CHAIRE D’ANATOMIE
Lorsque l’École de santé fut organisée, on réunit en une seule chaire l’enseignement de l’anatomie et delà physiologie. Le 3 1 janvier 1795, Chaussier fut chargé de la physiologie, et Antoine Ddbois, son adjoint, fut chargé de l’anatomie.
Dans la réunion du 2 5 décembre 1794, les professeurs avaient d’abord songé aux cadavres pour les dissections, et ce n’est pas à l’échafaud qu’on en demanda. On n’en eut pas chômé. On proposa de faire une réquisition sur tous les hôpitaux. Le 26 février 1795, on donna un aperçu des dépenses occasionnées pour les études anatomiques : elles furent évaluées à 6,000 francs. Mais il fallait un local : la petite salle de l’ancienne Académie de chirurgie, avec ses quatre tables, était bien insuffisante, et on choisit des salles dans l’ancien couvent des Cordeliers.
Dans l’assemblée des professeurs du 9 vendémiaire an v, on exposa que 5oo sujets avaient été disséqués en l’an iv.
Mais Dubois ne fit que passer dans l’enseignement de l’anatomie, car, le 20 juin 1795, il fut désigné par l’assemblée des professeurs pour la clinique de l’hôpital de perfectionnement.
A Dubois succéda Le Clerc, docteur-régent de l’ancienne Faculté où il avait enseigné la physiologie et les accouchements. Le passage de Le Clerc dans la chaire d’anatomie n’a pas laissé de traces, bien qu’il ait occupé cette chaire pendant sept ans, de 1795 à 1801. A la mort
de Mahon , professeur de médecine légale , Le Clerc demanda à prendre sa chaire, ce qui lui fut accordé par l'assemblée des professeurs, le
1 8 février, et autorisé par le Ministre le 1 o mars 1801.
Trois concurrents se présentèrent pour succéder à Le Clerc; c’étaient : Duméril, qui l’avait emporté sur Dupuytren dans le concours pour la place de chef des travaux anatomiques (1799), Dupuy tren et Bichat. Présenté en première ligne, Doméril fut nommé le 6 mars. Duméril avait une vaste érudition , avait fait ses preuves comme anatomiste, et il avait fait marcher de front l’anatomie humaine avec l’anatomie comparée et l’étude des sciences naturelles. Dupuytren ne lui garda pas plus rancune de son succès qu’il ne l’avait fait lors du concours pour la place de chef des travaux anatomiques : Dupuytren sentait bien que ce n’était pas là un théâtre suffisant à son ambition. Duméril cumulait les fonctions de professeur d’anatomie à la Faculté avec celles de professeur d’entomologie au Muséum, où il suppléait Lacépède. Après dix-sept ans d’enseignement, il demanda la chaire de pathologie interne devenue vacante par suite du passage de Bourdier à la clinique de perfectionnement. Il y fut nommé par permutation le 3o octobre 1818.
Neuf concurrents se mirent sur les rangs pour occuper la chaire d’anatomie, c’étaient : Adelon, Béclard, Breschet, H. Cloquet, Magendie, Maijolin, Ribes, Roux et Rullier. Le 3 novembre 1818, la Commission d’instruction ayant refusé de rétablir le concours, la Faculté dut s’assembler et dresser une liste de quatre noms. Sur
19 votants Béclard fut porté en première ligne par 18 voix; puis vinrent Roux, Hipp. Cloquet et Magendie. Béclard fut nommé le 6 novembre 1818.
Béclard accepta cette chaire, non avec l’idée d’en sortir, comme tant d’autres. Anatomiste il était, anatomiste il resta toute sa vie. Il avait été nommé chef des travaux anatomiques en 1812, après un brillant concours, à la suite duquel il avait obtenu l’unanimité des
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suffrages. Il s’était fait connaître et apprécier dans ces fonctions et avait publié plusieurs mémoires importants d’anatomie pathologique dans les Bulletins de la Société de l’École de médecine (1>.
