CHAIRE D’HISTOIRE .NATURELLE MÉDICALE
Cette chaire fut subdivisée, dès sa création, en chaire de matière médicale et en chaire de botanique. La chaire de matière médicale fut donnée à Peyrilhe et celle de botanique à Louis-Claude-Marie Richard.
Peyrilhe était docteur de la Faculté de Toulouse, et s’était fait recevoir maître en chirurgie à Paris, le 6 août 1768. Il s’était fait connaître par son érudition et son goût pour la littérature médicale, et il avait commencé en 1774, en collaboration avec Dujardin, la publication d’une Histoire de la chirurgie, dont deux volumes seulement furent imprimés. Il s’occupait plus de botanique, de chimie, d’histoire naturelle que de chirurgie, et lorsque, par un édit du mois de décembre 1775, Louis XVI créa une chaire de chimie chirurgicale au Collège de chirurgie (1), Peyrilhe y fut appelé et son cours fut très suivi. Les succès de cet enseignement l’avaient fait désigner à l’École de santé pour la chaire de matière médicale qu’il occupa d’une façon assez irrégulière, à cause de sa mauvaise santé, qui le mettait assez souvent dans l’obligation d’aller séjourner quelque temps dans le Midi, où il mourut en 1 8o4 , à Grenade-sur-Garonne. Il a laissé son nom à deux préparations officinales, un élixir antiscrofuleux et un sirop sudorifique.
ENSEIGNEMENT
Plusieurs candidats se mirent sur les rangs pour le remplacer, mais tous se retirèrent devant Antoine-Laurent de Jussieu, qui s’était fait connaître par sa classification des plantes exposée dans Généra plantarum, et qui fut présenté par l’assemblée des professeurs le 1 5 germinal an xn (6 avril i8o4). Son enseignement eut beaucoup de succès et « une fois professeur, il prit pour base de ses leçons le principe fécond de l’accord despropriétés des plantes avec leurs affinités botaniques (1> ». Il garda sa chaire jusqu’en 1822, fut au nombre des professeurs mis à la retraite par l’ordonnance royale du 2 février 1823 et ne profita pas de l’ordonnance royale du 5 octobre 1 83o qui le réintégrait dans la chaire dont il avait été dépossédé. Il avait alors 82 ans.
En 1823, la chaire de matière médicale fut réunie à celle de thérapeutique.
La chaire de botanique avait été donnée dès l’organisation de l’École de santé à Louis-Claude-Marie Richard. Le nouveau professeur n’aVait aucun titre officiel, n’était ni docteur, ni pharmacien. Fils d’un jardinier du parc de Versailles, il avait beaucoup voyagé, à la recherche de plantes inconnues dans nos pays. Il avait fait une riche provision d’espèces et, après une douzaine d’années d’absence, il revint à Paris en 1789. Nommé professeur de botanique en 1 795 , £ suivit scrupuleusement le programme dressé par Fourcroy, organisa le jardin botanique installé dans le jardin du couvent des Cordeliers. Il faisait sa leçon théorique dans l’amphithéâtre de l’École de santé, et ses leçons pratiques dans le jardin botanique, organisé selon la classification de Linné. Richard a peu écrit, et £ est mort le 7 juin 1821. Il aurait désiré laisser sa chaire à son fils, Achille Richard, et, à son lit de mort, il pria son collègue De Jussieu, professeur de matière médicale, de ne pas passer à la chaire de botanique.
La Faculté ne pensa pas ainsi; elle laissa De Jussieu à la chaire de matière médicale, et présenta Alibert, qui fut nommé le 9 août 1 82 1 .
Aubert ne convenait guère à cette chaire , dans laquelle il ne parut que nominativement, car l’année suivante, la Faculté fut dissoute et elle fut réorganisée en 1823. La chaire de botanique prit le titre de chaire d’histoire naturelle médicale, et un décret du 2 février 1823 y nomma Clarion.
Clarion avait été pharmacien de l’Empereur en i8o5 et directeur de la pharmacie du château de Saint-Cloud. En 1819 il avait été nommé professeur adjoint de botanique à l’École de pharmacie. Ses opinions avaient changé avec la politique. Excellent homme au fond, mais professeur froid et monotone, Clarion occupa sa chaire jusqu’en i83o. A ses leçons du lundi et du vendredi, il exposait les différents systèmes de botanique, et le mercredi il faisait des conférences d’application dans le jardin de la Faculté. Le jeudi et le dimanche avaient lieu les herborisations. L’ordonnance royale du 5 octobre i83o le destitua avec huit de ses collègues, et sa chaire fut mise au concours, qui venait d’être rétabli.
L’ouverture du concours fut fixée au 2 avril i83i, et trois candidats se présentèrent, Achille Richard, Foy et Foureau de Beaure-
Les juges furent, du côté de la Faculté de médecine, Pelietan, Orfila, Cruveilhier, Desgenettes, Adelon, Deyeux, Alibert et Roux (Richerand et Andral, suppléants). Du côté de la Faculté des sciences. Desfontaines, Geoffroy Saint-Hilaire, Beudant et De Mirbel (Constant Prévost, suppléant).
