‹ Centenaire de la Faculté de médecine de ParisChapitre 86 sur 146 · CHAIRE DE CHIMIE ORGANIQUE ET DE CHIMIE MINÉRALE · texte numérisé non relu

CHAIRE DE CHIMIE ORGANIQUE ET DE CHIMIE MINÉRALE

Cette chaire fut créée sous le titre de chaire de chimie médicale et de pharmacie. Fourcroy fut appelé à la chaire de chimie et il eut pour adjoint Deyeux, qui fut désigné pour celle de pharmacie. Élève de Vicq d’Azyr et de Lavoisier, Fourcroy résumait en lui toutes les connaissances chimiques alors connues. Il avait pour lui le prestige de son nom, l’élocution , la majesté, le talent. L’École d’Alfort, le Muséum, l’École centrale (polytechnique) avaient tenu à le compter parmi leurs professeurs. Homme de science et homme politique à la fois, il déserta néanmoins un peu l’une pour l’autre, devint conseiller d’État, directeur général de l’Instruction publique, comte de l’Empire et mourut subitement d’une hémorragie cérébrale, le 16 décembre 1809, à l’âge de 54 ans.

A la mort de Fourcroy, sa chaire demeura vacante pendant près de deux ans. Elle fut mise au concours, d’après les statuts du 3 1 octobre 1 809 et du 3 1 juillet 1810. Vauquelin était désigné par l’opinion publique comme le seul homme capable de succéder à Fourcroydont.il avait été le préparateur, le collaborateur et l’ami. Mais il n’était pas docteur en médecine. Des dispenses d’inscription lui, furent accordées , et le 1 2 août 1811, il soutenait sa thèse sur l’analyse de la matière cérébrale, considérée dans l’homme et dans les animaux. Dès lors Vauquelin était en règle avec les statuts. Mais son concours n’en fut pas un, car nul n’osa se présenter pour lui disputer une chaire qu’il avait si bien méritée par ses travaux. Il était membre de l’Académie des sciences depuis 1795.

. Vauquelin fut nommé le 22 août 1811. Il était déjà professeur de docimasie à l’École des Mines, professeur adjoint de chimie à l’École polytechnique, professeur au Muséum, directeur de l’École de pharmacie. Vauquelin, contrairement à Fourcroy, ne vivait que dans le calme de son laboratoire. Presque toutes les parties du règne animal et du règne végétal ont été étudiées par Vauquelin, avec une netteté d’esprit et une précision que les travaux ultérieurs n’ont fait que con-

Le décret du 21 novembre 1822 lui enleva sa chaire. Il supporta avec une philosophique résignation cette disgrâce imméritée. Ses concitoyens l’en dédommagèrent en l’envoyant, en 1827, à la Chambre des députés, et le Gouvernement, paraît-il, se disposait à le rappeler à l’enseignement, lorsqu’il succombait dans son pays natal, à l’àge de 66 ans.

L’ordonnance royale du 2 février 1823 , portant réorganisation de la Faculté de médecine, divisa la chaire de chimie et de pharmacie, qui fut partagée en chaire de chimie médicale et en chaire de pharmacologie. Orfila, qui avait été nommé professeur de médecine légale le 1" mars 1819, fut appelé à la nouvelle chaire de chimie. Orfila portait dans ses leçons toute son ardeur, toute sa verve méridionales. La Révolution de i83o ne l’atteignit pas.

A la mort de Deyeux, en 1837, une modification fut faite dans l’enseignement de la chimie. Un arrêté ministériel du 1 4 juillet 1837 porta que la chaire de pharmacologie prendrait le titre de chaire dé chimie organique et de pharmacie. Cette chaire fut alors mise au concours, et quatre candidats se présentèrent; c’étaient Baudrimont, Bouchardat, Bussy et Dumas.

Le jury était composé de : Orfila, président; Pelletan, Richard, Broussais, Adelon, Cloquet, Bouillaud, Maijolin, professeurs (Fouquier, suppléant); Boutron, Mérat, Caventou, Robiquet, académiciens (De Lens, suppléant).

