CHAIRES DE PATHOLOGIE MÉDICALE
Le premier professeur de pathologie médicale fut François Docblet, docteur-régent de l’ancienne Faculté, médecin de l’hôpital de la Charité Saint-Sulpice(1), petit hôpital de cent lits, fondé en 1779 et affecté aux pauvres malades des paroisses de Saint-Sulpice et du Gros- Caillou. Nommé, lors de la création de l’École de santé. Doublet ne fit que paraître dans sa chaire, car il est mort le 5 juin 1795.
Il avait pour collègue et adjoint Bocrdier de la Modlière, également docteur-régent de l’ancienne Faculté et médecin de l’Hôtel-Dieu. Sa chaire était affectée à l’étude des maladies en général et son enseignement était très suivi. Il garda sa chaire jusqu’en 1818, pour passer à la clinique de perfectionnement.
A la mort de Doublet, Pinel, adjoint de physique, fut nommé professeur de pathologie médicale, le 20 juin 1795. Pinel voulut apporter dans la médecine la précision des sciences mathématiques, et l’ouvrage qu’il publia en 1798, sous le titre de Nosographie philosophique, fut pendant un quart de siècle le code des médecins français. Pinel avait formé une école qui était un peu en rivalité avec celle à la tête de laquelle se trouvait Corvisart. Comsart procédait par les sens; Pinel procédait par induction.
Aujourd’hui Necker.
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Lorsque la Faculté de Paris fut dissoute par l’ordonnance du 21 novembre 1822, Pinel fut mis à la retraite. Il mourut le 26 octobre 1826, d’une hémorragie cérébrale, à l’âge de 8 1 ans.
Pinel n’avait pas le don de la parole; il était causeur plutôt qu’orateur, et ses leçons au lit de ses malades étaient plus profitables que son cours à la Faculté. C’est surtout comme aliéniste que Pinel a laissé un nom impérissable'11.
Le passage de Bourdier de la Moulière à la clinique de perfectionnement, en 1818, laissa vacante sa chaire de pathologie médicale qui fut donnée par permutation à Duméril, qui fut nommé le 3o octobre
A la dissolution de la Faculté, Pinel et Duméril étaient les deux professeurs de pathologie médicale. Pinel ayant été mis à la retraite et Duméril ayant quitté sa chaire pour celle de physiologie, le coup d’état médical de 1822-1828 nomma deux nouveaux professeurs, Fouquier et Fizeau.
Foüqdier n’était pas nouveau dans l’enseignement, car il appartenait à la Faculté depuis 1820 comme professeur de clinique de perfectionnement. Mais cette chaire ayant été supprimée en 1823, il passa à celle de pathologie médicale. Comme professeur de pathologie, Fouquier fut un maître estimé et suivi, scrupuleux observateur de ses devoirs, inspirant à tous le respect et l’estime. Après la Révolution de i83o, il passa à la clinique médicale de la Charité.
Fizeau s’était fait connaître pour avoir travaillé de 1802 à 1806 au quatrième volume de ï Anatomie de Bichat : il était un des collaborateurs actifs du Journal de médecine de Corvisart, Leroux et Boyer. De 1804 à 1816, il avait fait un cours particulier de pathologie interne
avec beaucoup de succès; il était médecin de l'hospice des Quinze- Vingts et très lié avec Laënnec. Il occupa sa chaire jusqu’en 1 83o , où il fut révoqué.
La Révolution de i83o rappela Duméril dans sa chaire de pathologie médicale, qu’il garda jusqu’à sa mort, en 1860, non sans avoir tenté, en 1 838, de passer à la chaire de thérapeutique.
Duméril avait pour collègue Andral , qui était agrégé depuis 1824, et dont l’enseignement à l’École pratique avait eu beaucoup de succès. En 1828, il avait été nommé à la chaire d’hygiène; après la Révolution de i83ô, il passa par permutation à la chaire de pathologie médicale, qu’il conserva jusqu’à la mort de Broussais, pour prendre la chaire de pathologie générale (1 83g).
Le passage d’ Andral à cette chaire laissait vacante une chaire de pathologie médicale qui, pour la première fois, allait être disputée au concours, et pour laquelle se présentèrent douze candidats, qui étaient : Casimir Broussais, Cazenave, Combette, Dalmas, Dubois d’Amiens, Gendrin, Gibert, Guillot, Hourmann, Legroux, Piorry et Requin.
Les juges étaient les professeurs Duméril, président; Andral, Chôme!, Cruveilhier, Dubois, Fouquier, Gerdy, Trousseau et les académiciens Roche, Bally, Honoré et Rayer.
La première séance eut lieu le 9 novembre 1.83g.
A l’exception de Gendrin, ils étaient tous agrégés et ils s’étaient déjà presque tous trouvés en présence, soit dans les concours pour l’agrégation, ou pour les chaires de clinique interne en i83i et en i833, d’hygiène en i838, et de matière médicale en 1889. La lutte allait être vive, car quelques-uns se présentaient avec des titres considérables.
Le i3 novembre i83g, les concurrents eurent pour question écrite : La fièvre.
