CHAIRES DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
Dix-neuf professeurs ont occupé ces chaires depuis 1795, et parmi ces professeurs, sept seulement ne les ont pas abandonnées, pour passer, par permutation, à d’autres chaires; ce furent Chopart, Lassus, Percy, Marjolin, Gerdy, Dolbeau et Lannelongue, le titulaire actuel. Les autres profitèrent de la faculté de permutation. Richerand passa à la chaire de médecine opératoire; huit passèrent aux chaires de clinique chirurgicale, ce furent : Roux, Jules Cloquet, Gosselin, Richet, Broca, Vemeuil, Trélat et Duplay. La chaire qu’occupa Guyon, de 1877 à 1890, fut supprimée et remplacée par une chaire de clinique des maladies des voies urinaires. Quant à Denonvilliers, il quitta la chaire d’anatomie en 18 56 pour passer à celle de pathologie externe jusqu’en 186 5; de là il passa à la chaire de médecine opératoire, de i865 à 1872, fut pendant un mois titulaire de la chaire de clinique chirurgicale de l’hôpital des cliniques et repassa définitivement à celle d’opérations, dont il mourut titulaire.
Le premier professeur de pathologie externe fut Chopart, de son véritable nom T urlure (il avait adopté celui de sa mère). Reçu maître en chirurgie le 2 1 juillet 1770, il avait été professeur à l’École pratique de dissection en 1771, avait eu beaucoup de succès dans son enseignement et avait été nommé substitut de Bordenave dans la chaire des principes de chirurgie, le 1 3 mars 1 782 , au Collège de chirurgie. Il avait écrit, en collaboration avec Desault, qui l’appréciait beau-
coup, un Traité des maladies chirurgicales (1779), en 2 volumes, et en 1791 un Traité des maladies des voies urinaires. On sait que c’est lui qui , le premier, pratiqua l’amputation partielle du pied, et son nom est resté à la méthode. Depuis 1790, il était chirurgien de l’hospice de l’École, qui occupait l’aile droite de l’Académie de chirurgie, notre Faculté actuelle. Il fut nommé professeur de pathologie externe à la création de l’Ecole de santé, le 3i janvier 1795, sur la présentation de Fourcroy, qui connaissait ses aptitudes pour l’enseignement.
C’était un professeur excellent et clair, d’un caractère mélancolique, sujet à des crachements de sang qu’on n’arrêtait que par des saignées. Il ne conserva sa chaire que quatre mois. Il est mort le 2 1 prairial an ni (g juin 1796), après trente-six heures de coliques violentes. L’autopsie révéla qu'il avait succombé à une invagination intestinale.
Il était célibataire™.
Percy avait été nommé l’adjoint de Chopart. Il avait été reçu docteur à Besançon en 1775, était entré comme aide-chirurgien major dans la gendarmerie et était passé en 1 7 8 2 dans le régiment de Berry. Il s’était fait connaître par un Mémoire sur les ciseaux à incision (1785); par un Manuel du chirurgien d’armée (1792); par un traité sur la Pyrotechnie chirurgicale ( 1 7 9 4 ) . Il fit toutes les campagnes de la République et de l’Empire et fut avec Larrey une des gloires de la chirurgie militaire, dont il était inspecteur général. La vie active qu’il menait dans nos armées lui imposait de longues absences à la Faculté de médecine. Il présida néanmoins la séance publique de 1 81 1 et y prononça l’éloge de Sabatier. Il donna sa démission, le 10 février 1820, pour raison de santé, et il est mort à Paris en 1825. L’Empereur l’avait nommé baron et commandeur de la Légion d’honneur. Comme professeur, Percy n’a laissé aucune trace de son passage à la Faculté.