ENSEIGNEMENT

Ce remarquable concours s’ouvrit le 1 “février i838. Le sujet de la composition écrite fut : Des bases salifuMes organiques sous les rapports pharmaceutique et chimique.

Comme leçon orale, après vingt-quatre heures de préparation, les candidats eurent à traiter :

Bouchardat : Des huiles essentielles sous les rapports chimique et pharmaceutique.

Baudrimont : De la fermentation alcoolique et de l’alcool sous les rapports chimique et pharmaceutique ;

Bussy : Des corps gras sous les rapports chimique et pharmaceutique;

Dumas : Des sucres sous les rapports chimique et pharmaceutique.

Dans la deuxième leçon orale, après trois heures de préparation, les sujets suivants échurent aux candidats :

Dumas et Bussy : Le lait sous les rapports chimique et pharmaceutique ;

Bouchardat et Baudrimont : Sur la gélatine et l’albumine sous les points de vue chimique et pharmaceutique.

Après les épreuves orales et les épreuves pratiques, les candidats eurent à traiter les sujets de thèses suivants :

Quel est l’état actuel de la chimie organique et quels secours a-t-elle reçus des recherches microscopiques? (Baudrimont).

Du sang et des diverses altérations qu’il éprouve dans les maladies ( Bouchardat).

Des diverses altérations de l’urine dans les maladies et des calculs urinaires (Bùssy).

De l’action du calorique sur les corps organiques : application aux opérations pharmaceutiques (Dumas).

Ce concours, après vingt-sept séances, se termina le 26 mars i838 par la nomination de Dumas, qui avait obtenu le premier rang dans toutes les épreuves , qui était depuis plus de quinze ans répétiteur à l’École polytechnique, professeur à l’École centrale et membre de l’Institut.

Orfila dans sa chaire de chimie médicale, Dumas dans sa chaire de chimie organique, étaient deux brillants professeurs. Si Dumas n’avait pas la mimique expressive d’Orfila, il était servi par une élocution facile, une diction pure, élégante et par une grande habileté dans la démonstration des expériences, qu’on exécutait à son cours. Mais en 1 849 , Dumas fi* comme Fourcroy ; il se tourna du côté de la politique, sans cependant abandonner complètement la science, devint sénateur, ministre, et donna sa démission de professeur en i852.

Outre ses qualités professorales, Dumas était un savant hors ligne. Il combattit le dualisme chimique de Berzélius, qui était adopté par tous les chimistes. C’est Dumas qui établit que le chlore a le pouvoir singulier de s’emparer de l’hydrogène et de le remplacer atome par atome. C’est là le point de départ de la théorie des substitutions et des doctrines qui en découlent; c’est la doctrine de l’Ecole française, et Dumas a été le chef de cette École.

L’enseignement de Dumas a fait époque et, outre de nombreux mémoires, il a publié un Traité de chimie appliquée aux arts (i825- 1 845 ) , des Leçons de philosophie chimique (1837), une Chimie physiologique et médicale (1 846), un Essai de statique chimique des êtres organisés , qui fut une leçon de clôture , le 2 o août 1 8 4 1 .

Orfila était alors le médecin légiste en renom. C’était presque toujours à lui qu’étaient confiées les expertises médico-légales. Ses cours s’en ressentaient un peu, et toutes les fois qu’il traitait d’un corps vénéneux, il l’étudiait toujours sous le rapport de la toxicologie. Ses leçons étaient d’une clarté telle, qu’on croyait alors que la chimie avait dit son dernier mot et était une science faite. Ses successeurs ont fait voir combien on se trompait.

Orfila est mort le 12 mars i853.

Dumas avait été suppléé par Wurtz. Lorsqu’il eut donné sa démission, la Faculté, aux termes du décret du 10 mars i852, fut invitée à présenter trois candidats, qui furent : Wurtz, Favre et Lecanu.

