CHAPITRE II
PLAN GÉNÉRAL DE L’ENSEIGNEMENT DANS L’ÉCOLE DE SANTÉ DE PARIS. — CLASSI¬ FICATION DES COORS ET NOMINATION DES PROFESSEORS. — ASSEMBLÉE DES PROFESSEURS POUR L’ORGANISATION DE L’ÉCOLE DE SANTÉ. — LES BÂTIMENTS ET L’HÔPITAL DE PERFECTIONNEMENT.
En traçant le plan de l’enseignement qui devait être donné à l’École de santé de Paris, le Comité d’instruction publique pensa «que la carrière encyclopédique des connaissances relatives à l’art de guérir devait être parcourue dans son entier par ceux qui se destinent à l’exercice de la médecine». Il avait ainsi formulé le plan de l’enseignement™:
i 0 Connaître l’économie animale depuis la structure élémentaire du corps inanimé jusqu’aux phénomènes les plus composés de l’organisation et de la vie;
2° Considérer dans quels rapports les corps vivants se trouvent avec tous ceux dont la nature est composée, et, par suite, déterminer quels sont ceux de ces rapports sous l’influence desquels on peut conserver plus longtemps une existence autant exempte de maux qu’il est permis aux hommes de l’espérer;
3“ Etudier l'histoire des désordres nombreux qui altèrent l’harmonie de ces mouvements, dont la régularité et la symétrie constituent la santé;
4” Examiner les substances et les opérations dont l'effet , sur l’économie vivante,
5“ Apprendre à faire l’application pratique des principes établis théoriquement, soit en prêtant aux malades une main secourable, soit en leur donnant de salutaires
w Plan général de l'enseignement dans l’École de santé de Paris, imprimé par ordre du
6“ Joindre les travaux de notre siècle aux travaux des siècles qui l’ont précédé,
expériences l’avantage des moyens employés jusqu’à ce jour, soit en dévoilant les erreurs que l'autorité des temps avait fait respecter, soit en tâchant, par de prudents essais, de remplir les nombreuses lacunes de la thérapeutique;
7” Récapituler l’art en entier, en en présentant le tableau historique, pour montrer ce qu’il a fait, indiquer ce qu’il n’a pas fait, avouer ce qu’il n’a pu faire;
8° Enfin montrer le point de contact où l’art de guérir rentre dans l'ordre civil, en prêtant au ministre de la loi le secours que ses connaissances ordinaires lui refusent, toutes les fois que les lois des hommes sont subordonnées à celles que la main de la nature a gravées.
Telles sont les bases de l’enseignement qui sera distribué en douze
Les douze cours furent décrétés par la Convention le 4 décembre 1 7 94 , et les professeurs furent désignés le même jour, mais ne furent institués que le 3i janvier 1795.
1 ” Anatomie et physiologie . Chaussier et Dahois ll).
Chimie médicale et pharmacie . et Deyeax.
3* Physique médicale et hygiène . Hallé et Pinel.
4° Pathologie externe . Chopart et Percy.
5° Pathologie interne . Doublet et Boardier.
6“ Histoire naturelle médicale . Peyrilhe et Richard.
7° Médecine opératoire. . Sabatier et Bayer.
8° Clinique externe . : . Desault et .
9° Clinique interne . . Corvisart et Leclerc.
10° Clinique de perfectionnement . Pelletan et Lallement.
11° Accouchements . . Leroy et Baudelocqae.
1 2° Médecine légale et histoire de la médecine. Lassus et Mahon.
Thouret fut nommé directeur de l’École de santé par décret du 2 4 frimaire an m (i4 décembre 1794), et un arrêté du 3o pluviôse (18 février 1795) attribua des fonctions enseignantes au directeur, au bibliothécaire et au conservateur des collections.
ORGANISATION
mis à la disposition Écoles et de l’Acadc
l’École de î de chirur.
lommés, les professeurs se réunirent presque tous 1( rganiser l’École de santé, visiter les locaux mis à sa di: 1er l’ordre des cours, etc. L’assemblée prit les résol i
Art. 6. Le grand bâtiment placé111 à gauche en entrant par la rue Hautefeuiüe servira aux exercices anatomiques et à la pratique des opérations sur le cadavre.
Art. 7. Les salles situées sous les arcades du cloître serviront provisoirement aux dissections et aux opérations sur le cadavre.
Art. 8. Dans les jardins voisins seront cultivées les plantes pour les leçons de
Art. 9. Le petit amphithéâtre de chimie servira provisoirement à la préparation
Art. 11. On pressera la démolition de la partie de l'église des Cordeliers qui pourrait nuire à la salubrité de l’hospice.
L’assemblée demanda qu’une réquisition fût faite sur tous les hôpitaux pour la fourniture des cadavres, qui auparavant étaient fournis par le gibet.
