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LA FACULTÉ EN 1822 ET EN

Le 1 8 novembre 1822, toute la Faculté était réunie pour la séance solennelle de rentrée, et, selon l’usage, un des professeurs devait y prononcer l’éloge d’un collègue mort dans l’année. L’orateur était Desgenettes, et le collègue décédé était Hallé. Un vent de liberté soufflait dans l’air, et, par une de ces mauvaises inspirations qui ont souvent pour résultat d’ébranler des trônes ou d’amener de grandes commotions, la royauté semblait avoir jeté un défi à l’opinion publique et surtout à l’Université, en mettant à sa tête l’abbé Frayssinous, évêque d’Hermopolis, premier aumônier du roi. C’était montrer l’influence considérable que prenait le clergé dans la direction de l’instruction publique.

Parmi les professeurs de la Faculté de médecine, il en était quelques-uns qui conservaient dans leur cœur le culte du Gouvernement impérial. On ne l’ignorait pas en haut lieu, et on songeait aux moyens d'épurer la Faculté. L’occasion se présenta : le Gouvernement la saisit.

Lorsque l’abbé Nicolle, vice-recteur, entra à la tête des professeurs dans le grand amphithéâtre, pour présider la séance solennelle, son entrée fut accueillie par des cris et des sifflets. Néanmoins Desgenettes put prendre la parole, mais son discours fut quelquefois interrompu par des signes d’improbation qui ne s’adressaient ni à l’orateur, qui était aimé des élèves, ni à la mémoire du vénérable Hallé. A la fin de son discours, en pariant des sentiments religieux de Hallé, Desgenettes disait : « Nous croirions manquer à la mémoire de M. Hallé, nous croirions la trahir, vous auriez droit de me traiter comme un lâche, si

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j’appréhendais de dire hautement ici que M. Hallé eut des sentiments de religion aussi sincères que profonds. Comme Pascal , il s’anéantissait devant la grandeur de Dieu. Une teinte de l’âme de Fénelon émoussait chez lui le rigorisme; et comme il se croyait sans mission pour amener les autres à ses opinions, il se borna à prêcher d’exemple ». Le Gouvernement crut voir dans ces paroles des allusions qui le blessèrent.

La séance fut levée au milieu des sifflets : l’amphithéâtre se vida rapidement et tous les étudiants étaient dans la cour de la Faculté, dont les grilles étaient fermées, lorsque l’abbé Nicolle parut. Il eut peine à regagner sa voiture qui circula dans la cour, avant de pouvoir sortir, au milieu des huées des étudiants. Il chercha en vain, par quelques paroles conciliantes, à calmer les esprits.

Le Gouvernement avait obtenu ce qu’il désirait, et il profita de la circonstance pour faire paraître l’ordonnance du 21 novembre 1822 qui prononçait la dissolution de la Faculté de médecine de Paris, s’appuyant sur les deux considérants suivants :

Considérant que des désordres scandaleux ont éclaté dans la séance solennelle de la Faculté de médecine de Paris du 1 8 de ce mois, et que ce n’est pas la première fois que les étudiants de cette Faculté ont été entraînés à des mouvements qui peuvent devenir dangereux pour l’ordre public;

Considérant que le devoir le plus impérieux des professeurs est de maintenir la discipline, sans laquelle l’enseignement ne peut produire aucun fruit, et que ces récidives annoncent dans l’organisation un vice intérieur auquel il est pressant de porter remède;

Sur le rapport de notre Ministre d’État au département de l’intérieur.

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Le 26 novembre, par suite d’une décision du Conseil royal, Pelletan fut nommé par le Grand-Maître administrateur du matériel de la Faculté.

Une ordonnance royale du 2 février 1823 réorganisa la Faculté de médecine de Paris, mit à la retraite onze professeurs, qui furent nommés honoraires, savoir : De Jussieu, Vauquelin, Dubois, Pelletan père, Deyeux, Pinel, Desgenettes, Chaussier, Lallement, Le Roux et Moreau (de la Sarthe) , professeur-bibliothécaire.