ENSEIGNEMENT

Un décret du 2 février 1 853 nomma Wurtz professeur de chimie organique et pharmacie. Sa nomination fut favorablement accueillie par la jeunesse des écoles, qui retrouva chez lui l’ardeur, la pétulance d’Orfila jointes à la netteté, à la précision, à l’habileté de Dumas. Wurtz se plaça bientôt à la tête des chimistes français.

La Faculté reconnut la nécessité de ne pas scinder l’enseignement de la chimie, de confier à un seul professeur la chaire de chimie organique et minérale et à un autre professeur la chaire de pharmacie. Napoléon, après avoir consulté la Faculté, rendit, le 10 décembre 1 853 , le décret suivant :

Art. 1". La chaire de chimie médicale de la Faculté de médecine de Paris est et demeure supprimée.

One chaire de pharmacie est créée à ladite Faculté.

Art. 2. La chaire de chimie organique prendra à l’avenir le titre de chaire de chimie organique et de chimie minérale.

Wurtz fut chargé de cet enseignement. Esprit original, toujours à la recherche de l’inconnu, chercheur infatigable, il fut, après Dumas, un des chefs de la théorie atomique, qui a été la base de toutes les découvertes, de toutes les synthèses opérées dans la seconde moitié de ce siècle. Sa parole enflammée, singulière, originale, ne tardait pas à captiver et à convaincre ses auditeurs.

Wurtz a laissé de nombreux écrits, parmi lesquels il faut citer ses Leçons de philosophie chimique (i864); ses Traités de chimie médicale, moderne, biologique, et enfin le Dictionnaire de chimie pure et appliquée (1869-1878)-

II est mort le 12 mai x 884-

Le 3o juillet i884, Armand Gautier fut appelé à remplacer Wurtz. Il avait été déjà chargé par Sainte-Claire-Deville de la sousdirection de son laboratoire des Hautes-Études à la Sorbonne (1869) et par Wurtz, de la direction du laboratoire de chimie biologique, créé pour lui, en 1874, à la Faculté. Il avait déjà montré ses qualités

dans ses publications nombreuses et dans ses cours complémentaires, faits à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand d’abord, puis à la Sorbonne et à la Faculté de médecine, dont il était agrégé depuis 1879. ïje talent et la clarté d’exposition de Gautier l’ont fait apprécier aussi bien dans ses livres que dans son enseignement.

Gautier, quoique ancien élève de Montpellier, où ces théories n’étaient pas en honneur, a continué les théories atomiques de Wurtz, auprès duquel il s’est perfectionné.

Il s’est efforcé de chercher l’accord existant entre les théories atomiques, les théories physiques de Berthollet et thermodynamiques modernes de Berthelot. Mais sa caractéristique, c’est la forme pratique à la fois et élevée de son enseignement, qui, appuyé sur les théories générales de la physique moderne, passe de l’étude de l’air respirable, des eaux potables et minérales, des sels médicamenteux et vénéneux aux hautes conceptions de la thermodynamique ou de la physiologie générale.

Fn chimie organique, on doit à Gautier la découverte des carbylamines, classe de composés tout à fait inattendus. On lui doit aussi des travaux sur les tanins, les catéchines, les matières colorantes végétales. Ses recherches sur les ptomaïnes, dont Selmi et lui se partagent la découverte, sont connues de tout le monde : il a montré depuis que les tissus des animaux vivent en partie anaérobiquement et produisent aussi des bases analogues aux ptomaïnes, les leucomaïnes, qui ont été les précurseurs des toxines actuelles. Gautier est encore auteur de nombreux travaux sur l’hygiène, les eaux potables.

Ses principaux ouvrages sont : Traité de chimie appliquée à la physiologie (1874); Cours de chimie minérale organique, biologigue (1887- 1895); Le cuivre et le plomh au point de vue de l’hygiène et de l’industrie ( 1 883 ) ; Lachimie de la cellule vivante (1894); La sophistication des vins (1877)1 etc.

Les travaux de Gautier l’ont conduit à l’Institut en 1889, où il a remplacé Chevreul.

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