Dès le 4 avril, Foureau de Beauregard, qui avait 60 ans, se retira du concours, et Foy écrivait au président la lettre suivante :
Monsieur le Président,
Le jury supplémentaire n’étant pas en nombre égai à celui de Messieurs les professeurs de ia Faculté, j’ai l’honneur de vous prévenir que je me retire du concours pour la chaire d’histoire naturelle.
Achiile Richard se trouvait donc le seul candidat; aussi ce concours n’en fut-il pas un , puisqu’il n’y avait pas de concurrents.
L’épreuve écrite consista en une question de minéralogie : Faire connaître les principales classifications minéralogiques et l’esprit qui leur a servi de base.
La première leçon orale , après vingt-quatre heures de préparation , fut une question de zoologie : De la classification des animaux.
La deuxième leçon orale, après trois heures de préparation, fut une question de botanique : Exposer les caractères de la famille des Renoncùlacées.
Le sujet de la thèse fut : Esquisse d’un cours d’histoire naturelle médi-
Les titres antérieurs de Richard consistaient dans la publication de plusieurs mémoires présentés à l’Institut sur la botanique, entre autres son important mémoire sur les Rubiacées, en un cours public de botanique, en une suppléance de Desfontaines dans la chaire de botanique de la Faeulté des sciences. U avait été nommé aide-démonstrateur de botanique à la Faculté en 1 8 1 7, et il était aide-naturaliste au Muséum.
A la neuvième séance, le 1 1 avril, il obtint 1 2 voix sur 1 2 votants, et un décret du 22 avril i83i nomma Achille Richard professeur d’histoire naturelle médicale. Il occupa sa chaire jusqu’à sa mort, le 5 octobre 18S2.
Il avait publié : Nouveaux éléments de botanique appliquée à la médecine[ 1819). Dans une nouvelle édition, ily ajouta la physiologie végétale; en 1823 parut son Traité de botanique médicale, en deux volumes. Les Nouveaux éléments de botanique médicale furent pendant longtemps le livre classique des étudiants.
Richard était un professeur excellent, méthodique, à la parole facile, s’enthousiasmant quelquefois, surtout quand il parlait de la taxonomie, bienveillant, aux manières distinguées et aimé des élèves.
Plusieurs candidats se présentèrent pour succéder à Richard, entre
autres Charles Martins, agrégé delà Faculté de Paris, qui avait déjà suppléé plusieurs fois Richard et qui était très connu par ses Etapes d'an naturaliste, du Spitzberg au Sahara. Mais un décret du 3o avril 1 853 , signé Fortoul, nomma comme professeur, Moquin-Tandon, qui était professeur à la Faculté des sciences de Toulouse et au Jardin (les plantes de cette ville, et, par compensation, Charles Martins fut nommé professeur d’histoire naturelle à la Faculté de médecine de Montpellier.
Moquin-Tandon était connu par sa Monographie des Himdinées (1826), parle Dédoublement des organes végétaux (1826) qui étaient ses thèses de doctorat ès sciences, par ses Éléments de tératologie végétale (i84i), parla Monographie des Cliénopodées (i84o). Depuis son entréeà la Faculté de Paris, il avait publié l’Histoire naturelle des mollusques terrestres etjlaviatiles de France ( 1 855 ) , des Eléments de zoologie médicale, de botanique médicale /etc.
Moquin-Tandon occupa sa chaire avec distinction. C’était un homme d’un caractère droit, ennemi des privilèges d’aucune sorte, ennemi du favoritisme, méprisant l’adulation, ne demandant rien qu’au travail; esprit séduisant, physionomie ouverte, d’une bonhomie qui n’était pas sans malice, tel était Moquin-Tandon. Ses leçons, bien préparées, étaient faites avec une verve méridionale, et sa voix toute musicale se prêtait à l’expression de sa pensée. Il y avait en lui du savant, de l’artiste, du poète et de l’écrivain "é
Deux candidats se présentèrent pour la chaire de Moquin-Tandon : Haillon et De Seÿnes. Présenté en première ligne. Bâillon fut nommé le 22 novembre i863. Il avait été reçu le premier au concours de l’internat en i853, avait obtenu la médaille de l’internat, le grand prix de l’École pratique, avait été nommé le premier au concours d’agrégation en 1857, était docteur ès sciences depuis i858, avait fait un cours de botanique à l’École pratique en 1862, et avait suppléé
| g® Éloge de Moqam-Tcmdoa, par Bâillon, séance de rentrée de la Faculté, 186/1.
ENSEIGNEMENT
le professeur Moquin-Tandon en i863. Il avait fait ses preuves dans l’enseignement et avait déjà publié, outre ses deux thèses sur les Aurantiacées et sur les Euphorbiacées , des Recherches organographiques sur lajleur femelle des conifères (1860), sur Y Organisation, le développement et l’anatomiedes Caprifoliacées (1861). Depuis sa nomination. Bâillon a encore publié Adansonia, recueil périodique d’observations botaniques (1860-1873); Histoire des plantes (1867-1891); Dictionnaire de bota- (1876-189 1); Traité de botanique médicale phanérogamigue (1 883) ; Le Jardin botanique de la Faculté de médecine de Paris ( 1 884 ) ; Iconographie de la flore française (1886); Traité de botanique medicale cryptogamique (1889); les Herborisations parisiennes , etc.