Cette ordonnance créa le corps des agrégés, au nombre de trentesix, dont vingt-quatre furent nommés sans concours; elle porta que les nouveaux professeurs seraient, pour cette fois seulement, nommés directement par le roi, et ultérieurement par le Grand-Maître de l’Université, sur une liste de trois candidats présentés par la Faculté et par le Conseil académique et pris parmi les agrégés.

Les fonctions du doyen furent fixés à cinq ans, et son préciput à 3,ooo francs.

Le nombre des chaires fut augmenté et dix nouveaux professeurs (1) furent appelés à l’enseignement, dans l’ordre suivant :

Physiologie .

Chimie médicale .

Physique médicale .

Histoire naturelle médicale .

Pharmacohgie .

Hygiène .

Pathologie chirurgicale .

Pathologie médicale . .

Opérations et appareils .

Thérapeutique et matière médicale .

Médecine légale . .

Accouchements, maladies des femn des enfants muveaa-nés .

Béclard.

Dumérii.

Orfila.

Pelleta n fils.

Clarion.

Guilbert.

j Marjoîin.

Fizeau.

Richerand.

Alibert.

Royer-Collard.

Désormeaux.

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Clinique médicale. . .

Clinique chirurgicale.

j Laënnec.

‘ j Landré-Beauvais.

( Cayol.

j Boyer.

. 1 Dupuytren.

Deneux.

Le 10 mars i8î3 eut lieu à la Faculté l’installation officielle des professeurs et des agrégés dans la salle de la bibliothèque, par le Grand-Maître de l’Université, en présence du Conseil académique et des autres Facultés. Il fit naturellement ressortir les avantages de la nouvelle organisation, donna des avis aux maîtres, des conseils aux élèves. Le chancelier Cuvier donna lecture des ordonnances royales, reçut le serment des professeurs et des agrégés, et un discours du nouveau doyen , Landré-Beauvais , termina la cérémonie.

Quand éclata la Révolution de juillet i83o, elle fut chaudement acclamée dans le monde médical, et la jeunesse des écoles n’a pas fait preuve d’indifférence dans cette crise politique. Un élève de l’École normale (Farcy), un élève de l’École polytechnique (Vaneau), trois élèves en pharmacie (Simoneau, Montsarrat, G. Ader), deux élèves de l’École de médecine (Labarbe, de Rouen, et Léon Morin) furent tués dans la lutte. On citait comme s’étant distingués les étudiants Gros, Rudel-Dumiral, Bixio, Littré, Chapellier, Virgile Marin, Adolphe Gaulet, Petit-Dugour, etc. Aux journées de vendémiaire an vi, les étudiants en médecine avaient également fait preuve de courage; un fut tué, un autre fut blessé pour la défense de la Convention'11.

Le 28 juillet i83o, la Faculté n’avait pas ouvert ses cours. Cinq jours après, le 2 août, les professeurs se réunirent pour aviser aux besoins de l’École. Le 4 août. Dubois était nommé doyen de la Faculté, par ordonnance signée du lieutenant général du royaume.

Louis-Philippe avait décrété le 6 août que, pour récompenser les élèves qui s’étaient le plus distingués pendant les trois journées, quatre croix de la Légion d’honneur seraient mises à la disposition du doyen, qui, après enquête, ferait la présentation à sa signature.

