CHAPITRE XIII
CHAIRE DE PHARMACOLOGIE.
La chaire créée en 1794, sous le titre de chaire de chimie médicale, comprenait l’enseignement de la pharmacie, qui était confié à un adjoint, et cet adjoint était Deyeux.
Nicolas Deyeux avait 5o ans lorsqu’il fut nommé professeur, le 3i janvier 1795. Il avait tenu une pharmacie pendant une vingtaine d’années. Il n’était pas docteur en médecine, mais, suivant l’exemple de Duméril, il voulut aussi soutenir sa thèse pour avoir le grade de docteur, et le 21 janvier 1804 (3o nivôse an xm) il présenta une thèse ayant pour titre : Considérations chimiques et médicales sur le sang des ictérigues. Si ses leçons ne brillaient pas par l’éloquence admirable de Fourcroy, elles valaient peut-être mieux par leur netteté, leur concision, leur méthode. Tel était l’avis de beaucoup d’auditeurs; c’était aussi celui de Parmentier. Ses cours étaient très suivis; ses travaux étaient considérables. C’est lui qui a découvert le sucre de betterave.
A la dissolution de la Faculté, en 1 82 2 , Deyeux fut mis à la retraite et nommé professeur honoraire.
L’ordonnance du 2 février 1823 divisa nettement la chaire de chimie en chaire de chimie et chaire de pharmacologie, et Guilbert , praticien peu connu, fut appelé à cette dernière. Il avait 43 ans, l’extérieur froid, parlait presque à voix basse et ne se sentait pas soutenu par la sympathie de ses auditeurs. La Révolution de i83o le rendit au repos
ENSEIGNEMENT
et remit Deyeux en possession de sa chaire. Mais Deyeux était octogénaire et ne fut plus qu’un professeur nominal. Son cours était fait par des agrégés.
A sa mort, un arrêté ministériel du 1 4 juillet 1887 réunit la chimie organique et la pharmacie, et Domas obtint cette chaire après un concours remarquable, dans lequel il eut à lutter contre Baudrimont, Bouchardat et Bussy11’. La pharmacie fut un peu négligée dans cet enseignement, plus spécialement consacrée à la chimie organique.
La démission de Dumas amena une nouvelle modification, et le décret du 10 décembre i853 réunit dans une seule chaire la chimie organique et la chimie minérale, et créa une chaire de pharmacie. Par le même décret, Sodbeiran , professeur à l’École de pharmacie , fut nommé à la chaire nouvelle. Pour se mettre en règle avec les statuts, il était allé soutenir, le 1 9 août 1 8 5 3 , devant la F acuité de Strasbourg , une thèse de doctorat ayant pour titre : De l’étude de la pharmacologie. Son Traité de pharmacie théorique et pratique était arrivé à sa quatrième édition ^epuis 1847. Le choix du Gouvernement était parfaitement justifié. 0 Doué d’un esprit net, lucide, inaccessible aux errements des théories préconçues, Soubeiran avait de plus la parole élégante et facile. Ses travaux ont été considérables; ils ont trait à la pharmacie, à la chimie, aux eaux minérales, à la botanique, à la zoologie . . . On lui doit, outre un Traité de pharmacie théorique et pratique, des travaux remarquables sur les chlorures de mercure, l’hydrogène arsénié, les tartrates simples et composés, la méthode de déplacement, les sulfures d’azote, et son nom est irrévocablement attaché, avec celui de Liebig, à la découverte du chloroforme12’».
Soubeiran est mort le 18 novembre i858, et la Faculté dressa sa liste de présentation dans l’ordre suivant : Regnauld, Leconte, Louis Orfila.
Voir chap. v, p. 281- — (i) Pouchet, Leçon d'ouverture. Revue scientifique, 1892, p. 643.
A la suite d’un rapport de Dumas™, la chaire reprit le nom de chaire de pharmacologie, et un décret du i3 novembre i85g y nomma Jules Regnauld.
Regnauld était un ancien agrégé de la Faculté et était professeur à l’École de pharmacie. Il s’était fait connaître par ses recherches sur les Forces électro-motrices, sur la Méthode d opposition. Ses travaux sur l’éther, sur les alcaloïdes mydriatiques, le chloroforme, les anesthésiques, etc., sont connus de tous. Comme professeur, ajoute Pouchet, Regnauld alliait a une grande vigueur scientifique à une clarté, une simplicité de bon aloi qui lui attirèrent jusqu’à son dernier cours un nombreux auditoire ».
Atteint par la limite d’âge, Regnauld fut mis à la retraite et nommé professeur honoraire. Sa chaire fut déclarée vacante le 12 janvier 1892, et Gabriel Pouchet, agrégé, présenté en première ligne, fut nommé professeur par un décret du 29 mars 1892. Partant de ce principe que la pharmacologie doit servir d’introduction à la thérapeutique et à l’art de formuler, il s’attache à bien mettre en relief, par le côté expérimental, les propriétés les plus importantes et les plus utilisées des corps qu’il étudie, de manière que l’esprit frappé par l’ensemble de faits qu’il aura pu constater de visu, établisse une relation inoubliable entre l’histoire de ce corps et les propriétés qu’il lui aura vu manifester. Il démontre, à l’aide d’exemples bien choisis, l’utilité des corps au point de vue de l’hygiène, de la thérapeutique, de la médecine légale, de la physiologie, etc. Son enseignement est à la fois théorique, expérimental et pratique. Il cherche à mettre ses auditeurs en état de faire un choix judicieux du meilleur mode de préparation et d’administration des médicaments, en étudiant, surtout au moyen de l’expérimentation physiologique, les modifications que les substances médicamenteuses sont capables d’imprimer à l’organisme
ENSEIGNEMENT
Regnauld.
Pouchet.