A la mort de Chopart, Lassus, qui avait été nommé professeur de
ée de la Fac
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médecine légale en 1795, demanda à permuter sa chaire pour celle de pathologie externe, à laquelle il fut nommé. Il avait été reçu maître en chirurgie le 1“ juin 1765, et nommé substitut à la chaire d’opérations chirurgicales du Collège de chirurgie en 1781. Il avait déjà publié une Dissertation sur la lymphe ( 1 7 83 ) , un Essai historique et critique sur les découvertes faites en anatomie par les anciens et par les modernes (1783). Médecin des princesses Sophie et Victoire , il avait émigré avec elles en Italie, en 1793, mais il était rentré en France peu de temps après, ayant profité de la disposition du décret qui établissait que ceux qui avaient quitté la France pour la culture de la science ne seraient pas considérés comme émigrés.
Lassus avait publié avec Pelletan : Éphémérides pour servir à l’histoire de toutes les parties de l’art de quérir (1790); Médecine opératoire (1790), 2 volumes, etc. On ne lui garda pas rancune de son émigration, car il fut chargé, avec Pelletan, Jeanroy et Dumangin, de l’autopsie du Dauphin au Temple. Plus tard, il publia une Pathologie chirurgicale ( 1 8o5 ) , qui est le sommaire des leçons qu’il faisait à la Faculté.
Lassus devint membre de l’Institut, chirurgien consultant de Napoléon.
11 est mort célibataire le 7 mars 1807, laissant la réputation d’un homme probe, franc et désintéressé1'5.
A Lassus succéda Richerand, qui s’adonna de bonne heure à l’enseignement de la physiologie, qu’il avait professée avec succès, malgré la difficulté de son élocution. Il était chirurgien de l’hôpital Saint- Louis en 1800, et, choisi le 3i mai 1807 pour succéder à Lassus, il fut institué le 2 3 juin. Richerand était plus remarquable comme écrivain que comme professeur, et pendant longtemps ses Nouveaux éléments de physiologie (1801) ont été le livre classique par excellence. Richerand avait beaucoup emprunté à différents physiologistes, sans les citer, à Chaussier entre autres, qui désignait le livre sous le nom de
. <") Éloge, par P. Soi (séance de rentrée de la Faculté, 1807).
ma Physiologie de Richerand. On lui doit encore une Nosographie et thérapeutique chirurgicales (1821); Histoire des progrès de la chirurgie (1825), etc.
En 1818, Richerand ayant demandé à quitter la chaire de pathologie externe pour celle de médecine opératoire, la Faculté s’assembla le 2 3 juin 1818, et elle adopta à l’unanimité la voie du concours pour la nomination à la chaire vacante, suivant les formes du statut du 3 1 juillet 1 8 1 o. La Commission de l’instruction publique ne l’entendit pas ainsi, et le 2 3 octobre elle faisait savoir au doyen qu’elle ne pouvait déférer au vœu de la Faculté et qu’une ordonnance royale du 12 août 1818 avait établi que les nominations seraient faites sur présentation. La Faculté n’eut qu’à s’incliner.
De nombreux candidats se présentèrent : c’étaient J. Cloquet, Magendie, Marjolin, Roux, Breschet, Ribes, Larrey, Lisfranc, A. Petit, etc. Sur vingt votants, après deux tours de scrutin, Maijolin eut onze voix et fut porté en première hgne; Roux fut placé le deuxième, Breschet le troisième, Larrey le quatrième. La Commission d’instruction publique acquiesça à cette présentation, et le 1 3 novembre 1818 Marjolin fut nommé professeur de pathologie externe.
Ses débuts dans la carrière médicale ne furent guère plus heureux que ceux de beaucoup de ses contemporains. Marjolin avait passé par une étude de notaire, puis par un régiment de dragons, et ne se sentant pas plus de vocation pour le papier timbré que pour le casque militaire, il avait ébauché des études médicales à l’hôpital de Commercy. Venu à Paris pour les compléter, il avait fait partie de la deuxième promotion des internes (1 8o3 ) , puis il était devenu successivement aide d’anatomie, prosecteur, s’était fait recevoir docteur en 1808, et, comme tant d’autres, se livra à l’enseignement particulier. Il s’était fait connaître par un Manuel d’anatomie en 2 volumes (1810), par un Mémoire sur l’opération de la hernie étranglée (1812), avait été nommé, en 1818, chirurgien en second de l’Hôtel-Dieu, à côté de son ancien maître Dupuytren, qui ne pouvait supporter le moindre
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ombrage. Il s’en affranchit dès qu’il le put (1825), et c’est à Beaujon qu’il passa sa vie de chirurgien des hôpitaux.
