LES DOYENS
Après avoir créé les Écoles de santé, le Comité d’instruction publique, par un décret du 2 4 frimaire an m (i4 décembre 1794), plaça à la tête de l’École de Paris Augustin Thouret, qui avait été reçu docteur- régent de l’ancienne Faculté, le 3o septembre 1776. Thouret avait été un membre éminent de la Société royale de médecine, et il était très lié avec Fourcroy qui le désigna au Comité d’instruction publique comme directeur de l’École de santé. Il fut chargé de l’enseignement de la doctrine d’Hippocrate. Sa direction fut très laborieuse, car elle eut à procéder à l’organisation complète de l’École de santé et à réglementer l’enseignement. Les assemblées des professeurs eurent lieu d’abord tous les jours (1). Plus tard, Thouret devint un homme politique, fut nommé membre du Tribunat,puis du Corps législatif. Lorsque Napoléon, par le décret du 17 mars 1808, organisa l’Université impériale, Thouret échangea son titre de directeur contre celui de doyen. Il est mort le 1 9 juin 1810, d’une affection cérébrale, au Petit-Meudon, âgé de 62 ans.
Le Roux des Tillets fut nommé doyen le 1" décembre 1810. Il avait 61 ans, avait été adjoint de Corvisart à la chaire de clinique interne, puis était devenu titulaire de cette même chaire lorsque Corvisart fut nommé professeur honoraire. C’était aussi un docteurrégent de l’ancienne Faculté (22 octobre 1778). Il fut destitué lors de la suppression de la Faculté le 2 1 novembre 1822 et nommé professeur honoraire. Il est mort d’une attaque de choléra en i832.
La réorganisation de la Faculté, le 2 février 1823, appela au décanat Landré-Beauvais, reçu docteur en 1800 et âgé de 5i ans. Il était en même temps chargé d’une chaire de clinique interne, qu’il occupa peu, à cause de sa mauvaise santé. La Révolution de juillet le rendit à la liberté. Sous son décanat parurent le Règlement général sur la discipline et la police intérieure des Facultés (9 avril 1825) et les modifications relatives au baccalauréat. Landré-Beauvais supporta philosophiquement sa destitution, et il est mort le 26 décembre i84o.
Le 2 août i83o, après la Révolution de juillet, les professeurs de la Faculté së réunirent pour aviser aux besoins de l’École. Antoine Dubois fut nommé doyen par ordonnance du 4 août. Très aimé des élèves, Dubois n’avait accepté qu’à regret des fonctions qui ne lui convenaient guère. Un jour il pria Orfila de l’accompagner au Ministère de l’instruction publique. « Monsieur le Ministre, dit Dubois, je suis âgé, peu jaloux de conserver des fonctions administratives; je viens vous prier d’accepter ma démission de doyen. Permettez-moi de vous présenter M. Orfila, pour qui je demande la place vacante».
Orfila fut nommé doyen le 4 mai 1 83 1, et il conserva cette fonction jusqu’en i848. Orfila eut, il faut le reconnaître, le décanat le plus lourd et le plus agité. Il était dans la force de l’âge (44 ans), actif, remuant, insinuant, plein de fermeté, de tact, d’habileté; mais, sous son administration, la Faculté fut quelquefois agitée. Si l’émeute
de i836 n’amena pas la fermeture de la Faculté, elle fut néanmoins bien plus grave q.ue celle de 1822. Orfda raffermit la discipline de l’École, renouvela le matériel, fit construire l’hôpital des Cliniques, bâtir de nouvelles salles de dissection, établir au Luxembourg le nouveau jardin botanique, créa le Musée d’anatomie pathologique avec la somme qu’avait léguée Dupuytren pour fonder une chaire d’anatomie pathologique, qui fut payée par l’État. Il créa le Musée d’anatomie normale qui porte son nom. Impatient de terminer ce qu’il avait projeté ou commencé, pour les améliorations matérielles, Orfila devança parfois les allocations, les crédits additionnels, ce qui lui fut inj ustement et durement reproché après sa sortie du décanat , en 1 8 4 8 , où il fut inopinément remplacé par Bouillaud. Le 4 janvier i853, Orfila annonçait officiellement qu’il donnait, lui vivant, 1 2 1 ,000 francs pour l’achèvement de son Musée et pour quelques autres fondations scientifiques. Quelques mois après, le 12 mars, il succombait à une pneumonie.
Le 29 février 1848, Bouillaud fut nommé doyen par le Ministre provisoire de l’instruction publique. Il arriva au décanat avec des idées peu bienveillantes à l’égard de son prédécesseur, dont il attaqua la gestion. Il s’agissait d’une somme de 28,000 francs qui avait été dépensée en sus du budget de la Faculté, et pour laquelle Bouillaud refusait de donner sa signature. Orfila avait fait connaître les motifs de cette dépense, qui avait été un simple virement, et il offrait de prendre la somme à sa charge. La Faculté, le Conseil de l’Université, après avoir examiné la gestion d’Orfila, invitèrent le Ministre de l’instruction publique à couvrir cette dépense, qui avait été faite au profit d’un établissement de l’État. Le Ministre offrit provisoirement 16,000 francs. La Commission de liquidation rendit justice à Orfila, et le Ministre accorda les 28,000 francs. Bouillaud apporta quelques idées de réforme, relatives à la bibliothèque, au prêt des livres, etc.; mais de graves dissentiments survinrent dans les séances de la Faculté et le discours que Bouillaud prononça à la séance de rentrée de la
Faculté, le 4 novembre i848, acheva de le perdre. Le 3o décembre 1 8 48 , il était brusquement remplacé par Bérard , professeur de physiologie.
