‹ Centenaire de la Faculté de médecine de ParisChapitre 85 sur 146 · CHAIRE DE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

CHAIRE DE PHYSIQUE

Le Comité d’instruction publique avait réuni les chaires de physique et d’hygiène!1). Les titulaires étaient Hallé et Pinel. Hallé prit la chaire d’hygiène, abandonnant à son adjoint Pinel la chaire de physique.

Pinel , peu après sa nomination comme adjoint de Hallé , fut nommé par permutation, le 28 prairial an m (16 juin 1795), à la chaire de pathologie interne , qui convenait mieux à ses goûts et à ses aptitudes , et trois candidats se présentèrent pour lui succéder : Desgenettes, médecin à l’armée des Alpes, Cabanis et Le Roux des Tillets. La nomination se fit attendre.

Desgenettes était un docteur de l’ancienne Faculté de Montpellier; Cabanis sortait de l’École de Reims où il avait été reçu docteur en 1785, et Le Roux des Tillets était un docteur régent de l’ancienne Faculté de Paris, ancien professeur de chirurgie française.

Desgenettes fut élu professeur adjoint, le 5 septembre 1799. Si sa mémoire est légendaire dans les annales de la médecine militaire, elle ne le fut pas dans l’enseignement de la physique à l’École de santé, car le service des armées le tenait constamment éloigné de Paris, où il ne séjourna guère que de 1802 à 1804. Hallé fit seul les cours de physique et d’hygiène. On devine ce que devait être l’ensei-

gnement de la physique à cette époque et dans de semblables condi-

Après la bataille de Waterloo, à laquelle il assistait, Desgenettes perdit les places de médecin en chef des armées et d’inspecteur général, mais il resta à la Faculté de médecine et prit part à l’enseignement qu’il se partagea avec Hallé, jusqu’en 1822 , époque de la mort de ce dernier.

La séance orageuse du 18 novembre 1822 amena des désordres qui servirent de prétexte à la dissolution de la Faculté de médecine, et Desgenettes fut mis à la retraite11'.

A la réorganisation de la Faculté de médecine, les chaires d’hygiène et de physique médicale furent séparées, et Pelletan (Pierre), fils du chirurgien Philippe-Jean Pelletan, fut nommé directement, par ordonnance royale, professeur de physique médicale, le 2 février i823.

Pelletan était entré à l’École polytechnique en 1 7 9 6 et en était sorti démissionnaire. Il avait été le préparateur du cours du physicien Charles; puis, après avoir un peu étudié la chirurgie auprès de son père, avait obtenu un brevet d’aide-major commissionné et avait servi aux armées. De retour à Paris, il concourut pour l’internat et fut reçu premier, le 7 avril i8o3. II quitta ensuite la médecine pour l’industrie et se fixa à Rouen. Il revint à Paris pour soutenir, le 1 8 mars 1 8 1 3 , sa thèse de doctorat sur Y Influence des lois physiques et chimiques sur les phénomènes de la vie.

Au retour des Bourbons, il avait accepté sans réserve les idées de la Restauration et fut nommé médecin du roi par quartier. Très en faveur à la Cour, E avait été choisi comme l’un des administrateurs de la F acuité de Paris , après sa dissolution en 1 8 2 2 , et il s’était trouvé tout naturellement porté à la chaire de physique médicale, séparée de la chaire d’hygiène, lors de la réorganisation de la Faculté.

Pelletan, dans son cours, professa que toutes les notions physiques dépendent de considérations mécaniques, et il écrivit dans cet esprit un Traité élémentaire de physique générale et médicale, qui eut trois éditions, de 1824 à i838.

La Révolution de i83o se lit sentir à la Faculté de médecine, et une ordonnance du 5 octobre rappela à l’enseignement les professeurs retraités en 1822 et destitua ceux qui avaient été nommés à cette époque (1). Elle rétablissait le concours pour les chaires devenues vacantes. Pelletan se trouvait au nombre des professeurs destitués et il voulut reconquérir par le concours la chaire qu’il avait obtenue par la faveur et qu’il avait dignement occupée pendant

Ce fut le premier concours pour le professorat depuis 1 8 11 .

