‹ Centenaire de la Faculté de médecine de ParisChapitre 81 sur 146 · II · texte numérisé non relu

II

Clarion, né en 1779, docteur depuis l’an xi, avait été pharmacien ordinaire de l’empereur et directeur de là pharmacie de Saint-Cloud, poste qu’il conserva sous Louis XVIII et sous Charles X. Nommé membre de l’Académie de médecine dès sa fondation, il fut appelé, en 182 3, à la chaire de botanique à la place d’Alihert, qui passa à la chaire de thérapeutique et de matière médicale. En i83ô, Clarion fut destitué à son tour.

Guilbert, reçu docteur en médecine le 28 frimaire an xii, n’était pas beaucoup connu. De puissantes amitiés l’ont fait comprendre dans la promotion du 2 février 1 8 2 3 , où il remplaça Deyeux dans la chaire de pharmacologie. Il avait fait un livre sur les Maladies de l’utérus et, en i83o, il quitta sans grande protestation une chaire qu’il avait si facilement obtenue, qu’il avait occupée sans éclat et qui fut rendue à Deyeux.

Fizeau subit avec philosophie sa destitution. Quoique son nom soit presque oublié aujourd’hui, Fizeau s’était fait connaître et apprécier comme professeur particulier.

Landré-Beauvais, membre de l’Académie de médecine depuis 1821, était septuagénaire quand il fut nommé, en 1823, à la chaire dé médecine clinique et au décanat de la nouvelle Faculté. Élève et aide de Pinel à la Salpêtrière, puis médecin adjoint de cet établissement, Landré-Beauvais fit, jusqu’en 1807, des cours de. séméiotique et de pathologie médicale qui furent très suivis et que sa santé l’avait forcé d’interrompre. Ses opinions politiques et religieuses, son titre de médecin consultant du roi, son esprit fin et conciliant l’avaient désigné aux fonctions élevées de doyen.

Quant à Pelietan, il ne se tint pas pour battu et il ne craindra pas de redemander, par la voie du concours, la chaire qu’il avait obtenue par la faveur.

De Jussieu et Lallement demandèrent leur retraite.

A la suite de toutes ces destitutions, de ces permutations et de ces rappels à l’activité, la Faculté était ainsi constituée à l’ouverture de l’année scolaire 1 83 1 :

Doyen . . Antoine Dubois.

Anatomie .

Physiologie. .

Chimie .

Physigae médicale .

Histoire naturelle médicale.

Pharmacie .

Hy9iène .

Pathologie chirurgicale . . .

Cruveilhier.

Orfila.

Digenettes.

Marjolin.

Pathologie médicale .

Opérations et appareils .

Tliérapeutigae et matière médicale.

Médecine légale .

Accouchements, etc .

Clinigae médicale.

Climgae chirurgicale Clinigue d’accouchements .

Duméril.

Andrai.

Richerand.

Alibert

Chomel.

Dubois.

Dupuytren.

Il y avait, comme on le voit, bien des vides à combler.

Le i novembre i83o, la Faculté rouvrait ses portes.

Le vieux Dubois, rappelé en 1829 à l’activité, malgré ses 74 ans, reparut dans sa chaire de clinique chirurgicale à l’hôpital de perfectionnement (Cliniques), et l’octogénaire Le Roux, dans sa chaire de clinique médicale à l’hôpital de la Charité. Tous les deux furent

accueillis par un auditoire nombreux et sympathique de médecins

et d’étudiants.

Cruveilhier fut moins heureux que ses deux collègues. Des troubles avaient eu lieu à l’École de droit. Le tumulte est contagieux; il gagna vite l’École de médecine. Le 27 novembre, la leçon de Cruveilhier fut troublée, malgré les efforts du professeur, malgré l’intervention du doyen, et ces désordres se renouvelèrent trois fois de suite. A la quatrième leçon, Cruveilhier tint tête à l’orage et tout rentra dans l’ordre.

On reprochait à Cruveilhier d’avoir été nommé par l’évêque d’Hermopolis, à cause de ses tendances religieuses. II le savait, et ceux qui ont connu Cruveilhier ont pu se convaincre que la religion n’était pas un manteau dont il se parait et qu’il n’a jamais renié ni affiché ses principes. Quelques journaux politiques, le National entre autres, lui étaient un peu hostiles; ce dernier journal publia contre lui un article malveillant. Cruveilhier répondit en rappelant qu’en 1823, au concours d’agrégation, il avait été nommé le premier sur vingt-quatre compétiteurs et que, en 1824, il avait été nommé professeur d’anatomie à la Faculté de Montpellier, avant d’être appelé à Paris.

Tandis que Cruveilhier avait à lutter contre l’esprit turbulent des élèves, Andral, Chomel et Rostan étaient nommés chevaliers de la Légion d’honneur.

Chaque commotion politique amène et provoque des réformes.

L’étudiant d’aujourd’hui, doté de tant de moyens d’instruction qui manquaient à ses devanciers, ne s’imagine pas toujours ce qu’il a fallu de peines pour conquérir quelques-uns des avantages qu’il possède actuellement. Après i83o,ies étudiants profitèrent des idées du moment pour songer à leurs intérêts.