Bérard occupa le décanat pendant trois ans (i848-i852), et les préoccupations politiques furent telles pendant cette période, que toutes les réformes demandées ou projetées durent rester en suspens. La bienveillance et le dévouement de Bérard furent plus d’une fois mis à contribution par des étudiants que les événements politiques avaient compromis. Mais la réorganisation de l’enseignement supérieur l’enleva à la Faculté et le décret du g mars 1 852 , qui rétablissait les inspecteurs généraux de l’enseignement supérieur, le nomma inspecteur général pour l’ordre de la médecine et membre du Conseil supérieur de l’instruction publique.
Un décret du même jour appela Paul Ddbois aux fonctions de doyen. Ce fut le décanat paternel du statu c/iu>. La mauvaise santé de Dubois ne lui permit pas de s’occuper de ses fonctions, comme il l’aurait voulu. Le 19 avril 1862 parut à l’improviste un décret impérial qui surprit tout le monde médical. S’appuyant sur l’article 2 du décret du 9 mars 1 852 , et considérant qu’il y avait lieu de reviser certaines dispositions de l’ordonnance du 2 février 1823, l’Empereur, sur le rapport du Ministre Rouland (1), créait à la Faculté de Paris deux chaires nouvelles, l’une d’histologie, l’autre de médecine comparée. Par un décret du même jour, Rayer, nommé professeur de médecine comparée, était appelé au décanat.
La nomination de Rayer avait été une affaire politique : il dut le comprendre et tous ses efforts échouèrent devant des difficultés de toute nature. Comme palliatifs, le Gouvernement avait donné à la Faculté deux chaires nouvelles, créé six cours supplémentaires de cli-
ENSEIGNEMENT
nique, agrandi les amphithéâtres, établi le concours pour le clinicat, doté les cliniques d’appareils et d’instruments meilleurs ou nouveaux; rien n’y fit. Rayer demeura en fonctions jusqu’au 9 janvier i864, où il donna sa démission en présence des hostilités qu’il rencontrait à chaque pas. En compensation il fut promu grand officier de la Légion d’honneur.
Le 16 janvier 1864, Tardieu était nommé doyen dans des conditions fâcheuses. Sa nomination fut d’abord favorablement accueillie par les élèves qui comptaient beaucoup sur lui. Il avait été jusqu’alors un des professeurs les plus sympathiques. Malgré les bonnes intentions dont il était animé, il eut le malheur d'arriver dans un mauvais moment. Les esprits étaient agités ; des troubles survinrent à la suite du congrès de Liège, qui provoquèrent des peines disciplinaires contre quelques étudiants. Dès lors Tardieu perdit sa popularité : des désordres graves eurent lieu à la Faculté, et Tardieu fut amené à se démettre de ses fonctions, après un décanat qui avait duré deux ans.
Wurtz fut nommé doyen le 18 janvier 1866. Esprit libéral, dévoué aux intérêts des élèves , il s’appliqua à établir des réformes importantes. Il créa un cours de chimie pratique, fonda un laboratoire de chimie à l’usage des élèves, qui purent enfin expérimenter eux-mêmes. Il obtint la création de trois chaires nouvelles, ce qui porta à vingt-neuf le nombre des chaires de la Faculté. Sous son décanat s’élabora le projet d’améliorer et de compléter l’enseignement clinique. Mais, appelé à la chaire de chimie de la Faculté des sciences, il donna sa démission au mois d’octobre 1875. Le Ministre de l’instruction publique eut l’idée de consulter la Faculté et de lui demander de désigner elle-même celui de ses membres qui devait être chargé des fonctions de doyen.
Elle désigna Vulpi an, qui fut installé le 9 décembre 1875. Son décanat a été le plus fécond en innovations. L’enseignement de l’ana-
tomie a pris un nouvel essor; vingt laboratoires ont été ouverts aux élèves; des cours auxiliaires ont été institués; cinq chaires nouvelles ont été créées; l’hôpital de la clinique d’accouchements a été reconstruit; la Faculté s’est agrandie. Vulpian a donné sa démission le 17 novembre 1881, emportant lés regrets unanimes de ses collègues et dès élèves.
Par un. décret du 1 9 novembre , Béclard a été nommé doyen. Il prit une succession lourde quant au mérite incontesté de son prédécesseur et quant aux charges dont il héritait, par suite des transformations de l’enseignement et de la reconstruction matérielle de la Faculté. Il est mort le 9 février 1887.
Dans l’assemblée de la Faculté du ik février, Brodardel a été proposé par 37 voix sur 3 g votants. Un arrêté en date du 25 février l’a nommé doyen. C’est le doyen actuel, que le suffrage de ses collègues a appelé deux fois au décanat.
TABLEAD CHRONOLOGIQUE.