Le concours fut fixé au 8 février i83i. Les juges étaient : Deyeux (président), Orfila, Cruveilhier, Alibert,Desgenettes, Adelon, Moreau, Richerand (Leroux et Andral suppléants), professeurs de la Faculté; et Becquerel, Chevreul, Dulong, Gay-Lussac (Sérullas, suppléant), membres de l’Institut.

Les concurrents étaient : Guérard, Legrand, Pelletan, Person, Donné et Norgeu. Les deux derniers se retirèrent.

La composition écrite avait pour sujet : Exposer la théorie de la formation des vapeurs dans le vide et dans l’air, et en faire l’application aux phénomènes de l’évaporation.

On s’éloignait du plan fixé par le Comité de l’an m, et le cours de physique de la Faculté de médecine tendait à faire double emploi avec celui de la Faculté des sciences.

La leçon de Pelletan a été méthodique, claire et parfaitement divisée. Celle de Guérard a été un peu plus pratique au point de vue médical. Person avait fait une excellente épreuve, mais Legrand semblait s’être plus arrêté à la forme qu’au fond.

i, Cayol, Landré-Beauvais, Réc

ENSEIGNEMENT

Dans la première épreuve orale, après vingt-quatre heures de préparation, les candidats eurent à traiter les questions suivantes :

1° Donner un aperçu des principaux phénomènes électro-magnétiques et indiquer les lois des forces auxquelles ils sont dus (Guérard);

2° Exposer les lois expérimentales des phénomènes capillaires (Legrand);

3° Exposer la théorie de la production du son dans les instruments à anche ou à embouchure de Jlâte, et indiquer les applications que l’on pourrait en faire aux fonctions de l’appareil vocal chez l’homme et chez les animaux (Person);

4° Indiquer les meilleures méthodes pour la détermination de l’indice de réfraction des substances solides ou liquides et spécialement celles qui seraient applicables aux humeurs de l’œil (Pelletan).

Cette seconde épreuve a été bonne pour tous les candidats; Pelletan, quoique à peine remis d’une crise de rhumatisme articulaire aigu, a traité sa question d’une façon magistrale.

La troisième épreuve consista en une leçon orale, après trois heures de préparation , la même question devant être traitée par deux candidats. On tira de l’urne les sujets suivants :

1° Indiquer tous les procédés connus pour arriver à la détermination du nombre absolu de vibrations dun son, pendant l’unité du temps (Guérard et Legrand), .

Guérard étudia les vibrations déterminées par des tiges métalliques, à l’aide des tuyaux fermés ou ouverts, à l’aide des cordes, avec la sirène de Cagnard-Latour. Cette leçon fut bien accueillie de l’auditoire, qui voyait dans Guérard un homme bien maître de son sujet et habile dans l’exposition. II n’en fut pas de même de Legrand, qui, après avoir parlé pendant quelques minutes, descendit de la chaire, déclarant qu’il renonçait au concours.

2° Exposer et expliquer les phénomènes qui se rattachent à la production de la rosée ( Pelletan et Person ).

Mettre un médecin dans l’obligation de parler pendant une heure sur ce sujet extra-médical faisait voir un peu trop l’action des membres de l’Institut dans ce concours et pas assez celle des professeurs de la Faculté. Si, dans cette épreuve, Pelletan a été plus intelligible, plus clair, Person a fait preuve d’un grand savoir; sa leçon a été complète et réellement remarquable.

Le sujet de thèse fut le même pour les quatre candidats qui eurent à développer le Plan d'un cours de physique médicale.

Ce concours avait duré un mois; les épreuves terminées, les voix se répartirent ainsi : Pelletan, 7 ; Person, 5.