Ils se réunirent en séance dans le grand amphithéâtre de la Faculté, avec l’autorisation du doyen et du Ministre, sous la présidence d’un de leurs condisciples. Parent, nommé à l'élection. 1 ,5oo à

ORGANISATION

1,800 élèves environ assistaient à ia réunion. Iis décidèrent qu’une commission de douze membres serait chargée de rédiger une pétition , demandant :

i° Que la bibliothèque de ia Faculté soit mise à la disposition de tous les étudiants, et soit ouverte de 10 à 3 heures tous les jours et qu’on leur donne indistinctement communication de tous les ou-

2° Que chaque pièce anatomique porte une inscription détaillée et non un simple numéro ;

3° Que le privilège du choix des cadavres pour les internes des hôpitaux soit limité;

4° Qu’il soit libre à chaque élève de faire imprimer sa thèse par un imprimeur de son choix;

5° Qu’on supprime l’examen pour le baccalauréat ès sciences, examen inutile puisqu’il se compose des mêmes matières que le premier examen;

6° Qu’on soit admis dans tous les hôpitaux sur la simple présentation de la carte d’étudiant;

70 Que les hôpitaux de la Maternité et des Vénériens soient ouverts avec certaines restrictions.

Les deux premières réunions furent assez calmes pour la circonstance; mais la troisième fut défendue par l’autorité supérieure.

Dans sa délibération du 20 décembre, la Faculté appuya la demande de suppression du baccalauréat ès sciences.

L’année i83i s’annonçait grosse de nuages. Le tumulte des cours de droit et de médecine n’était qu’assoupi. Il existait alors un journal qui se faisait l’écho du bruit du quartier des Écoles, c’était la Tribune. Les étudiants avaient adressé à ce journal un projet d’association des trois Écoles de droit, de médecine et polytechnique, sous l’invocation « Amour de la Patrie, et pour la liberté, la paix et le bonheur

du; peuple ». Le nouveau Ministre de l’instruction publique, Barthe, s’opposa à la formation de cette société, s’appuyant sur une ordonnance du 5 juillet 1820, qui défend aux étudiants de « former entre eux aucune association et .d’agir ou d’écrire en nom collectif, comme s’ils formaient une corporation ou association légalement reconnue; en cas de contravention, il est instruit contre les contrevenants par les Conseils académiques et application leur est faite des peines de discipline déterminées par les articles 19 et 20 de ladite ordon-

Quelques étudiants rédigèrent une protestation contre la lettre du Ministre et cette protestation, insérée dans la Tribune, les fit appeler devant le Conseil académique et punir de la perte d’une ou plusieurs inscriptions.

Une ordonnance royale du 18 janvier, d’après l’avis favorable des professeurs de la Faculté, dispensait les étudiants en médecine de l’examen du baccalauréat ès sciences, prescrit depuis 1820.

Le vendredi 2 1 janvier 1 83 1 , avait lieu dans le grand amphithéâtre la séance solennelle de rentrée de la Faculté, sous la présidence du doyen. Andral prononça le discours officiel; il raconta à grands traits le rétablissement de l’École de santé par la Convention nationale; il en blâma la dissolution par l’acte arbitraire du 2 1 novembre 1 82 2 ; il fit le panégyrique de Désormeaux, mort récemment et, après avoir rappelé aux étudiants leurs devoirs dans la rude et honorable profession médicale, après avoir applaudi au rétablissement du concours, il fit en quelques lignes l’éloge du souverain:

Quelques jours après, le doyen, accompagné d’un grand nombre d’élèves, fut admis en audience par le Ministre de l’instruction publique, Barthe, pour protester au nom des étudiants contre les troubles qui s’étaient manifestés dans les derniers jours de décembre dans la cour de la Sorbonne, où le Ministre lui-même avait été insulté, et pour le remercier d’avoir supprimé le baccalauréat ès sciences.

L’arrêté du 27 décembre i83o avait prescrit le concours pour les

organisation.

cinq chaires de physique, de pathologie externe, d’histoire naturelle médicale, de physiologie et dé clinique médicale. Ces concours devaient s’ouvrir le 7 février et on allait voir descendre dans l’arène :

Pour la Physique : Pelletan (le professeur destitué), Guérard, Legrand et Person;

Pour la Pathologie externe: Petit, Jules Cloquet, L. Sanson, Norgeu, Velpeau, Blandin, Bérard, Dubled, A. Sanson;

Pour l'Histoire naturelle médicale : Richard;

Pour la Physiologie : Piorry, Lepelletier, Guérin (de Mamers), Béfermon, Velpeau, Bouillaud, Gerdy, Bouvier, West, Trousseau, Derard aîné, Sandras et Requin;

Pour la Clinique interne : Bouillaud, Gaultier de Clauhry, Gendrin, Louis , Piorry et Rochoux.

De toutes les chaires demandées par la Commission, dont J. Guérin était rapporteur, on n’en avait obtenu qu’une seule, celle de pathologie et de thérapeutique générales , qui fut créée par ordonnance royale en date du 16 février i83i. L’article 2 de cette ordonnance portait que le Ministre de l’instruction publique nommerait pour la première fois à cette chaire.

Elle fut donnée à Broussais.

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