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CHAIRE DE PATHOLOGIE ET DE THÉRAPEUTIQUE GÉXÉRALES

Après la Révolution de juillet i83o, la Commission nommée par le Ministre de l’instruction publique, Victor de Broglie, pour examiner les questions relatives à l’organisation nouvelle de la Faculté de médecine, avait demandé la création de cinq nouvelles chaires, dont une de pathologie et de thérapeutique générales. Ce fut la seule qu’on

Cette chaire fut créée par un décret du 1 6 février 1 83 1 , et un autre décret du 3o avril y nommait Broussais.

Broussais s’était déjà fait connaître par son Histoire des phlegmasies chroniques (1808), ouvrage magistral qui contient toute la doctrine de la médecine physiologique, par son Examen de la doctrine médicale généralement adoptée (1816), sorte de pamphlet d’une violence incomparable. Il avait été nommé, en 1814, médecin en second de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, et médecin en chef en 1820; il avait été compris parmi les membres de l’Académie de médecine, dès sa fondation en 1820.

Pinel était parti de ce principe : «Étant donné une maladie, la classer à son rang »; c’était la nosologie philosophique. Une autre école était venue, disant : «Étant donné une maladie, en déterminer le siège »; c’était l’école anatomo-pathologique. Broussais posa autrement la question et dit : «Étant donné une maladie, en déterminer la nature ». Il appela son école la doctrine physiologique.

Broussais avait commencé une lutte des plus ardentes contre la nosographie philosophique de Pinel; il avait démontré la fausseté de la

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doctrine de l’essentialité des fièvres, et faisait au Val-de-Grâce et dans son amphithéâtre particulier de la rue des Grès, aujourd’hui rue Cujas, des cours qui passionnaient la foule des étudiants. Il faisait une guerre ardente aux vieux préjugés rétrogrades, se posait comme un libérateur en médecine, comme un homme de progrès, ennemi de la routine. Il ne voyait partout que phlegmasies; saignées, sangsues, délayants étaient ses grands moyens thérapeutiques. Le vent d’émancipation qui avait soufflé en i83o lui avait été favorable, et le professeur libre devint le professeur officiel. Ce lutteur ardent, irascible, violent, qui provoquait l’enthousiasme par ses sarcasmes, par ses airs dédaigneux, par sa passion, qui avait subjugué pendant un moment toute l’Europe médicale, était un polémiste redoutable dans l’opposition : la nomination ministérielle l’amoindrit, l’ancien tribun perdit son prestige.

L’extérieur de Broussais respirait la vie, la bravoure, l’assurance. « Carrure herculéenne, larges et fortes épaules, encolure de taureau, tète énorme, front large, haut et carré, nez fin, aux narines ouvertes, bouche éloquente et dédaigneuse, menton puissant, joues pleines, et deux yeux vifs, brillants comme la flamme, surmontés de sourcils épais et touffus, qui donnent un puissant relief à cette physionomie originale. Une chevelure abondante couronne cette grande et belle figure, où l’intelligence et la volonté rayonnent, avec la sérénité d’une nature qui ne connut jamais la peur. Les traits fins manquent, et la distinction qui les accompagne; mais la force, la vitalité, le courage, l’amour de la domination et de la victoire éclatent sur ce mâle visage1*1». Tel était l’homme qui pendant trente ans agita le monde médical, fonda une école, et fut l’un des plus puissants lutteurs qu’ait vus la Faculté de Paris depuis sa fondation, c’est-à-dire depuis

Broussais était membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques) depuis i83î; il quitta le Val-de-Grâce en i836 et

(1) Guardia, Histoire de la médecine, p. 238.

mourut dans la nuit du 1 6 au 17 novembre 1 838, à sa campagne de

Vitry, d’une affection organique du rectum.

Outre les ouvrages cités précédemment, Broussais a encore publié : De l’irritation et de la folie (1828), Traité de physiologie appliquée à la pathologie (i836). Cours de pathologie et de thérapeutique générales (i835). Cours de phrénologie (i836), etc. On retrouve Broussais tout entier dans les Annales de médecine physiologique, qu’il rédigea pendant treize ans, de 1822 à 1 834 ■> et qui forment vingt-six volumes

Andral, qui avait été nommé professeur d’hygiène le 3 janvier 1828, avait remplacé en i83o Fouquier dans la chaire de pathologie interne. A la mort de Broussais, il obtint par permutation la chaire de pathologie générale.

Andral avait une grande popularité; son cours eut beaucoup de succès. Il ne se laissait pas entraîner par des théories hasardées, se tenant également éloigné de Brown et de Broussais, et il faisait entrer dans la genèse de l’anatomie pathologique, non pas la diminution ou l’augmentation des propriétés vitales, mais leur perversion. Il avait, pour ainsi dire, créé l’éclectisme médical.' Outre sa Clinique médicale, recueil d’observations prises dans le service de Lerminier, à la Charité, son Cours de pathologie interne, son Précis d’anatomie pathologique , Andral avait fait, avec Gavarret, dès i84o, des études sur l’hématologie pathologique, et il avait poursuivi les altérations jusque dans les humeurs. On compta les hématies ou globules rouges; on fixa le nombre des globules blancs et on alla à la recherche des bactéries et des bactéridies. Andral poursuivait ainsi les lésions jusque dans les éléments anatomiques eux-mêmes, démontrant que les modifications du sang amènent la modification des solides. Andral a fondé l’humorisme moderne scientifique.