Pendant les trente-deux ans qu’il occupa sa chaire de pathologie externe, Marjolin le fit sans la moindre défaillance, avec une scrupuleuse exactitude, sans aspirer à une chaire de clinique chirurgicale qu’il eût dignement occupée. Son enseignement à la Faculté était solide, essentiellement pratique. Marjolin avait la parole lente, nette, claire , la voix bien accentuée. Il ne se laissait pas aller à des divagations inutiles, aimait à citer des faits à l’appui de ce qu’il disait, selon la méthode de J.-L. Petit, et ne s’interrompait quelquefois que pour prendre sa chère prise de tabac. Fidèle aux vieux usages et aux règlements, il faisait toujours ses cours en robe et avec une toque qui avait oublié depuis longtemps sa couleur cramoisie. La bonté, la bienveillance, étaient la caractéristique de l’homme; le sens pratique était celui du professeur qui ne quitta la Faculté, à l’âge de 70 ans, que pour prendre le repos étemel, n’ayant laissé sur son chemin que des sympathies parmi ses collègues et ses élèves. II a succombé à une affection organique de l’abdomen, le 4 mars 1860.
Plusieurs discours furent prononcés sur sa tombe : celui du professeur Roux(I), son vieux camarade, son vieil ami, rappelant leur temps d’épreuves, de luttes communes, a été l’adieu le plus touchant de celui qui devait lui survivre quelques années encore.
Marjolin a peu écrit. C’était un praticien très recherché pour la sagesse de ses conseils, pour sa prudence et pour son honnêteté. Il a publié un Cours de pathologie chirurgicale professé à l’École. Ce volume in-8°, non daté, est le seul qui ait paru.
A la suite de la démission de Percy, sa chaire fut sollicitée par Roux, Breschet, Lisfranc, J. Cloquet, Ribes et Larrey. Roux, présenté en première ligne, fut nommé le 8 mars 1820. Il garda la chaire jusqu’en i83o, pour passer à celle de clinique chirurgicale à
(,) Union médicale, 12 mars 1800. Voir Éloge de Marjolin, par Velpeau (séance de rentrée de la Faculté, i85o).
la Charité, ce qui ne l’empêcha pas toutefois d’enseigner la clinique à l’hôpital de perfectionnement en 1826, où il remplaçait quelquefois Bougon'11.
Lorsque Roux, en i83o, quitta la chaire de pathologie chirurgicale pour celle de clinique, un concours eut lieu le i3 février i83i.
Neuf candidats se présentèrent : J. Cloquet, Sanson aîné, Norgeu, Velpeau, Blandin, A. Petit, Bérard aîné, Dubled et Alph. Sanson.
Les juges furent : les professeurs Dubois, Dupuytren, Roux, Marjolin, Richerand, Moreau, Cruveilhier et Duméril (Alihert etChomel, suppléants), et les académiciens Rihes, Murat, Breschet, Baffos (Hervez de Chégoin, suppléant).
La question écrite, après six heures de préparation, fut la suivante : Des abcès gui se forment à la suite des plaies et des grandes opérations chirurgicales.
Les candidats eurent à faire leur première leçon orale, après vingtquatre heures de préparation, dans l’ordre suivant :
De l’étranglement dans les hernies inguinales et crurales (A. Petit).
Des plaies des artères (J. Cloquet).
De la pourriture d’hôpital (Norgeu).
Des tumeurs blanches de l’articulation du genou (Velpeau).
Des corps étrangers dans les voies aériennes (Blandin).
De la nécrose (Bérard).
Du contre-coup (Dubled).