Le 26 novembre commença la première épreuve orale, après vingt-
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quatre heures de préparation. Les candidats eurent à traiter les questions suivantes :
De la suppuration et du pus (Cazenave).
Du vomissement (Dubois).
Des phénomènes sympathiques dans les maladies (Guillot).
Des affections rhumatismales et goutteuses (Combette).
De la paralysie (Gendrin).
Des convulsions (Hourmann),
Des névroses (Gibert).
Des fièvres éruptives en général (Legroux).
Des tubercules (Piorry).
De la fièvre puerpérale ( Requin).
Du délire (Broussais).
Des entozoaires chez l’homme sous le rapport pathologique (Dalmas).
Pour la seconde épreuve orale, après trois heures dé préparation, les questions suivantes furent traitées par les candidats :
De l’hémoptysie (Cazenave et Dubois).
Des rétrécissements et occlusions des intestins (Gendrin et Combette). De la métrorragie (Legroux et Piorry).
De l’asthme (Requin et Dalmas).
De l’urine dans les maladies (Gibert et Guillot).
De la gangrène (Broussais et Hourmann).
Pour les thèses, les candidats tirèrent les sujets suivants :
De la statistique appliquée à la pathologie et à la thérapeutique (Brous-
La révulsion et la dérivation (Cazenave).
De Thydropisie (Combette).
Des métastases (Dalmas).
De la fluxion et de la congestion (Dubois).
De l'influence des âges sur les maladies (Gendrin).
Des altérations du sang dans les maladies (Gibert).
De l’injluence de l’anatomie pathologique sur la thérapeutique (Guillot).
De la périodicité dans les maladies (Hourmann).
De la spécificité dans les maladies (Legroux).
De l’hérédité dans les maladies (Piorry).
Des prodromes (Requin).
La séance du 2 1 février fut consacrée à l’appréciation des titres scientifiques des candidats, et le 26 février eut lieu le vote définitif.
Bien que quelques candidats eussent compris que la lutte était pour eux sans espoir de succès, il n’y eut cependant aucune défaillance pendant les quatre mois qu’a duré ce concours. Quoique Gendrin ait tenu la tête dans l’ensemble des épreuves, il n’eut aucune voix. Au ballottage, il y eut égalité de voix entre Piorry et Dubois, et le président Duméril ayant déclaré avoir voté pour Piorry, ce dernier fut élu le 26 février i84o.
Piorry occupa sa chaire jusqu’en i85o, et, le 1" janvier i85i, il passait par permutation à la chaire de clinique interne, vacante par la mort de Fouquier.
Piorry, malgré des bizarreries de caractère, était un homme de grande valeur. Ses travaux scientifiques étaient considérables, et il poussa dans son enseignement et dans son Traité de médecine pratiquem l’organisme jusque dans ses dernières limites : il ne vit que des « organopathies » dans tous les troubles de la santé !3). Il créa une nomenclature de pathologie iatrique.
Le concours pour la chaire que quittait Piorry fut fixé au 1" mai
Le jury fut composé des professeurs Bérard, président; Andra! , Piorry, Cloquet, Duméril, Trousseau, Rostan, Chomel, Gavarret et
oir 3* partie, chap. i.
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Cruveilhier et des académiciens Bousquet, Bricheteau, Michel Lévy, Pâtissier et Roche. Les candidats furent Beau, Grisolle, Guillot, Monneret, Requin et Sanson.
La composition écrite eut pour sujet : De l'intermittence dans les maladies.
Les questions traitées dans la première leçon orale furent :
De l’état puerpéral (Monneret).
De la tympanite (Guillot).
Des vomiques (Beau).
De l'ictère (Sanson).
De l’anasarque (Grisolle).
Des relations entre les lésions des poumons et celles du cœur (Beau):
Dans la deuxième leçon orale, les questions traitées furent :
De la méningite (Monneret et Guillot).
De la chlorose et de l’anémie (Requin et Sanson).
De la diarrhée (Grisolle et Beau).
Les sujets de thèses furent :
La goutte et le rhumatisme (Monneret).
La lésion, la maladie (Guillot).
De la contagion dans les maladies (Beau).
Des phlegmasies secondaires (Sanson).
Des diathèses (Grisolle).
De la spécificité dans les maladies (Requin).
Rarement la lutte a été aussi chaude, aussi passionnée; car, à part Sanson, les candidats avaient déployé le même esprit scientifique, avaient montré des connaissances aussi étendues, des qualités professorales presque égales. Il fallut sept tours de scrutin pour arriver à un résultat définitif, qui se termina le 28 juin par la nomination de Requin, qui obtint onze voix contre quatre données à Guillot, nomination qui fut confirmée par arrêté ministériel du 1 7 juillet 1 85 1 .
Requin ne fut pas longtemps en possession de sa chaire; il mourut le 3i décembre 1 854- Requin était un homme d’une grande érudition, qui avait été formé à l’école de Chomel, et qui avait publié des Éléments de pathologie médicale (i843-i863), eu 4 volumes.