Les débuts de Béclard dans la vie médicale avaient été pénibles. Fils d’un honnête et modeste mercier d’Angers, il avait été destiné par ses parents au commerce, pour lequel il ne se sentait aucune vocation. Il avait commencé à Angers des études médicales qu’il vint terminer à Paris, avait été reçu le premier au concours de l’internat en 1809, et avait été prosecteur en 1811. Une fois en possession de sa chaire, il se livra tout entier à l’enseignement.
C’était un excellent professeur, ayant une grande facilité d’élocution, de la précision, de la netteté dans ses démonstrations. Chaque leçon était longuement préparée et les élèves affluaient à ses cours.
En 1823 , Béclard avait publié les Éléments d’anatomie générale, résumé le plus concis et en même temps le plus complet des connaissances relatives aux tissus généraux du corps humain. Mais sa santé s’altéra vite dans tous ces travaux d’amphithéâtre , et , le 1 6 mars 1825, Béclard mourait à l’âge de 4o ans. L’autopsie révéla une injection sanguine du cerveau et de ses membranes, avec augmentation de consistance de la substance cérébrale, et la cicatrisation d’un ulcère de l’estomac.
On lui lit des funérailles dignes de lui, et les élèves tinrent à honneur de porter eux-mêmes le cercueil de leur maître au cimetière de l’Est, où son fils , Jules Béclard, est allé le rejoindre soixante-deux ans plus tard.
A la mort de Béclard, le Ministre de l’instruction publique. De Frayssinous, évêque d’Hermopolis, demanda à la Faculté une liste de trois candidats à la chaire vacante. Elle fut dressée dans l’ordre suivant : Cruveilhier, Breschet, J. Cloquet. Un arrêté ministériel du 21 mai 1825 nomma Cruveilhier professeur d’anatomie.
Cruveilhier n’habitait plus Paris : il était professeur à la Faculté de Montpellier, mais ce n’était pas un inconnu. Il avait été reçu le premier au concours de l’internat en 1 8 1 1 , reçu le premier encore au concours d’agrégation en médecine en 182 3 : il avait été l’élève et était resté l’ami de Dupuytren, dont l’influence était prépondérante à la Faculté. Mais les opinions politiques et religieuses du nouveau professeur ne convenaient guère à la jeunesse des écoles qui n’avait pas oublié la dissolution de 1822^'. On craignait du tumulte; toutes les mesures d’ordre avaient été prises. Longtemps avant l’ouverture du cours, l’amphithéâtre regorgeait d’auditeurs; les couloirs étaient envahis, et on apercevait beaucoup de figures inconnues. La première leçon eut lieu le 10 novembre, et Cruveilhier eut le tact de faire très habilement l’éloge de son prédécesseur (al. La séance se passa sans incident et des applaudissements prolongés démontrèrent au professeur que sa cause était gagnée devant les élèves. Cruveilhier passait la plus grande partie de sa journée à l’amphithéâtre d’anatomie et écrivait, pour ainsi dire jour par jour, son Traité d’anatomie descriptive, qui est et restera longtemps encore, malgré les productions nouvelles, l’un de nos meilleurs traités didactiques.
Le 3 août 1 8 3 5 , Cruveilhier quittait la chaire d’anatomie descriptive pour passer à celle d’anatomie pathologique, qui venait d’être créée.
Un nouveau concours fut fixé pour le jeudi i4 avril i836. Ce fut le plus bruyant et le plus orageux qu’ait jamais vu la Faculté de Paris. Il donna lieu à des scènes tumultueuses d’une violence inouïe, et qui ont nécessité l’intervention de la force armée dans l’intérieur même de la Faculté. Les événements de ce concours méritent quelques détails.
Les juges étaient : Roux, président, Cloquet, Cruveilhier, Dubois, Maijolin, Rostan, Moreau, pour la Faculté (Bouillaud et Orfila, suppléants); Ribes, Baron, Gimelle et Magendie, pour l’Académie.
Les candidats étaient : Blandin, A. Bérard, Breschet, Broc, Chassaignac, Lebaudy, Laurent et Michon.
(,) Voir 1” partie, chap. xvi. — (î) Nouvelle bibliothèque médicale , t. IX, p. 466.
