‹ Centenaire de la Faculté de médecine de ParisChapitre 55 sur 146 · LABORATOIRE DE MÉDECINE LÉGALE · texte numérisé non relu

LABORATOIRE DE MÉDECINE LÉGALE

L’enseignement de la médecine légale à la F acuité était exclusivement didactique. Le doyen Le Roux des Tillets adressa , le 9 novembre 1 8 1 4 , un rapport11' au Ministre de la police pour obtenir la création d’une clinique de médecine légale. Il s’appuyait sur des considérations à la fois scientifiques et politiques.

Il demandait que les malades ou blessés, présentant des cas relatifs à la médecine légale, fussent réunis dans un même local, soit dans un hôpital spécial, soit dans des salles réservées. Il y aurait ainsi, pensaitil, un triple avantage et pour la Justice, et pour les sujets, et pour les élèves, qui seraient choisis et spécialement désignés pour ces salles.

Le Roux demandait qu’on affectât à ce service deux salles de l’hospice de perfectionnement alors vacantes. Il exposait dans son rapport que le professeur de médecine légale aurait ainsi sous la main les sujets d’études, que les cas chirurgicaux seraient traités par le chirurgien de l’hospice, et que l’ouverture des cadavres serait faite par le Chef des travaux anatomiques, ou par les prosecteurs, ou par les aides d’anatomie, ou par des aides de clinique de médecine légale.

Les corps des suppliciés seraient apportés dans les pavillons d’anatomie de la Faculté (École pratique).

(1) Archives de la Faculté, carton n® 5.

Il y aurait pour la Justice cet avantage quelle aurait les délinquants, pour ainsi dire, sous la main, la Faculté étant voisine du Palais de

Malgré tout ce que ce rapport présentait de pratique, il n’y fut pas donné suite. L’étude de la médecine légale consistait exclusivement dans les leçons orales du professeur et dans la lecture des traités spéciaux, et il était purement théorique. Néanmoins le doyen Vulpian, en 1877, put organiser, sous la désignation de «Conférences de médecine légale » , un enseignement pratique confié à l’agrégé Brouardel, et cet enseignement fut fait à la Morgue. Ces conférences avaient lieu deux fois par semaine, du mois de novembre au 1“ mai.

Mais, dès 1 878 , Brouardel adressa plusieurs rapports au Garde des sceaux, pour lui faire connaître les desiderata du service des autopsies médico-légales à la Morgue. Il lui exposa la nécessité de la conservation des cadavres à l’abri de la putréfaction, le besoin d’une chambre de microscopie , de chimie , de chambres réservées pour les expériences physiologiques médico-légales, un emplacement réservé pour les pièces anatomiques et les moulages, etc. Ce rapport fut renvoyé au Conseil général de la Seine, qui vota 1 o5,ooo francs pour les constructions et les dépenses d’installation.

Appelé à la chaire de médecine légale le 12 avril 1879, le professeur Brouardel présenta, dès le 3 juin, un projet d’organisation de l’enseignement médico-légal pratique à la Morgue.

D’après son rapport, des travaux importants ont été exécutés au commencement de 1880, sur ses indications!11. On y a installé deux salles d’autopsie, un appareil frigorifique pour la conservation des cadavres, et, dans un local de la Préfecture de police, des laboratoires d’histologie, de chimie et de moulage, une bibliothèque, un herbier, un bassin à grenouilles, etc.

Le cours de médecine légale pratique est fait à la Morgue, et le professeur est secondé par trois chefs de laboratoire, l’un pour les travaux

miles d'hygiène publique et de médecine légale, 1880, t III, p. 63.

ORGANISATION

de médecine légale proprement dite, l’autre pour les travaux d’anatomie pathologique, le troisième pour la toxicologie. Des conférences pratiques de physiologie, d’anatomie pathologique, de microscopie, d’histologie et de chimie appliquées à la toxicologie sont faites au laboratoire de toxicologie, et les autopsies judiciaires sont pratiquées à la Morgue devant les élèves, trois fois par semaine.

Ces conférences qui ont lieu toute l’année scolaire ne sont pas publiques. Sont seuls admis à y assister, et sur la présentation d’une carte spéciale délivrée par la Faculté, les docteurs en médecine et les étudiants ayant subi le troisième examen de doctorat.

Ce laboratoire est également ouvert aux élèves qui désirent entreprendre des recherches personnelles sur des sujets de chimie toxicologique.

Deux ans après, en 1882, le professeur Brouardel insista, dans un rapport au Préfet de police, sur la nécessité de concentrer les recherches scientifiques dans des laboratoires voisins les uns des autres. Il terminait son rapport en disant qu’à la Morgue une autopsie médicolégale, faite devant des élèves et des médecins, ne peut pas être pratiquée à lalégère. Les lésions doivent être montrées , leur valeur discutée , les conclusions tenues dans les limites assignées par la justification qu’on est forcé d’en faire aux assistants. Comparant l’organisation de la Morgue avec celle des institutions analogues de l’étranger, il reconnaissait que nulle part on ne possédait autant de ressources qu’à Paris, et que l’administration française devait tenir à honneur de maintenir la supériorité de notre Institut médico-légal, en accordant les améliorations et les agrandissements nécessités par les besoins de la science.

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