Tracer l’histoire des polypes utérins; faire connaître, discuter et apprécier les divers modes de traitement proposés (A. Sanson).
De l’anévrisme poplité (Sanson aîné).
Après cette épreuve. Petit et Sanson jeune se retirèrent du con-
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La deuxième épreuve orale, commune à deux candidats, eut lieu après trois heures de préparation.
Des cas qui exigent T amputation des membres (Cloquet et Sanson).
Du tétanos traumatique (Velpeau).
Des plaies pénétrantes de l’abdomen avec lésion du tube intestinal (Blandin et Bérard).
Du sarcocèle (Dubled).
Six candidats seulement soutinrent leur thèse de concours, Petit, Norgeu et Sanson jeune s’étant retirés.
La question que tous les candidats eurent à traiter fut à peu près la même pour tous. Elle avait pour titre : De l’enseignement de la pathologie externe, en général; du plan et de la méthode qu’il convient d’adopter et de suivre.
Le 26 février, Boyer avait renoncé à être juge avec Dupuytren et le 2 3 mars Dupuytren, à son tour, renonça à être juge, de sorte qu’ils furent remplacés par les deux suppléants, Alibert et Chomel.
Sur douze votants, Cloquet obtint 11 voix, Blandin 1. Jules Cloquet fut élu le 2 4 mars i83i.
Cloquet s’était fait remarquer dans tous ses concours, avait fait depuis 1810 des cours particuliers d’anatomie générale, de pathologie chirurgicale et d’opérations, dans lesquels il avait montré ses éminentes facultés.
Outre sa thèse inaugurale ( Recherches anatomiques sur les hernies de l’abdomen ), Cloquet avait publié des mémoires Sur la membrane pupillaire (1818), Sur les fractures par contre-coup de la mâchoire supérieure (1820), Sur les vers intestinaux (1824), et son magnifique Atlas d’anatomie était en cours de publication depuis 1821, etc.
Cloquet avait la parole facile, l’exposition claire; ses leçons, très suivies par les élèves, étaient très substantielles; mais il ne garda pas longtemps sa chaire. Deux ans après sa nomination, il obtint, par permutation, la chaire de dinique chirurgicale de l’hôpital de perfec-
tionnement (Cliniques),. et le 1 6 mai i85o il repassa à la chaire de pathologie externe, qu’il garda jusqu’en 1 858. Cest alors quil se retira définitivement et fut admis à la retraite.
Cloquet était un homme du monde, de tact, de goût, de jugement, artiste et ami des arts, des voyages, comblé de tous les biens de la fortune, d’une excessive urbanité, d’une grande bienveillance pour tous, collègues, confrères, élèves; mais il a eu le malheur de n’être jamais aiguillonné par le besoin, comme quelques-uns de ses collègues; il n’a connu que les roses de la vie médicale, arriva à l’Institut en 1 855, fut fait baron en 1867 et est mort, le 21 février i883, dans sa quatre-vingt-treizième année.
Le 4 juillet i833, à la suite de la permutation de Jules Cloquet à la chaire de clinique externe, la chaire de pathologie externe fut mise au concours, et sept candidats se présentèrent : c’étaient Sanson aîné, Lepelletier (de la Sarthe), Velpeau, Gerdy, Blandin, Dubled et Bérard aîné. De ces sept candidats, cinq arrivèrent au professorat, les deux autres, Dubled et Lepelletier, ne figurèrent pas dans le personnel enseignant.
Les juges furent : les professeurs Roux (président), Cruveilhier, Dupuytren, Maijolin, Duméril, Cloquet, Fouquier, Pelletan et Orfila (suppléant), elles académiciens Lagneau, Poisson, Gimelle, Hervez de Chégoin (Amussat, suppléant).
Ün arrêté ministériel du 28 juin i833 avait modifié celui du 6 novembre i83o et imposé deux leçons publiques, l’une de pathologie générale, après vingt-quatre heures de préparation; l’autre de pathologie spéciale, après trois heures de préparation, et une thèse dont le sujet était tiré au sort.