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Blandin, Bérard, Chassaignac, Michon et Breschet étaient agrégés : ce dernier était en outre chef des travaux anatomiques et membre de l’Institut.
L’épreuve écrite eut pour titre : Le tissu fibreux en général. Le samedi 2 3 avril, la lecture des compositions était terminée et Chassaignac, Blandin, Breschet et Broc surtout furent vigoureusement applaudis.
Pour la leçon orale, après vingt-quatre heures de préparation, les questions suivantes échurent aux candidats :
Appareil génital dans le sexe mâle en général (Lebaudy).
Organes de l’olfaction en général (Laurent).
Organe de la vision (Broc).
Système nerveux ganglionnaire (Chassaignac).
Comparer les organes des sens entre eux (Bérard).
Appareils des sécrétions en général (Breschet).
Du crâne et de la colonne vertébrale (Michon).
Des parois abdominales considérées d’une manière générale (Blandin).
Dès cette seconde épreuve on vit que la lutte serait vive entre trois candidats : Breschet, Broc, Blandin.
Dans la deuxième leçon orale, après trois heures de préparation, les concurrents eurent à traiter les questions suivantes :
Des membranes du cerveau (Broc et Chassaignac).
Des organes de la déglutition (Blandin et Bérard).
L’articulation tibio-tarsienne (Michon et Laurent).
Le péritoine (Breschet).
Le cœur (Lebaudy).
Dans cette troisième épreuve , Broc se montra avec sa verve ordinaire et fut chaleureusement applaudi par tout l’auditoire auquel il était très sympathique.
La quatrième épreuve consistait en une préparation faite sur le cadavre et une leçon afférente. II était accordé quatre heures pour la dissection et une heure pour la préparation de la leçon.
Laurent eut à préparer le genou; Bresçhet, le larynx, moins ses vaisseaux; Bérard, le plexus axillaire et ses six branches de terminaison; Lebaudy, le périnée chez l’homme; Chassaignac, la région inguinale, Blandin, Vaisselle; Broc, les muscles intrinsèques et les nerfs de la main; Michon, le nerf pneumogastrique du côté gauche.
Laurent fit une assez bonne leçon. Bresçhet ne répondit pas à ce qu’on attendait de lui et sa préparation laissait à désirer. Lebaudy n’eut rien de remarquable ni dans sa préparation, ni dans sa leçon. Michon et Bérard n’eurent rien d’original. Il n en fut pas de meme des trois autres concurrents.
Chassaignac traita supérieurement ses deux préparations : 1 une faisant voir les couches élémentaires de la région inguinale en allant de la peau vers le péritoine; l’autre exposant les mêmes éléments en sens inverse. Cette leçon fut accueillie par. les applaudissements les plus chaleureux.
Blandin présenta trois pièces (aponévroses, muscles, vaisseaux et nerfs). Dans tout le cours de sa leçon, il fit ressortir les conséquences pratiques. Sa leçon excellente excita les hravos répétés.
A Blandin succéda Broc. Cette fois le professeur libre s’est surpassé : sa lëçon a été merveilleuse, et il la termina en désarticulant devant l’auditoire une énorme main de carton et un doigt, afin de mieux faire voir la disposition des parties. L’enthousiasme a été extrême et s’est manifesté par un véritable tonnerre d’applaudissements.
L’opinion publique, après les quatre épreuves subies par les candidats, plaçait en première ligne Broc et Blandin. Chassaignac disputait à Bresçhet la deuxième place.
La cinquième épreuve, la soutenance des thèses, commença le lundi 20 juin. Les sujets suivants échurent aux candidats :
Des dents (Blandin).
Texture et développement des organes de la circulation sanguine (Chassaignac).
Texture et développement des poumons (Bérard).
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Texture et développement de l’encéphale et de la moelle épinière (Michon).
Le système lymphatique (Breschet).
Texture et développement de l’appareil urinaire (Laurent).
Texture et développement du canal alimentaire (Lebaudy).
Des races humaines (Broc).
Toutes les épreuves étaient terminées le samedi 9 juillet 1 836.