En 1 85 2, il se proposa, dans son cours de pathologie générale, d’étudier l’histoire de la médecine à son berceau, et il analysa avec compétence Hippocrate et Galien. II s’arrêta là : ses leçons ont été re-

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cueillies et publiées dans l'Union médicale <*> par le docteur Tartivel.

« Sa parole était grave sans froideur, chaleureuse sans être déclamatoire, sobre sans sécheresse, élèvée sans être obscure, convaincue, sans être celle d’un systématique. Par-dessus tout, elle avait l’autorité et commandait le respect : elle était l’image de son caractère éminemment digne, sérieux et bienveillant. Fuyant toute vaine et bruyante popularité, il réunissait autour de sa chaire un auditoire d’élite, sincèrement respectueux, qui savait tout ce que valait l’enseignement qu’il venait recueillir'-' ».

Retiré à la campagne, où il aimait à donner gratuitement ses conseils aux pauvres malades, il est mort le i3 février 1876, d’une affection cardiaque ancienne, compliquée de bronchite, à l’àge de 79 ans.

Andral a joui d’une grande réputation comme praticien : il était estimé comme professeur. C’était un homme de haute stature, dont la gravité était tempérée par une grande bienveillance, et qui a dignement occupé sa chaire pendant vingt-sept ans. A l’âge de 69 ans, en x 866 , il demanda et obtint sa mise à la retraite avec le titre de professeur honoraire.

Andral eut pour successeur Lasègue131. Présenté en première ligne contre Chauffard, il fut nommé par décret impérial du 9 février 1867. Il ne garda sa chaire que deux ans, pour passer, au mois de décembre 1 869 , à la chaire de clinique médicale de l’hôpital de la Pitié.

Présenté contre Potain, Chauffard fut nommé le 18 mai 1870. Fils d’un médecin distingué d’Avignon, Chauffard était retourné dans son pays natal, exercer la médecine près de son père. Après dix ans de séjour en province, il revint à Paris, concourut pour l’agrégation, où il obtint le premier rang. Chauffard suppléa le professeur Andral en 1860-1861. Sa thèse de doctorat [Essai snr les doctrines médicales) indiquait les tendances de son esprit généralisateur. Il se montra comme

"1 Union médicale, i852-i853. — «Chauffard, Andral : La médecine française de 1820 à

un représentant fervent du vitalisme, opinion qui n’était pas celle de la Faculté de Paris. Aussi ne compta-t-il guère que des adversaires scientifiques parmi ses collègues, mais qui estimaient en lui l’homme de convictions profondes, au caractère droit et loyal.

Chauffard avait affirmé ses opinions dans tous ses écrits, dans les Principes de pathologie générale (1862), dans les Fragments de critigae médicale (i864), dans les Vérités traditionnelles en médecine (1871), dans Andral : La médecine française de 1820 à 1830 (1877).

Il inaugura son cours le 6 novembre 1871. L’époque était mal choisie. Les esprits étaient encore en fermentation au lendemain des douloureux événements de 1870-187 1 ; on n’avait pas oublié l’ingérance d’un certain parti dans les affaires de la Faculté. Chauffard en fut la victime. Son enseignement un peu abstrait et dogmatique était peu en rapport avec les idées des élèves. Des désordres eurent lieu, et le cours dut être momentanément interrompu. Le calme revint. Le 8 août 1874, Chauffard fut nommé inspecteur général des Facultés et Écoles de médecine, en remplacement de Denonvilliers. Il est mort subitement de la rupture d’un anévrisme de l’aorte, le 6 février 1879, à l’àge de 56 ans, laissant un fils, agrégé de la Faculté de médecine et médecin des hôpitaux.

La Faculté fit sa présentation dans l’ordre suivant pour la nomination du successeur de Chauffard : Bouchard, Hayem, Lécorché. Le 21 juin 1879, un décret ministériel nommait Bouchard professeur de pathologie et de thérapeutique générales. Reçu le premier au concours de l’internat en 1862, agrégé en 1869, Bouchard s’était fait connaître par un important mémoire sur la pellagre (1862), et par sa thèse de doctorat ( Etudes sur gaelgues points de la pathogénie des hémorragies cérébrales).

L’œuvre de Bouchard est considérable. Son livre sur les Maladies par ralentissement de la nutrition, paru en 1882, a eu un grand retentissement. Il faut y joindre les Leçons sur les auto-intoxications (1886), la Thèrapeutigue des maladies infectieuses (1889), l'Essai d’une théorie de

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l’infection (1890), Les microbes pathogènes (1892),' etc. Les travaux originaux de Bouchard lui ont ouvert les portes de l’Institut en

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

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