Les sujets des questions générales que les concurrents eurent à traiter furent les suivantes :
1° De l’inflammation dans le système veineux; c/uelles sont les causes (fui la déterminent? Quelest le traitement c/ui luiconvient? (Sanson.)
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2° De l'étranglement (Lepelletier).
3° De l’injlammation considérée comme moyen de guérison dans les affections chirurgicales (Gerdy).
4° De la suppuration (Velpeau).
5° De la gangrène (Blandin).
6° Du diagnostic dans les maladies dites chirurgicales (Dubled).
7° Du cancer [ Bérard).
Les questions spéciales, qui furent les mêmes pour les deux candidats qui passaient dans la même séance, furent les suivantes :
i° Des tumeurs blanches (Sanson, Lepelletier).
2° Des plaies de tête (Velpeau, Gerdy).
3° Des anévrismes sous le rapport chirurgical (Blandin, Dubled).
4° Des tumeurs de l’anus (Bérard).
Les sujets des thèses furent :
De la carie et de la nécrose comparées entre elles (Sanson).
Des causes des déplacements dans les fractures; des moyens de prévenir l’action de ces causes et de s’opposer à leur effet (Lepelletier).
De la contusion dans tous les organes (Velpeau).
Des polypes et de leur traitement (Gerdy).
Des plaies d’armes à feu dans les articulations : déterminer les cas dans lesquels l’amputation doit être pratiquée et ceux dans lesquels on peut avoir recours à la résection (Blandin).
Des pansements (Dubled).
Des causes qui retardent ou empêchent la consolidation dans les fractures et des moyens de l’obtenir (Bérard).
Le jury discuta ensuite les rapports relatifs aux titres antérieurs des candidats.
On vota sur l’ensemble des épreuves, et les voix se partagèrent
Gerdy . 4 4 7
Velpeau . 4 3 6
Blandin . 2 3 6
Le nombre de voix ayant été égal, à ce dernier tour de scrutin, entre V elpeau et Blandin , le président déclara avoir voté pour Blandin , qui fut placé en seconde ligne.
Chose bizarre que tous ces scrutins! D’après le classement des épreuves et des titres des candidats, Velpeau, Sanson et Blandin arrivaient les premiers, avec le même nombre de voix; Gerdy venait le deuxième; Lepelletier, le troisième; Bérard, le quatrième et Dubled, le cinquième. Cependant Gerdy l’emporta. Sa nomination fut accueillie par de vigoureux applaudissements. On avait suivi avec empressement ce concours qui avait mis en présence de rudes athlètes, pour qui la défaite n’était qu’un léger retard pour le professorat.
Gerdï fut nomme, par arrêté ministériel du 3i août i833, professeur de pathologie externe. Il avait déjà concouru en i83i pour la chaire de physiologie, qu’il avait vigoureusement disputée à Bérard aîné, et c’était un jouteur redoutable. Il avait aussi été élevé à la rude école du besoin; il avait lutté pendant toute sa vie avec les privations qui avaient altéré sa santé; il s’était formé à l’enseignement par des cours qui avaient eu beaucoup de succès. Il était arrivé seul, sans le moindre protecteur, aux fonctions d’aide d’anatomie en 1817, de prosecteur en 1822. En 1824, il était agrégé, et chirurgien du Bureau central l’année suivante. Mais il avait été aigri par les injustices : à la droiture d’un Caton , il joignit la morosité d’un Alceste ; cependant les élèves l’aimaient parce que la jeunesse, dont le cœur est chaud, a des sympathies pour les travailleurs qui ont souffert.