En jetant un coup d’œil général sur toutes les phases de ce concours, on sentait que quelques candidats avaient fléchi. Chassaignac avait été brillant; son élocution avait été facile, digne, correcte; il y avait en lui l'étoffe d’un professeur, mais il avait été incomplet dans sa thèse. Bérard avait été un peu faible dans la deuxième épreuve, mais s’était relevé dans l’argumentation. Laurent n’avait pas les qualités professorales. Michon n’était pas dans sa voie et Lebaudy n’était pas l’homme des concours. Breschet avait des titres scientifiques indiscutables et écrasants pour ses concurrents. Blandin avait été bon dans la deuxième épreuve, s’était surpassé dans la troisième, avait fait une excellente thèse, mais il avait une diction froide et monotone. Chez Broc, il y avait le feu, la passion, le mouvement oratoire. A part un mouvement de vivacité contre Breschet, mouvement qu’il a regretté publiquement. Broc avait été le concurrent le plus sympathique à l’auditoire, qui lui fit plusieurs ovations. Broc s’était acquis une immense popularité dans ce concours, où , simple professeur particulier, tout à fait étranger à l’École, il venait lutter contre un membre de l’Institut, contre des agrégés dont la réputation était déjà faite à la Faculté.
Ce concours avait duré près de trois mois, et c’était le samedi 9 juillet que le jury allait faire connaître sa décision.
Sept à huit cents élèves attendaient dans l’amphithéâtre de la Faculté le résultat du scrutin. A 6 heures, Roux, président du jury, rentra dans l’amphithéâtre, suivi de ses collègues, et proclama le nom de Breschet. Quelques applaudissements se firent entendre, mais les
sifflets l’emportèrent. Cette nomination donna lieu à un tumulte comme n’en avait jamais vu la Faculté. Les professeurs, après la proclamation du nom de Breschet, se retirèrent au vestiaire , y déposèrent leurs robes et leurs toques et sortirent de l’École, à l’exception de Roux, qui redoutait la malveillance des élèves. Dans la cour stationnaient cinq à six cents étudiants, criant : «A bas Breschet! A bas Roux. . . !» Un fruitier voisin fut dévalisé; des pommes de terre furent lancées dans les fenêtres; les vitres volèrent en éclats. Le doyen Orfila paraît alors dans la cour; on lui fait place, on l'entoure; il adresse au milieu du tumulte quelques paroles bienveillantes aux étudiants. Tout à coup une poussée se fait; Orfila est entraîné dans les bureaux par les élèves et par quelques jeunes docteurs. Le tumulte recommence : le commissaire de police arrive, sans avoir été mandé. Le désordre continuait toujours; portes et fenêtres sont ouvertes par la violence. Les étudiants pénètrent dans le vestiaire, déchirent sept robes et six toques. La robe d’Orfila fut mise en lambeaux, mais sa toque fut respectée.
Vers 7 heures arrivèrent les sergents de ville et un détachement de garde municipale de la rue de Tournon.
De nombreuses arrestations eurent lieu. Les dégâts s’élevèrent à 3,200 francs pour vitres, boiseries, serrures, etc., et à 2,800 francs pour les robes et les toques déchirées.
Voici ce qui s’était passé dans la salle des délibérations. Il y avait onze juges; Cruveilhier avait été remplacé par Orfila.
Au premier tour de scrutin, les voix s’étaient ainsi partagées :
Breschet, 3; Blandin, 3; Broc, 3; Bérard, 2.
Au deuxième tour, Bérard perdit une voix qui se porta sur Breschet, et au scrutin de ballottage, Blandin l’emporta sur Broc.
Dans tout ce désordre il n’y avait rien de personnel contre Breschet qui, en somme, s’était bien maintenu dans ce concours et qui avait de grandes connaissances en anatomie générale. Mais la chaire mise au concours était une chaire d’anatomie descriptive, et, sous ce rapport, Broc s’était acquis de bien légitimes sympathies. La jeunesse
aimait Broc : il le méritait bien. Elle avait la plus vive estime pour ce concurrent qui n’avait pas de quoi payer les frais de sa thèse : elle aurait voulu voir nommer cet homme qui avait fait preuve d’un talent réel, dont toute la vie avait été une lutte et qui n’avait aucun appui. Broc avait été évidemment apprécié par les juges du concours, puisque, au premier tour de scrutin, il eut autant de voix que Breschet.