Le 10 août, à midi, tous les étudiants se réunirent dans le grand amphithéâtre sous la présidence du doyen, assisté d’Orfila, d’Adelon et de Richerand, pour prendre une résolution relativement à ces quatre croix. Ils les refusèrent, disant que « un devoir national accompli en commun ne mérite pas de récompense individuelle ». Orfila proposa d’accepter ces croix et de les laisser à la Faculté, comme souvenir. La proposition d’Orfila ne fut pas adoptée. On décida alors qu’une visite de remerciement serait faite à Louis-Philippe, qui avait été proclamé roi la veille. A 4 heures moins le quart, î ,8oo étudiants environ, sur quatre de front, conduits par le doyen Dubois, partent de l’Ecole de médecine et se rendent au Palais-Royal où ils sont présentés au nouveau souverain, ayant à sa droite son fils aîné le duc de Chartres, qui allait quitter ce titre pour prendre celui de duc d’Orléans, et à sa gauche le prince de Joinville.

Le roi reçut la députation avec une grande aménité, et le doyen Dubois lui adressa les paroles suivantes :

Sire,

Les élèves de l’École de médecine de Paris, réunis par l’amour de l’ordre et de la liberté, viennent vous exprimer par ma voix leur résolution unanime de ne point accepter de distinction individuelle pour un devoir que tous ont rempli et dont ils ont obtenu la plus belle récompense. Daignez permettre, Sire, qu’ils présentent en même temps à Votre Majesté l’hommage de leur reconnaissance, de leur dévouement et de leur profond respect.

Le roi a répondu :

Messieurs,

Je suis sensible à votre démarche généreuse et à l’expression de sentiments si dignes de la jeunesse française.

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Je n’ai pu O0'rir que quatre croix; j’aurais voulu en donner à tous, persuadé que tous avaient également bien mérité de la Patrie dans ces graves circonstances; toute la jeunesse a montré un héroïsme et un dévouement sur lesquels je suis heureux de pouvoir compter®.

C’était la première fois que la jeunesse des Écoles était reçue par un souverain. En i848, au lendemain de la Révolution de février, un nombre considérable d’étudiants, précédés d’une fanfare , se rendaient au Ministère des affaires étrangères, alors boulevard des Capucines, et étaient reçus par Lamartine , qui les harangua au nom du Gouvernement provisoire. Ricord était à la tête de la députation.

Des vingt-quatre professeurs titulaires en juillet i83o, il en restait huit sur les dix qui avaient été nommés par le décret royal du 2 février 182 3, après la dissolution de l’École; c’étaient Clarion, Pelletan fils, Guilbert, Fizeau, Cayol, Landré-Beauvais, Bougon et Deneux®. Mac Mahon avait succédé à Moreau (de la Sarthe) dans les fonctions de bibliothécaire, le 22 avril 1823.

Mais les événements de 1822 et 1823 n’étaient pas oubliés; maîtres et élèves protestèrent contre le décret du 2 1 novembre, demandèrent la réorganisation de l’École, et la réintégration des professeurs éli-

Le 2 3 août i83o, le nouveau Ministre de l’instruction publique, le duc Victor de Broglie, publiait l’arrêté suivant :

Nocs, Mixistbe, etc.

Vu les réclamations à nous adressées contre les mesures qui ont été prises à l'égard de la Faculté de médecine de Paris, dans le courant de l’année scolaire .822-1823;

Après avoir pris l’avis du Conseil royal de l’instruction publique, avons arrêté et

Art. 1". Une Commission formée comme ci-après, sera chargée de l’examen préparatoire de toutes les questions relatives à l’organisation de la Faculté de médecine de Paris. Elle nous fera son rapport d’ici au 1 5 septembre prochain.

ra Journal les DJbals, 1 1 août l83o. — 1!> Laënnec était mort en 1826 et Bertin en 1827. .

Art. 2. Sont nommés membres de la Commission instituée par l'article précédent : MM. le baron Cuvier, le baron Dubois (doyen), Duméril, Landré-Beauvais, Andra! , professeurs; Jules Cloquet, agrégé; Husson, Jules Guérin, docteurs en médecine.

Par arrêté du 28 août, Richerand et Orfda remplacèrent Dubois et Landré-Beauvais.