Deux jours après, on consulta l’architecte Gondoin , qui avait construit l’Académie de chirurgie, relativement à l’appropriation des bâtiments. Provisoirement on dut se servir des salles situées du côté de la galerie à gauche, dans la cour des Cordeliers, pour les dissections. Ce n’est que le î" thermidor an in (19 juillet 1795) qu’on choisit le local pour les dissections, qui ne put être prêt que pour l’hiver suivant.
Les fonctions des professeurs et des adjoints furent ainsi réglées :
Art. 1er. Le professeur est spécialement chargé du cours dont l’exercice lui est
Art. 2. Le professeur communiquera le plan de son cours à son adjoint et se concertera avec lui, afin que celui-ci soit toujours en état de le suppléer, si des causes légitimes l’empêchaient de remplir ses fonctions.
Art. 3. Le professeur partagera l’enseignement avec son adjoint, s’il le juge utile à l’instruction.
Art. 4. Dans ce cas, le professeur et l’adjoint se communiqueront leur plan afin de pouvoir toujours se suppléer mutuellement.
w Aujourd’hui Musée Dupuytren.
ORGANISATION
Art. 5. Les adjoints sont spécialement chargés de la surveillance des exercices
Abt. 6. Les professeurs exerceront cette surveillance lorsque des causes légitimes empêcheront des adjoints de s’y livrer.
La magnificence du Collège et de l’Académie de chirurgie, l’un des beaux monuments de l’architecture parisienne au xvine siècle, contrastait singulièrement avec l’état pitoyable de la vieille Faculté de médecine, rue de la Bucherie, qui avait été abandonnée lors de la suppression des corporations enseignantes et vendue comme bien national.
Le bâtiment de l’Académie de chirurgie, construit sur l’emplacement de l’ancien Collège de Bourgogne, avait été commencé en 1769, par l’ordre de Louis XV. La première pierre n’en fut posée que le i4 décembre 1774 par Louis XVI, ainsi qu’on le lisait sur l’inscription de l’entrecolonnement de gauche. Gondoin en avait été l’architecte, et les plans sont conservés dans un magnifique atlas in-folio publié en 1780.
L’appropriation des bâtiments de l’ancienne Académie et de l’École de chirurgie à la nouvelle École de santé leur a fait subir quelques modifications. Le grand amphithéâtre, pouvant contenir i,4oo auditeurs, est resté le même. L’amphithéâtre pour les sages-femmes est devenu la salle des thèses et d’assemblée de la Faculté. Le foyer des professeurs n’a pas changé de destination. Le laboratoire de chimie est devenu le vestiaire des professeurs : la petite salle de l’hôpital des hommes a été appropriée pour les bureaux de l’administration et le secrétariat. La salle de l’hôpital des femmes est devenue un vestibule. De la petite chapelle et de la sacristie on a fait le vestibule d’entrée et la loge du concierge. Dans l’aile de gauche, la salle pour les actes publics est devenue le petit amphithéâtre et un laboratoire. De l’École pratique, contenant quatre tables pour les dissections, on a fait un dépôt.
Au premier étage, dans l’aile de droite, les appartements de l’inspecteur des Écoles et du bibliothécaire ont été disposés de manière à y recevoir la collection anatomique, les produits pharmaceutiques, etc.
La bibliothèque conserva le même emplacement jusqua la créatioi du Musée, qui prit plus tard le nom de Musée Orfila, époque où eU fut transportée dans l’aile gauche, sur l’emplacement de la salle di conseil, des archives et de la salle pour les assemblées de l’Académie
ORGANISATION
extérieure de l’ancienne Académie de chirurgie n’a subi d’autre modification que l’enlèvement des inscriptions commémoratives gravées aux entrecolonnements de droite et de gauche, enlèvement qui eut lieu en 1793. A la place de ces inscriptions sont collées des affiches annonçant les cours des professeurs. La façade sur la place de l’Écolede-Médecine a 66 mètres de long. Trente-deux colonnes d’ordre ionique, placées sur quatre rangs, soutiennent un premier étage percé de douze fenêtres ouvrant sur la place. Au-dessus de la porte d’entrée,
le sculpteur Berruer(1> avait représenté Louis XV (2), suivi de Minerve, d’un lion, emblème de la Force et de l’Abondance, et agréant les plans de l’édifice dont il ordonne la construction. Le Génie de l’architecture qui présente ces plans est accompagné de la Chirurgie, de la Prudence et du Coq, emblème de la Vigilance. A droite et à gauche sont des groupes de blessés. Au fond de la cour, qui a 32 mètres de largeur sur 2 2 mètres de profondeur, s’élève l’amphithéâtre, relié par deux ailes à la place de l’Ecole-de-Médecine.
La façade de l’amphithéâtre est formée par un péristyle de six colonnes d’ordre corinthien. Au fronton , Berruer a représenté la Théorie et la Pratique se donnant la main sur un autel et jurant d’être inséparables. Derrière la Théorie sont des génies feuilletant des livres; derrière la Pratique sont des génies qui vont se livrer à une dissection.