A la suite de ce vote, un membre du jury émit le vœu que, pour tenir compte à Broc de son incontestable aptitude, il fût nommé, sans concours, chef des travaux anatomiques , en remplacement de Breschet , nommé professeur, ainsi que cela s’était fait jadis pour Dupuytren1'1. Une Commission fut désignée pour faire un rapport à ce sujet, et la proposition fut repoussée.
L’École a dû être fermée pendant deux jours pour les réparations.
Après les récriminations de quelques candidats, la presse médicale et politique s’empara delà question. Fabre, rédacteur en chef de la Gazette des hôpitaux, fit paraître ÏOrfilaïde, poème de 800 vers environ, en trois chants, signé de son pseudonyme «Le Phocéen ». Fabre était marseillais. Dans cet opuscule, les événements de la Faculté étaient retracés avec verve et originalité. Mais Fabre fut poursuivi sous le prétexte que la Gazette des hôpitaux s’occupait de politique.
Le 17 septembre i836, l’affaire des Écoles fut appelée en police correctionnelle. Sur 42 prévenus, 1 1 seulement furent condamnés, les uns à la prison et à l’amende, les autres à l’amende seulement®.
Le 17 novembre, Fabre, rédacteur de la Gazette des hôpitaux, un des partisans de Broc, comparaissait à son tour, poursuivi : i° pour avoir publié en 1 835 et 1 836 un journal sans avoir fourni le cautionnement prescrit par la loi; 20 pour n’avoir pas fait connaître à l’autorité la mutation survenue dans l’imprimerie dudit journal. Après renvoi des fins de la plainte, appel fut fait du jugement, et Fabre fut condamné à 5oo francs d’amende.
Breschet avait commencé son cours le 8 novembre, au milieu du plus grand calme. Fabre avait été prévenu qu’il serait empoigné en cas de désordre.
Broc reprit modestement son cours particulier le 1 1 novembre, à l’École pratique, au milieu des applaudissements enthousiastes de ses auditeurs, faible mais glorieuse compensation de là lutte qu’il avait si courageusement soutenue.
Le 10 mai 1 845 s’éteignait Breschet, qui, malgré son grand savoir d’anatomiste, avait professé devant des banquettes très peu
Au mois d’octobre i848 mourait à Sainte-Périne, où il avait été transféré des salles de l’Hôtel-Dieu, le pauvre Broc, âgé de 70 ans. Il a fallu que l’Association des médecins de la Seine fit quelques démarches auprès du docteur Recurt, alors Ministre de l’intérieur, pour obtenir cette place, la seule faveur qui fût jamais accordée à Broc.
Un arrêté ministériel du 21 juillet i845 déclara qu’un concours aurait lieu le 1" décembre pour pourvoir au remplacement de Breschet. Neuf candidats se firent inscrire : Jules Béclard, Bourgery, Chassaignac, Denonvilliers, Després, Duméril, Giraldès, Gosselin, Alphonse Sanson. Lebaudy, qui s’était fait inscrire, se retira. Un candidat se présentait pour la quatrième fois dans ces concours pour le professorat, c’était Chassaignac, homme d’une valeur incontestable, comme anatomiste, comme chirurgien, comme professeur libre, très aimé des étudiants, qui rendaient justice à ses mérites; mais, pàr une de ces bizarreries du sort, il se vit toujours barrer le chemin (1). Sanson se présentait pour la troisième fois : c’était un concurrent redoutable par l’imprévu de ses argumentations, par l’étendue de ses connaissances, qui avait déjà concouru pour la chaire d’hygiène en 1 8 3 8 , pour celle de médecine opératoire en 1 84 1 et qu’on verra dans tous les concours jusqu’en i85i. Nul ne le prenait comme un candidat sérieux. Tous
(1) Rochard, Éloge de Chassaignac, dans Bull, de l’Académie de médecine , i885, p. i65g.