Le rapport, dû à la plume de Jules Guérin, ne contient pas moins de 46 pages in-4°. Il conclut : 1° à la révocation des ordonnances du 21 novembre 1822 et du 2 février 1828; 20 au maintien des professeurs attachés à la Faculté avant l’ordonnance de suppression; 3° à la réintégration des professeurs éliminés; 4° au maintien des cinq professeurs régulièrement nommés depuis 1823. C’étaient Cruveilhier, Andral, Adeion, Chomel et Moreau.

La Commission demanda en outre que cinq nouvelles chaires fussent créées, savoir :

10 Histoire de la médecine;

20 Anatomie générale, comparée et pathologique;

3° Pathologie et thérapeutique générales;

4° Clinique des maladies des enfants;

5“ Clinique des maladies cutanées, syphilitiques et scrofuleuses.

Enfin la Commission demanda le rétablissement du concours pour les chaires de professeurs; elle demanda le maintien du corps des agrégés : elle appuya la requête adressée au roi par les étudiants qui demandaient la suppression du baccalauréat ès sciences pour les études médicales.

Les j oumaux politiques s’étaient emparés de la question . Le Courrier français avait demandé que les professeurs fussent nommés à l’élection par le corps des professeurs. La Gazette des écoles, journal très indépendant, avait publié, à la date du jeudi 2 3 septembre, un article signé « Un agrégé par concours » , article fort sérieux dans lequel l’auteur insistait sur ce point, qu’il ne faut pas confondre l’École avec l’Institut ou les Académies. « La chaire d’un professeur, dit-il, ne doit

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pas être considérée comme un lieu de repos; c’est un poste qui réclame de la jeunesse et de l’activité; c’est le commencement d’une carrière d’études et de dévouement, et non la récompense d’une vie usée par les longs travaux . .

Les professeurs agrégés qui avaient obtenu leurs places au concours avaient, de leur côté, adressé à la Chambre des députés une pétition demandant le retrait des ordonnances. Corbière et Frayssinous, le rétablissement du concours pour les chaires qui allaient se trouver vacantes. La Chambre décida le renvoi de la pétition au Ministre de l’instruction publique.

Dans son rapport au roi, le duc de Broglie avait fait un court historique de la création de la Faculté de médecine, des ordonnances qui la régissent depuis la loi du 4 frimaire an m (4 décembre 1794) jusqu’à celles du 21 novembre 1822 et du 2 février i8a3; il demandait le rappel des professeurs éliminés par ces dernières, sauf à conserver à la retraite ceux à qui l’âge en donnait le droit1'1. Toutefois le Ministre insistait sur un point, c’était le maintien des professeurs qui avaient été nommés postérieurement au 2 février 1823, et il donnait comme raison que ces nominations avaient été faites selon le mode usité depuis l’ordonnance du 17 février i8i5. Or, d’après cette ordonnance, c’était la Faculté qui faisait la présentation. Si parmi les membres actuels de la Faculté, disait le rapport, il se trouvait des professeurs nommés par leurs collègues du 2 février 1 82 3 , ces professeurs étaient en minorité, et, d’ailleurs, les présentations de la Faculté avaient été contrôlées par des présentations parallèles du Conseil académique : d’où le Ministre actuel concluait au maintien des professeurs nommés depuis 1823.

Le Ministre demandait le rétablissement du concours pour l’obtention des chaires, et, chose importante, il demandait que le concours fût ouvert aussi bien aux simples docteurs qu’aux agrégés. En outre, dans la crainte que la Faculté, se recrutant elle-même, sans

contrôle, ne pût tomber dans la partialité, il proposa d’adjoindre aux professeurs, juges du concours, un certain nombre de juges étrangers à la Faculté, pris parmi l’Académie de médecine et parmi l’Académie des sciences, les médecins et les chirurgiens des hôpitaux. 11 proposa d’établir ultérieurement un mode particulier pour certaines chaires spéciales (physique, chimie, histoire naturelle médicale). Enfin le Ministre proposait le maintien de l’agrégation.