La période orageuse du concours avait disparu avec le nouveau régime impérial, et la Faculté eut à faire elle-même la présentation du candidat à la chaire. Après plusieurs tours de scrutin, elle porta les trois candidats dans l’ordre suivant : Guillot, Monneret, Beau. Un décret impérial du 4 juillet i855 nomma Natalis Guillot professeur de pathologie médicale.
Le 1 4 août 1 86o s’éteignait le vieux professeur Duméril, et au mois de novembre de la même année la Faculté fut invitée à dresser sa liste de présentation. Elle proposa Monneret, Beau et Barth, et le 8 décembre 1860, Monneret fut nommé professeur de pathologie médicale.
Comme professeur, Monneret avait un débit froid et monotone, mais ses leçons étaient bien nourries. Il faisait la description succincte de la maladie, laissait peu de place pour les discussions théoriques et, se conformant au vœu manifesté par le Comité d’instruction en 1 7 9 6 , il avait rédigé et fait imprim er le program m e de son cours (I), qui devait durer trois années et comprendre environ 162 leçons.
Guillot avait remplacé Rostan en 1864 dans la chaire de clinique médicale. Au mois de novembre, la Faculté dressa sa liste de présentation dans l’ordre suivant : Béhier, Beau, Hérard. Par décret impérial du i5 novembre 1864, Béhier fut nommé professeur de pathologie médicale.
Béhier et Monneret occupèrent les deux chaires de pathologie médicale jusqu’en 1867, et tous les deux demandèrent à permuter
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leur chaire contre celles de clinique médicale vacantes par la mort de Grisolle et de Guillot. L’autorisation fut accordée et la Faculté eut à pourvoir à leur remplacement.
Le 19 janvier 1867, après dix-sept tours de scrutin, elle dressa une double liste de présentation pour les deux chaires dans l’ordre suivant : pour la première chaire, Axenfeld, Empis, Lorain; pour la seconde, Hardy, Bouchut, Charcot.
Un décret du 9 février 1867 porta nomination de Axenfeld et
Au mois de janvier 1876, Hardy fut appelé à la chaire de clinique de Bouillaud, mis à la retraite. La Faculté avait présenté Potain, Jaccoud et Péter. Placé le premier, Potain fut nommé par décret du 28 mars 1876. Mais il ne fit que paraître dans cette chaire, car le 7 septembre de la même année, il remplaçait Béhier dans la chaire de clinique médicale.
Axenfeld étant mort le a5 août 1876, après une longue maladie, les deux chaires de pathologie médicale se trouvèrent encore vacantes en même temps, et la Faculté, dans l’assemblée du 16 décembre, dressa les deux listes suivantes : pour la première chaire, Jaccoud, Brouardel et Bouchard; pour la seconde, Péter, Ollivier, Hayem.
Un décret du i3 janvier 1877 nomma professeurs de pathologie médicale Sigismond Jaccoud et Michel Péter.
Jaccoud, en i883, ayant pris une chaire de clinique médicale, un décret ministériel du i5 décembre i883 lui donna pour successeur Damaschino, présenté en première ligne. Damaschino est mort en 1889, après six ans d’un enseignement solide, dans lequel il s’était efforcé d’écarter tout ce qui n’est que pure hypothèse, passant vite sur les théories douteuses, exposant avec sincérité le pour et le contre dans les questions indécises, ne s’attachant qu’aux faits, tâchant de les
décrire avec méthode, et faisant dans ses cours des reproductions microphotographiques très appréciées des élèves.
Péter, en 1886, ayant pris la chaire de clinique interne de Hardy, atteint par la limite d’âge, l’assemblée de la Faculté présenta en première ligne Dieulafoy, qui fut nommé par un décret du 3o décembre. Dieulafoy a exposé ses principes dans sa leçon d’ouverture, reproduite dans le premier volume de son Manuel de pathologie interne, dont la première édition a paru en 1880, et dont les autres éditions se sont succédé avec rapidité.
Par suite du décès de Damaschino ( 2 2 décembre 1 889 ) , la Faculté dressa sa liste de présentation , et Debove , placé le premier, fut nommé par un décret du i4 mars 1890. Debove a accepté toutes les théories microbiennes, ainsi qu’il là professé dans ses Leçons sur la tuberculose parasitaire (i884)- Il fait reposer son enseignement, non pas sur la physiologie, mais sur la clinique (I), laissant de côté les questions théoriques, qui passent, pour ne s’attacher qu’aux faits, qui restent.
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Doublet . 1795-1795 Bourdier . 1795-1818
Pinel . 1795-1822 Duméril . 1818-1822
Fouquier . i823-i83o Fizeau . i823-i83o
Andra! . i83i-i838 Duméril . i83i-i86o
Piorry . i84o-i85o Monneret . 1861-1866
Requin . i85i-i854 Axenfeld . . 1867-1876
Guiîlot . 1 855-1 864 Jaccoud . 1877-1883
Béhier . 1864-1867 Damaschino. . 1883-1889
Hardy . 1867-1876 Debove . 1890-
Potain . 1876-1876
Péter . 1877-1886
Dieulafoy . 1886-....
W Leçon ctouverlure, dans Gazette des hôpitaux, 1890, n° 47.