciaux, des brochures sans nombre sont venus nous dire, et même au delà, tous les bienfaits résultant du traitement hydro-minéral, qui est aujourd’hui le principal agent curatif des diathèses.

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