A la suite de ce long rapport adressé par le duc de Broglie au nouveau monarque, le roi rendit, le 5 octobre i83o, une ordonnance en sept articles, portant :

i“ Rappel des ordonnances du 2 1 novembre 1822 et du 2 février 1823 (art. 1);

2° Réintégration dans leurs fonctions des professeurs destitués (art. 2);

3° Rétablissement du concours et abolition du privilège réservé aux agrégés, c’est-à-dire accès du concours à tous les docteurs en médecine indistinctement (art. 4 et 5).

Cette ordonnance ne donnait pas toutes les satisfactions qu’on en attendait, et elle fut discutée. Les uns virent d’un assez mauvais œil l’introduction parmi les juges de personnages étrangers à la Faculté, bien que ces personnages eussent pour eux le titre fort respectable d’académiciens. Les agrégés, de leur côté, réclamaient contre la faculté laissée au docteur de concourir pour le professorat sans avoir passé « par les fourches caudinesdei’agrégation ». Ils demandèrent, dans une pétition, adressée au roi le i5 octobre, que le concours fût prescrit pour toutes les chaires vacantes ou à venir, car le bruit courait que Broussais, Magendie et Flourens devaient être nommés directement par l’autorité aux chaires de pathologie générale, de physiologie et d’histoire naturelle médicale.

En même temps les agrégés adressaient une autre pétition au Ministre de l’instruction publique, relativement à la composition du jury et au nombre ainsi qu’à la nature des épreuves.

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La question des permutations fut aussi vivement agitée et combattue par des arguments sérieux, tendant à établir que, par ce système, on ne faisait que dissimuler un privilège et perpétuer un abus. Qu’un professeur particulier, disait-on, ait pendant longtemps enseigné la physiologie et se soit exclusivement consacré à cette science dans l’espoir de concourir pour cette chaire quand elle sera vacante, il sera déçu dans ses espérances, si cette chaire est donnée par permutation à un professeur titulaire d’une autre chaire.

C’est précisément ce qui eut lieu.

Une loi du 3o août i83o avait prescrit à tous les fonctionnaires de jurer fidélité au roi des Français, obéissance à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Le i3 septembre, tous les professeurs réunis en assemblée avaient signé sur une feuille la prestation de ce serment. Récamier ne se présenta pas, mais il écrivit à l’assemblée de la Faculté une lettre par laquelle il refusait le serment.

En i85î , Chôme! le refusa également à l’Empire, dans une lettre où il disait que, médecin et ami du dernier roi, il ne pouvait prêter le serment qu’on exigeait de lui, car « sa fidélité était acquise et due au malheur». Formalité bien inutile que celle de tous ces serments officiels aux dynasties nouvelles.

Par suite de l’ordonnance du 5 octobre i83o, de Jussieu, Deyeux, Desgenettes, Lallement et Le Roux furent rappelés à l’enseignement, et Pelletan, Clarion, Guibert, Fizeau, Landré-Beauvais, Bougon, Cayol et Deneux, cessèrent de faire partie du corps des professeurs. Quant à Récamier, sa nomination était antérieure à la dissolùtion de la Faculté, mais sa lettre de refus de serment fut transmise au Ministre, qui le destitua.

On ne s’était pas encore prononcé officiellement contre la permutation. Duméril quitta la chaire de physiologie pour prendre celle de pathologie médicale qu’occupait Fizeau; Roux quitta la chaire de pathologie chirurgicale pour prendre celle de clinique, vacante par la destitution de Bougon; Andral rendit à Desgenettes la chaire d’hy-

giène et passa à celle de pathologie médicale, en remplacement de Fouquier. Par suite de la destitution de Cayol, de Landré-Beauvais et de Récamier, trois chaires de clinique médicale furent vacantes : Fouquier en prit une : Le Roux reprit celle qu’il occupait avant 1 82 3 , de telle sorte qu’il resta six chaires vacantes : celles de physiologie, de physique médicale, d’histoire naturelle médicale, de pathologie chirurgicale, de clinique médicale et de clinique d’accouche-