Sur le mur du fond de ce péristyle, cinq médaillons entourés de guirlandes de chêne représentent Ambroise Paré, Pitard, Mareschal, De Lapeyronie et Jean-Louis Petit. Entre les colonnes est la statue de
Bichat, due au ciseau de David d’Angers, et inaugurée le 16 juillet i857(1).
A l’intérieur de l’amphithéâtre, au-dessus de la chaire et du buste d’Ambroise Paré, qui la surmontait, Gibelin (2> avait peint en grisaille trois fresques représentant : i° Louis XVI accueillant son premier chirurgien, La Martinière, et accordant sa protection à la chirurgie. Au-dessous on lisait : La bienfaisance du monarque hâte leurs progrès et récompense leur zèle; 2° Esculape enseignant les principes de l’anatomie. Au-dessous on lisait : Ils tiennent des dieux les principes qu'ils nous ont transmis; 3° la troisième fresque représentait des militaires blessés, pansés par des chirurgiens, avec cette inscription : Ils étanchent le sang consacré à la défense de la Patrie.
Ces fresques ont été couvertes en i864 par des toiles commandées en i853 par le Ministre des beaux-arts au peintre Matout'3', et payées 1 3,ooo francs. Celle du milieu représentait Ambroise Paré appliquant la ligature aux artères après une amputation et repoussant le fer rouge employé jusqu’alors. Celle de gauche représentait Lanfranc, debout sur une estrade, en grande robe, tenant à la main une tête de mort et faisant une démonstration anatomique. L’autre toile représentait Desault dans sa salle d’hôpital, debout, vêtu de noir, portant un tablier blanc et tâtant le pouls d’un malade dont le pied est dans un appareil; il est entouré d’étudiants qui l’écoutent.
Ces toiles et le buste d’Ambroise Paré ont été détruits dans l’incendie du i5 octobre 1889.
Sur le mur circulaire, faisant face à la chaire, était ce distique qui avait jadis figuré à la porte des anciennes Ecoles de chirurgie :
Ad cœdes hominum prisca ampliitlieatra patebant,
Ut longam discant vivere nostra patent.
La Faculté possède aussi de magnifiques tapisseries qui lui ont été données par le Ministère , le 5 pluviôse an iv.
ra Gautié âes hôpitaux, i857, n* 85. — » Mort à Air en i8i4. — ™ Mort eu 1888.
ORGANISATION
En 1895, le peintre Urbain Bourgeois a remplacé les toiles de Matout par une composition d’un caractère décoratif, rappelant les différents âges de la médecine, depuis l’époque philosophique avec Pythagore et Aristote, passant par l’école d’observation, avec Hippocrate et Galien ; par le Moyen âge , avec les Arabes , l’École de Saleme , Guy de Chauliac, Arnaud de Villeneuve; par la Renaissance, avec Vésale, Fallopio, Ambroise Paré, Delboe, Fernel, Baillou, Harvey, pour arriver à l’époque de transition des xviic et xvm° siècles, avec La Peyronie, Jean-Louis Petit, Mauriceau, Sydenham, et se terminant à l’époque moderne, qu’illustrèrent Bichat, Barthez, Corvisart, Laënnec, Dupuytren, Broussais, Larrey, représentant la médecine militaire, et notre grand physiologiste Claude Bernard.
Wurtz, pendant son décanat, a trouvé dans les greniers de la Faculté une cinquantaine de toiles en mauvais état, représentant des docteurs-régents de l’ancienne Faculté et des membres du Collège de chirurgie. Par une lettre du 19 décembre 1874, il avait demandé au Ministère de les faire restaurer par l’État. Sa demande ne fut pas accueillie, et les toiles ont été placées dans les salles d’examens ou au foyer des professeurs, en attendant une installation définitive. Parmi ces toiles, s’il en est beaucoup de médiocres, il en est quelques-unes qui ont de la valeur; l’une d’elles porte la signature de Philippe de Champaigne. Les plus remarquables sont celles qui représentent Hamon, Pourfour du Petit, Riolan, Guy Patin, Quesnay, Fernel, Méry, Puzos, Mauriceau, Levret, Perrault, Mareschal, Bourdelin, Puylon, Garangeot, Morand, Félix, etc. La Faculté possède encore les portraits de beaucoup de professeurs qui lui ont appartenu depuis 1 794*
Les constructions nouvelles adossées au grand amphithéâtre ont été élevées par Ginain sur une étendue de 1 2 o mètres. Elles présentent une façade monumentale sur le boulevard Saint-Germain et comprennent deux étages. Le premier, qui constitue la ^bibliothèque, prend jour sur le boulevard par quinze grandes fenêtres, séparées par des colonnes d’ordre ionique. A droite sont les appartements du doyen et les bureaux du secrétariat; à gauche sont les cabinets
ECINE.
réservés au bibliothécaire, au dépôt des livres, et la salle de lecture des professeurs et des agrégés.