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les autres concurrents se présentaient pour la première fois : tous étaient agrégés, à l’exception de Després et de Bourgery, ce dernier connu par son admirable Traité complet de l’anatomie de l'homme, dont il avait commencé la publication en 1 83o et auquel il travailla pendant vingt-cinq ans. Denonvilliers était Chef des travaux anatomiques, fonction qui jusque-là avait toujours ouvert les portes de la Faculté.
Les juges étaient: Roux, président, Blandin, A. Bérard, Cruveilhier, Gerdy, Maijolin, Moreau, Piorry et Velpeau (suppléant) , pour la Faculté; Baron, Husson, Longet, Poisseuille et Renault (suppléant), pour l’Académie.
Le sujet de la composition écrite fut le même pour tous : La peau.
La première leçon orale, après vingt-quatre heures de préparation, attribua les questions suivantes à chacun des candidats :
Béclard : De la main.
Bourgery : De l’appareil de la vision.
Chassaignac : De T appareil auditif.
Denonvilliers : Comparaison des appareils des sens.
Després : Du canal digestif.
Duméril : Des appareils sécréteurs en général.
Giraldès : Parallèle du membre supérieur et du membre inférieur.
Gosselin : Système cérébro-spinal.
Sanson : De l’appareil respiratoire.
A la deuxième épreuve orale, après trois heures de préparation, le même sujet fut traité par deux concurrents dans l’ordre suivant :
Duméril et Chassaignac: Le foie.
Gosselin et Sanson : Les testicules.
Denonvilliers et Béclard : Les annexes de l'utérus.
Després et Bourgery : L’articulation de la tête avec la colonne verté-
Giraldès : La vessie.
La quatrième épreuve consistait èn une préparation, la même pour deux concurrents. Elle fut ainsi fixée par le sort :
Chassaignac et Gosselin : Voile du palais.
Giraldès et Duméril : Périnée chez l’homme.
Béclard et Després : Région axillaire.
Bourgery : Plexus cervical.
Les concurrents tirèrent au sort les sujets de leurs thèses, argumentées par deux collègues.
Béclard : Le système cartilagineux.
Bourgery : Les annexes du fœtus et leur développement.
Chassaignac : Des membranes mugueuses.
Denonvilliers : Comparaison des deux systèmes musculaires.
Després : De la valeur des recherches microscopiques en anatomie.
Duméril : De l’évolution du fœtus.
Giraldès : Du degré d’utilité de l’anatomie comparée dans l’étude de l’anatomie humaine.
Gosselin : Du système nerveux ganglionnaire; ses connexions avec le système nerveux cérébro-spinal.
Sanson : Des articulations en général.
Ce concours se passa sans incident et se termina le 6 mars 1 846.
La composition écrite a été très bonne pour tous; l’anatomie physiologique n’a été qu’à peine indiquée. Chacun traita ce sujet avec ses aptitudes particulières, Béclard en physiologiste, ainsi que Bourgery; Chassaignac et Denonvilliers en anatomistes; Duméril en naturaliste.
La presse médicale jugea ainsi ce concours : « Ce concours a été généralement brillant et solide. M. Giraldès s’y est distingué par une science anatomique profonde et philosophique. M. Gosselin a fait preuve de notions précises, étendues, et d’un talent réel d’exposition. M. Chassaignac, salué à chaque épreuve par des applaudissements unanimes, a répondu avec éclat à l’attente que son talent bien connu de professeur et son savoir d’anatomiste avaient fait naître. M. Béclard
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a montré l’élégante facilité qu’avait révélée son concours pour l’agrégation. Les qualités de M. Boxirgery, observateur sérieux, ont pu se produire dans ce concours. M. Duméril a trouvé plusieurs occasions de faire remarquer ses connaissances étendues en anatomie comparée. M. Denonvilliers a fait ses preuves avant ce jour, et nous n’avons pas besoin de dire que sa nomination sera généralement bien accueillie™. »
Cinquante-cinq séances avaient été consacrées à ce concours, et, au scrutin définitif, les suffrages se partagèrent ainsi :
Chassaignac . 3
Béciard . 3
Denonvilliers . e
Duméril . a
Gosselin . 2
Le 28 mars 1846, Denonvilliers fut nommé professeur d’anatomie. Ce fut le dernier professeur d’anatomie nommé à la suite du concours. Une fois dans sa chaire, Denonvilliers pensa que sa période d’activité scientifique était terminée : il laissa l’anatomie marcher sans lui, ne comprit pas la part que prenait l’histologie dans les études anatomiques, puis, sentant que son enseignement ne serait bientôt plus au courant de la science, il demanda, après dix années de professorat, à abandonner sa chaire d’anatomie pour prendre une chaire de pathologie externe, à laquelle il fut nommé le 23 avril 1 856.