Le vote ne se fit pas sans difficultés. Pelletan eut les voix des professeurs de la Faculté, ses anciens collègues; les voix des membres de l’Institut se portèrent sur Person. Et lorsque le jury, précédé du massier, rentra en séance pour proclamer le résultat du scrutin, on constata que les membres de l’Institut s’étaient abstenus de pa-

La nomination de Pelletan fut accueillie par les applaudissements de l’auditoire. Nommé le 3 mars, il fut institué le 19 mars 1 83 1 .

En raison des discussions survenues entre les membres de l’Institut et les professeurs de la Faculté de médecine, l’Académie des sciences demanda à ne plus faire partie du jury des concours; un arrêté ministériel du 19 mars i83i établit que ce seraient les Facultés des sciences qui fourniraient les juges adjoints et qu’à Paris, pour les chaires de physique, de chimie et d’histoire naturelle, les juges adjoints seraient les quatre plus anciens professeurs et professeurs adjoints de physique, de chimie et d’astronomie.

Pelletan était un excellent professeur, à la parole facile, mais son esprit entreprenant l’avait lancé dans des spéculations industrielles malheureuses, ce qui l’amena à résigner ses fonctions. Un arrêté du 20 juillet 1 843 l’admit, sur sa demande, à faire valoir ses droits à la retraite. Il avait 61 ans et comptait vingt années de professorat. II se retira en Belgique, où il mourut phtisique en x 846.

ENSEIGNEMENT

La chaire de physique étant déclarée vacante, un concours fut fixé au 4 novembre i843.

Les juges furent : Orfila, Dumas, Richard, Trousseau, Andral, Adelon, Duméril, Bouillaud, Bérard (suppléant), pour la Faculté de médecine; Pouillet, Desprez, Ballard, De la Fosse (Constant Prévost, suppléant), pour la Faculté des sciences. Pouillet fut élu président.

Six candidats se présentèrent : Baudrimont, Gavarret, Guérard, Legrand, Maissiat et Person.

Le concours consista en une épreuve écrite, deux épreuves orales et une épreuve pratique.

L’épreuve écrite eut pour sujet : Théorie des instruments à vent, application à la voix humaine, et Gavarret et Guérard se sont montrés supérieurs à leurs concurrents. Person a été le plus faible dans cette épreuve.

Dans la deuxième épreuve, leçon orale après vingt-quatre heures de préparation, les candidats eurent à traiter les questions sui-

Ds l’humidité atmosphérique, de ses variations et de leurs causes; des méthodes et des instruments qui servent à l’apprécier; de son influence sur l’économie animale (Legrand).

Des phénomènes électriques observés dans les poissons (Gavarret).

Des phénomènes physiques de la vision (Person).

De la chaleur animale (Guérard).

De la capillarité et de l'endosmose (Maissiat).

Des lois de la chaleur rayonnante (Baudrimont).

Cette épreuve a été bonne pour tous les candidats. Guérard a été clair et élégant; Baudrimont y a soutenu sa brillante réputation ; Maissiat et Person surtout ont été un peu trop mathématiciens : quant à Gavarret, qui paraissait pour la première fois dans un concours à la Faculté, « il a, dit un journal de l’époque, légitimé les espérances de ses amis et complètement satisfait les exigences de l’auditoire ».

Dans la leçon, après trois heures de préparation, deux candidats eurent à traiter la même question.

Le microscope et son application aux sciences médicales (Legrand et Gavarret).

Sur la pression des gaz et des liquides et de son influence sur les corps organisés (Person et Guérard).

Sur l’électricité atmosphérique (Maissiat et Baudrimont).

Le 2 8 décembre eut lieu l’épreuve pratique qui fut la même pour tous les candidats et dont la durée fut de vingt-cinq minutes. La question suivante fut extraite de l’urne : Calorimètre de Rumford; faire connaître les principes de sa construction, son application à la combustion de l’alcool, etc. — Sirène de Cagnard-Latour, faire connaître les principes de sa construction et son usage.