Deneux protesta contre sa destitution; il s’adressa au Ministre, au Conseil royal de l’Université111. Il prétendit que sa nomination n’était entachée d’aucune illégalité et qu’en l’appelant à la chaire de clinique d’accouchements, le Ministre avait usé de son droit de nomination à une chaire nouvelle. Mais Deneux, après tout, n’était, pour ainsi dire, qu’un professeur inpartibus : pendant sept ans, il n’avait jamais fait de leçons; on ne le voyait qu’aux examens et à la caisse de la Faculté.

Cayol fit du bruit : comme Deneux, il discuta sa destitution au point de vue du droit, prétendit, comme ce dernier, qu’il avait été nommé à une chaire nouvelle, qui était la quatrième chaire de clinique médicale <*>. Entre Deneux et Cayol il y avait une grande différence , c’est que le dernier avait occupé avec un certain éclat la chaire de clinique médicale à l’hôpital de la Charité et qu’il avait fait preuve de talent par la parole et par la plume, car il était l’un des principaux rédacteurs de la Revue médicale, journal de la doctrine hippocratique. Cayol n’avait que 36 ans quand il fut nommé à la chaire de clinique médi-

Récamier le prit de haut avec le nouveau gouvernement*31. Dans une lettre rendue publique, il déclarait non pas qu’il ne pouvait pas prêter

i'i Revue médicale, i83o, t. IV, p. 337- — <!> Ibid., p. 3î3. — <’> Ibid., p. 33g.

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serment, mais qu’il ne le voulait pas; il ajoutait que, selon lui, il y avait deux méthodes pour juger l’avenir : « l’une qui consiste à regarder les événements en haut, dans la volonté suprême qui les règle, et l’autre, à les voir en bas, dans la fange du matérialisme qui souille tout ce qu’il touche ...» Ce refus devait naturellement amener la destitution de Récamier de ses chaires du Collège de France, où il avait succédé en 1827 à Laënnec, et de la Faculté où il avait succédé à Le Roux, en 1822.

Le refus de serment enleva à Récamier ses deux chaires, mais il lui laissa son fauteuil à l’Académie et son service à l’Hôtel-Dieu qu’il garda jusqu’au 1“ janvier i846. Son rôle était terminé comme professeur, mais non comme praticien, car il mourut subitement le 28 juin i852, après avoir visité ses malades comme de coutume. Il était âgé de 78 ans.

Bougon se résigna plus aisément que Deneux et Cayol. Ancien chirurgien militaire , il s’était attaché aux Bourbons. Il était premier chirurgien ordinaire du duc de Berry, et dans la nuit du 1 3 février 1820,

„ il fit preuve du plus grand dévouement envers le duc de Berry, blessé à mort à la porte de l’Opéra. Il n’avait pas quitté le prince, avait appliqué sa bouche sur la plaie et pratiqué la succion. Tant de dévouement ne devait pas rester sans récompense; aussi Bougon fut-il compris, en 1820, dans la première promotion des membres de l’Académie de médecine et, le 2 février 1823, nommé professeur de clinique chirurgicale à l’hôpital de perfectionnement. La reconnaissance est parfois mauvaise conseillère, car Bougon n’avait aucune des aptitudes qu’exige l’enseignement de la clinique chirurgicale. C’était un médiocre professeur et un opérateur plus médiocre encore. Comme Deneux, Bougon demeura fidèle aux Bourbons. Il quitta la France après i83o, et ferma, le 6 novembre i836, à Gôritz, en Bohême, les yeux de l’ex-roi Charles X, succombant à une attaque de choléra. Il resta ensuite auprès du comte de Chambord et mourut à Venise, en i85i.

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