Deux candidats se présentèrent pour succéder à Denonvilliers, ce furent Jaijavay et Sappey, tous deux agrégés depuis 1847; Jarjavay avait sur son concurrent l’avantage d’être Chef des travaux anatomiques. 11 fut présenté en première ligne par la Faculté, et un décret du 24 décembre i858 nomma Jarjavay professeur d’anatomie.
Jarj avay avait déjà concouru en i85o pour la chaire de médecine opératoire, en 1 85 1 pour la chaire de clinique chirurgicale, et il avait publié en i85a-i854 un Traité d’anatomie chirurgicale en deux volumes.
C’étaient des titres qui expliquaient suffisamment le choix de la Faculté, et Jaijavay fit facilement oublier son prédécesseur par son activité toute méridionale et par le côté pratique de son enseignement, car depuis une quinzaine d’années il n’avait guère quitté l’amphithéâtre d’anatomie, comme aide, comme prosecteur, comme Chef des travaux anatomiques. Le 12 novembre 1867, il passa par permutation à la chaire de clinique chirurgicale.
11 eut pour successeur Sappey, qui lui avait déjà succédé comme Chef des travaux anatomiques, et qui s’était fait connaître par ses travaux sur les lymphatiques, sur l’anatomie comparée, sur les systèmes artériel, veineux, musculaire, glandulaire, et par un Traité d’anatomie descriptive, dont la première édition parut en i85o, et qui est aujourd’hui arrivé à sa quatrième édition (1888-1889). Sappey, le premier, a fait accompagner le texte de nombreuses figures, et il a allié à l’anatomie descriptive l’histologie et des notions d’anatomie générale. 11 fut
pendant dix-neuf ans, publia un remarquable ouvrage sur L' anatomie , la physiologie , la pathologie des vaisseaux lymphatiques, avec atlas (1874- 1 883) qui contribua à lui ouvrir, en 1886, les portes de l’Institut. II demanda sa mise à la retraite, qu’il obtint le 1" novembre 1886, avec le titre de professeur honoraire.
Au mois de mai 1 8 7 6 , le Progrès médical publiait trois articles ayant pour titre : Réformes à apporter dans l’enseignement pratique de l’anatomie. L’auteur n’àvait signé que par ses initiales L. H. F.; c’était Farabeuf qui venait, d’être nommé agrégé d’anatomie, et qiii avait enseigné pendant dix ans les dissections et la médecine opératoire d’abord à Clamart, ensuite à l’Ecole pratique. Le mémoire fit sensation, car
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l’auteur ne se bornait pas à montrer tous les desiderata de la question : il proposait une organisation toute nouvelle.
Farabeuf avait passé par tous les degrés de la profession médicale, avait été interne en i864, aide d’anatomie, prosecteur, agrégé en i875.
Son enseignement, essentiellement pratique, démonstratif, au courant de la science étrangère et toujours accompagné de nombreux dessins, fit que le décret du 3 o décembre 1 886 nommant Farabeuf professeur d’anatomie fut accueilli à la satisfaction générale, comme la consécration de la rupture avec tous les errements d’ùn passé séculaire. Le professeur Farabeuf a tenu tout ce qu’il avait promis, car il a donné une puissante impulsion aux études anatomiques.
Dubois . . .
Le Cierc. .
Dumérii . .
Béclard. . .
Craveilhier
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Breschet .
DenonviUiers. . . .
Jarjavay .
SaPPey .
Farabeuf . .