L’apparente rudesse de Gerdy contrastait singulièrement avec la
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bonhomie de Marjolin. Gerdy était un travailleur opiniâtre, un physiologiste éminent, un observateur profond : c’était un homme de cœur, froid , concentré , jaloux de ses droits et scrupuleusement dévoué à tous ses devoirs, ami de la justice et de la vérité, poussant la franchise jusqu’à la rudesse. S’il se montrait emporté, violent dans l’action , c’était dans la vie intime un homme bon et affectueux. Quand il se donnait, ce n’était qu’à bon escient. On a dit de lui que « s’il poussa jusqu’à l’intolérance l’ardeur de son culte pour l’étemelle justice, jamais du moins le mensonge et la flatterie ne souillèrent
Comme professeur, Gerdy était un peu monotone; il avait la voix caverneuse, mais ses leçons étaient bien nourries. On sentait partout et toujours le physiologiste. Il avait publié, en 1826, un Traité des bandages, une Physiologie médicale, didactique et critique (i83o-i833), un Résumé des principales recherches d’anatomie, de physiologie et de chirurgie (i843), une Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence (i846), une Pathologie générale médico-chirurgicale ( 1 8 5 1 ) , etc. Ses travaux sont considérables et tous ses manuscrits inédits ont été donnés à la Bibliothèque de la Faculté de médecine.
Dans ses écrits sur la réorganisation de la Faculté de médecine, Gerdy s’est toujours montré un ardent partisan du concours, et un ennemi des permutations de chaire. Pour lui, il était invinciblement démontré que « de tous les modes de nomination aux chaires de professeurs dans les Facultés de médecine, le concours seul satisfait à toutes les conditions exigées par la plus religieuse équité , et que , seul , par conséquent, il peut répondre aux besoins de l’époque médicale actuelle »(2).
C’était un homme de haute stature, à la figure sévère, à la face osseuse, encadrée d’un collier de barbe noire, aux yeux profonds et vifs, abrités sous d’épais sourcils, au corps maigre, à la santé débile, sujet aux accès de migraine et à des quintes de toux, provoquées par
Béclard, Éloge Je Gerdy, Mém. Acad. Je MéJ., t. XXVIII. — !’> Journal universel et hebdomadaire de médecine el de chirurgie pratiques, i83o, t. I, p. gG.
des tubercules qui l’enlevèrent le 19 mars 1 856 , à l’âge de 5g ans, dans son pays natal.
A la mort de Gerdy, le professeur d’anatomie descriptive Denonvilliers demanda et obtint la chaire de pathologie externe. Denonvilliers était aussi un homme bien doué, qui aimait la permutation. Son passage dans cette chaire, qu’il occupa neuf ans pour prendre ensuite la chaire de médecine opératoire, n’a laissé aucun souvenir mémorable.
La chaire de pathologie externe, qui est considérée comme un acheminement à celle de clinique chirurgicale, vit successivement passer six professeurs qui n’y firent pour ainsi dire qu’un stage.
Cloquet, démissionnaire en i858, fut remplacé par Gosselin (24 décembre i858), présenté en première ligne contre Piichet.
Denonvilliers ayant pris la chaire d’opérations en 1 865 , fut remplacé par Alfred Richet, présenté en première ligne contre Broca et Follin. (17 juillet 1 865.)
A la permutation de Gosselin , trois candidats se mirent sur les rangs. La Faculté dressa la liste de présentation dans l’ordre suivant : Broca, Follin, Vemeuil. Paul Broca fut nommé le 9 février 1867.
La permutation de Richet pour la chaire de clinique mit en présence les candidatures de Vemeuil et de Dolbeau. Follin était mort sans avoir pu arriver au professorat, pour lequel il avait tant d’aptitudes. Verneuil, présenté le premier sur la liste, fut nommé le 1 2 décembre
Le i5 décembre 1868, Dolbeau a été nommé professeur de pathologie externe, en remplacement de Broca. Dolbeau avait tout ce qu’il faut pour réussir. U s’était préparé à l’enseignement en faisant pendant
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plusieurs années des cours à l’École pratique. Il porta dans sa chaire de la Faculté le même esprit lucide; il ne faisait que peu d’érudition ou d’historique, pensant avec raison que c’était un hors-d’œuvre pour un cours didactique; mais il insistait sur le diagnostic et la thérapeutique. Cette manière d’enseigner lui avait valu beaucoup de succès parmi les élèves. Mais il eut de graves déboires après la Commune de 1871; des troubles éurent lieu à son cours, et la Faculté fut témoin de scènes scandaleuses.