Restaient la soutenance des thèses et l’argumentation. Les questions suivantes échurent aux candidats :

Lois générales de l’acoustique; analyse et discussion des principaux phénomènes physiologiques et pathologiques qui s’y rapportent (Baudrimont).

Lois générales de l’électricité dynamique, etc. (Gavarret).

Lois générales de la chaleur, etc. (Guérard, etc.).

Lois générales de l’optique, etc. (Maissiat).

. « De l’ensemble de ce concours, dit le journal cité plus haut, et s’il nous fallait caractériser par un mot les impressions qu’il a laissées en nous, nous dirions que M. Person nous a semblé le plus physicien; M. Guérard, le plus généralement savant; M. Gavarret, l’esprit le plus élevé; M. Baudrimont, le plus professeur; M. Maissiat, le plus original.»

La lutte fut vive, et après trois tours de scrutin , Gavarret et Maissiat eurent chacun six voix.

En présence de l’égalité des voix entre Gavarret et Maissiat, le président Pouillet déclara avoir voté pour Gavarret, qui fut élu. Un arrêté

ENSEIGNEMENT

ministériel, en date du 1 6 janvier 1 844 , l’institua professeur de physique médicale à la Faculté de Paris.

Gavarret, ancien élève de l’Ecole polytechnique, collaborateur d’Andral dans ses travaux d’hématologie pathologique, occupa sa chaire avec une grande exactitude pendant quarante-deux ans. Il ne se contenta pas d’exposer les lois des actions moléculaires des grands agents cosmiques, mais il étudia les rapports des sciences physicochimiques et des diverses branches de la biologie, et il exposa la part des agents cosmiques dans les fonctions de l’économie et dans les phénomènes de la vie : il démontra l’importance des principes et des méthodes de la physique dans les progrès de la physiologie, de la pathologie et de l’hygiène, etc. Vers 1866, il consacra un certain nombre de leçons à la physique biologique. Pendant son professorat, il publia : Traité de la chaleur produite par les êtres vivants ( 1 855 ) ; Traité d’électricité (1867); Des images par réjlexion et par réfraction (1866); Les phénomènes physiques de la vie (1869); Phénomènes physiques de la phonation et de l'audition (1877).

Mis à la retraite en 1886, par la loi sur la limite d’àge, Gavarret est mort le 3 1 août 1890.

Gariel, agrégé de la Faculté, ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur des ponts et chaussées, présenté en première ligne, fut nommé le 3o décembre 1886. C’est la troisième fois que l’École polytechnique fournit le professeur de physique à la Faculté de médecine.

Pour étudier avec fruit la physique au point de vue médical, il aurait fallu que les étudiants de première année eussent déjà des connaissances en anatomie et en physiologie. Gariel dut donc établir son programme de telle façon que toutes les parties de la physique fussent passées en revue, et qu’un plus grand développement fût donné aux parties qui sont plus directement appliquées dans les sciences biologiques. Toutes les questions spéciales, telles que celles

relatives à l’audition, à la phonation, à la vision, etc., étaient plus longuement développées et précédées d’indications sommaires d’anatomie et de physiologie, se rapportant à l’organe et à la fonction.

La réorganisation du plan des études médicales, par le décret du 3i juillet i8g3, a changé le caractère de l’enseignement de la physique. S’adressant à des élèves qui auront dû recevoir une préparation complète dans une année passée à la Faculté des sciences et qui auront déjà suivi des leçons d’anatomie et de physiologie, le cours est devenu exclusivement médical, c’est-à-dire qu’il comprend l’étude complète et détaillée de toutes les applications de la physique aux sciences bio-

Les résultats de l’enseignement qui vient de prendre fin étaient satisfaisants : mais il est impossible de prévoir ce que donnera la nouvelle organisation. Il faudra que l’enseignement préparatoire des Facultés des sciences soit bien dirigé en vue des études médicales ultérieures.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

*795-*795 I Gavarret., 1799-1822 Gariel....

Pinel .

Desgenettes .

Pelletan. . . ,

ENSEIGNEMENT

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