Un jour, après un examen à la Faculté, Dolbeau perdit connaissance, fut frappé d’hémiplégie et reporté chez lui où il mourut le lendemain, 10 mars 1877, sans avoir repris connaissance11!.
Parmi les publications qu’on doit à Dolbeau, les plus importantes sont : Recherches sur les vaisseaux du bassin (i855), Recherches anatomiques sur les vaisseaux de l’œil (i856), Mémoires sur les kystes de la surface convexe du foie ( 1 856 ) , Mémoires sur les tumeurs cartilagineuses des doigts, des mâchoires, du bassin et delà parotide (i858-i86o). De l’empliysème traumatique (agrégation, 1860 ), De l'épispadias (1861), Traité de la pierre dans la vessie ( 1 864) , Leçons de clinique chirurgicale prof essées à THôtel-Dieu (186 5- 1866 ), De la lithotritie périnéale (1872), Exostoses des sinus de lafaee (1872).
Lorsque Verneuil prit en 1872 la chaire de clinique de la Pitié, la Faculté fit la présentation des trois candidats dans l’ordre suivant : Trélat, LeFort, Guyon. Tp.élat fut nommé le 24 juin 1872.
Trélat occupa la chaire de pathologie externe pendant huit ans et passa, en 1880, à la chaire de clinique.
A la mort de Dolbeau, trois candidats se présentèrent : Guyon, Duplay et Tillaux. Goyon fut nommé le 27 juin 1877. Il occupa cette chaire jusqu’au i4 mars 1890, époque où elle fut supprimée et changée en une chaire de clinique des maladies des voies urinaires.
(l) Éloge par De Saint-Germain, Soc. chir., 1880.
Guyon avait fait depuis longtemps des cours d’anatomie chirurgicale, de médecine opératoire et de pathologie externe à l’Ecole pratique; il avait professé le cours officiel de clinique chirurgicale et de pathologie externe en remplacement des professeurs Jarjavay et Dolbeau, et il avait publié les Eléments de chirurgie clinigue (1873).
A Trélat succéda Duplay, nommé le 2 7 novembre 1 880 et qui passa le 21 juin 1884 à la chaire d’opérations et appareils, puis à celle de clinique chirurgicale.
Duplay avait passé par tous les degrés de la hiérarchie médicale et avait également préludé à l’enseignement officiel par l’enseignement privé : il s’était acquis des droits incontestables par la publication du Traité élémentaire de pathologie externe, commencé par Follin , continué par Follin et Duplay à partir du troisième volume et terminé par lui seul, à la mort de Follin , en 1867 . Cet important ouvrage (1861-1888) est actuellement le livre classique des étudiants.
Six semaines après la permutation de Duplay, la Faculté présentait en première ligne Lannelongue, qui fut nommé le 4 août.
C’est le titulaire actuel. Il s’occupa plus particulièrement des affections osseuses, publia soit seul, soit en collaboration avec ses élèves, les ouvrages suivants : Ostéomyélite chronique oaprolongée (1879), Ostéomyélite pendant la croissance (1879), Tmité des tystes congénitaux (1886), Coxo-tnberculose (1886), Tuberculose vertébrale (1888), Affections congénitales (1891). Appelé à donner des soins à Gambetta en 1882, Lannelongue publia en i883 un curieux mémoire sur Sa blessure et sa maladie.
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TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Chopart. .....
Richerand. . . .
Marjolin .
Cloquet .
Gosselin .
Broca .......
Dolbeau .
Guyon. . .
Percy , adjoint . 1795-1820
Roux . 1 820-1 83o
Cloquet . 1 83 1-1 833
Gerdy . i833-i856
Denonvilliers . i856-i865
Richet . 1865-1867
Verneuil . . . 1867-1 872
Trélat . 1872-1880
Duplay . 1 880-1884
Lannelongue . i884-. - - •
ÉDECINE.