CHAIRE DE THÉRAPEUTIQUE ET DE MATIÈRE MÉDICALE
Lorsque le Gouvernement accomplit son petit coup d’état médical, en 1822, il n’y avait pas d’enseignement officiel de la thérapeutique. Les étudiants l’apprenaient soit à 'l’hôpital, soit dans les cours particuliers. En i8o4, Alibert avait publié les Nouveaux éléments de thérapeutique et de matière médicale, qui avaient été suivis de l'Art de formuler (1818). Il avait ainsi fixé l’attention sur lui, et, lors de la reconstitution de la Faculté de médecine, la chaire de matière médicale fut disjointe de celle d’histoire naturelle1'1. On créa une chaire de thérapeutique et de matière médicale, à laquelle Alibert fut appelé , par ordonnance du 2 février 1823. Alibert était non seulement thérapeutiste, mais il était encore le dermatologiste bien connu de l’hôpital Saint-Louis.
Dans son enseignement, Alibert étudiait l’action des médicaments sur les propriétés vitales de chaque organe : il était partisan de la théorie expérimentale de la sensibilité et de l’irritabilité, et son objectif était de combattre l’altération des forces vitales. Il considérait la thérapeutique comme inséparable de la physiologie et de la pathologie, en ne s’appuyant que sur des observations cliniques; dans ses recherches le thérapeute ne devait procéder qu’avec le doute philosophique. C’est dans cet esprit qu’il avait écrit ses Éléments de thérapeutique, qui étaient arrivés à la troisième édition en 1826.
« Voir chap. vi, p. 287.
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Alibert est mort le 4 novembre 1837, et on attendit dix-huit mois pour lui donner un successeur. Le 29 novembre i838, Duméril avait demandé à permuter sa chaire de pathologie médicale contre celle de thérapeutique. La Faculté n’y consentit pas.
La chaire fut mise au concours, et les épreuves commencèrent le 8 mai i839.
Le jury était composé des professeurs Orfila, président, Adelon, Andral, Bérard, Cloquet, Dumas, Pelletan, Richard (Bouillaud suppléant), et des académiciens Emery, Gueneau de Mussy, Loiseleur- Deslongchamps, Mérat (Cornac, suppléant).
Les candidats étaient Baudrimont, Bouchardat, Cazenave, Cottereau, Guérard, Martin-Solon, Requin, Sandras et Trousseau.
Le sujet de la question écrite était : Exposer le plan d’un cours de matière médicale et de thérapeutieiue.
Dans la première leçon orale, après vingt-quatre heures de préparation, les questions furent les suivantes :
De la médication antisyphilitique et de ses principaux agents (Guérard).
De la médication tonique et de ses principaux agents (Requin).
De la médication contro-stimulante , etc. (Trousseau).
De la médication vermifuge, etc. (Cazenave).
De la médication fébrifuge, etc. (Cottereau).
De la médication altérante, etc. (Bouchardat).
De la médication sudorifigue, etc. (Sandras).
De la médication antispasmodique , etc. (Martin-Solon).
A la deuxième série d’épreuves orales, après trois heures de préparation, les questions furent ainsi réparties par la voie du sort :
Des médicaments fournis par le groupe des strychnées (Guérard et Requin).
De l’opium et de ses usages thérapeutiques (Trousseau et Martin-Solon).
Des médicaments émétiques fournis par le règne végétal et en partie par l’ipécacuana (Cazenave et Bouchardat).
De l'iode et de ses usages thérapeutiques (Sandras et Cottereau).
Du soufre, des eaux minérales sulfureuses et de leurs usages thérapeutiques (Baudrimont).
Enfin les sujets de thèses furent les suivants :
De la dose des médicaments relativement à leur intensité et à leur mode d’action (Baudrimont).
De l’injluence que les méthodes thérapeutiques peuvent exercer sur la durée des maladies aiguës (Bouchardat).
De T appréciation des divers moyens qui peuvent être employés pour connaître les propriétés des médicaments (Cazenave).
Des modif cations que la connaissance des causes des maladies peut introduire dans leur traitement (Cottereau).
Des inductions que la thérapeutique peut tirer de l’action physiologique des médicaments (Guérard).
De la révulsion (Martin-Solon).
Des purgatifs et de leurs principales applications (Requin).
De l’influence des principales doctrines médicales sur la thérapeutique (Sandras).
De l'influence de l’habitude sur l’action des médicaments (Trousseau).
Dans ce concours la lutte fut surtout engagée entre Guérard et Trousseau et ce n’est qu’au troisième tour de scrutin que ce dernier ne l’emporta que d’une voix sur Guérard.
Ce concours se termina le 18 juin i83g par la nomination de Trousseau, qui fut institué le 1 1 juillet.
Trousseau fut l’un des plus remarquables professeurs de la Faculté (1). Il était admirablement doué pour l’enseignement; il avait la
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voix claire, bien timbrée, la parole facile, une instruction variée, du mouvement dans son débit oratoire. Le succès qui s’attacha à son enseignement dès son entrée dans la chaire officielle ne l’abandonna ■jamais. Moins de deux ans après, il faisait paraître, en collaboration avec Pidoux, son Traité de thérapeutique et de matière médicale, ouvrage qui oscille entre l’organicisme et le vitalisme et qui a eu neuf éditions , la dernière revue par Constantin Paul (1876-1877).
Depuis quatorze ans Trousseau enseignait la thérapeutique, quand il demanda à permuter sa chaire contre celle de clinique médicale de l’Hôtel-Dieu, qui se trouvait vacante en i852, lorsque Chomel fit à l’Empire le noble refus de serment qui le priva de sa chaire. T rousseau fut nommé le 18 décembre 1862.
Avec l’Empire disparut la période passionnée des luttes publiques, pleines de fièvres et d’émotions.
Huit candidats se présentèrent pour succéder à Trousseau dans la chaire de thérapeutique; c’étaient Beau, Grisolle, Tardieu, Monneret, Fleury, Pidoux, Cazenave et Guérard. La Faculté plaça les trois candidats dans l’ordre suivant : Grisolle, Tardieu, Monneret, et un décret impérial en date du 3o avril 1 853 nomma Grisolle à la chaire de thérapeutique et d’histoire naturelle médicale. 11 ne fut plus question ' de Guérard qui, en i83g , avait si vigoureusement disputé la chaire à Trousseau.
Mais Grisolle, quel que fût son savoir, n’eut pas le succès de Trousseau ; il pouvait être plus profond , mais il n’avait pas les qualités brillantes de son prédécesseur. Le 2 4 septembre i864, Grisolle quitta la chaire de thérapeutique et de matière médicale pour prendre celle de clinique médicale de THôtel-Dieu, vacante par la mise à la retraite de Rostan.
Par un décret du même jour. Trousseau reprenait sa chaire de thérapeutique avec le même succès qu’autrefois et laissait sa chaire de clinique à Piorry.
Le 3 novembre 1866, Trousseau était nommé professeur honoraire, et le 2 3 juin 1867, il succombait à une affection organique de l’estomac.
Germain Sée, Hardy, Gubler et Baudrimont se mirent sur les rangs pour la chaire qu’abandonnait Trousseau. Le 9 février 1867, Sée, présenté en première ligne, fut nommé professeur de thérapeutique. Ses débuts furent difficiles'. Un sénateur accusa de matérialisme 1’enseignement supérieur de nos Facultés. On reprochait à Sée d’avoir dit que « dans vingt ans l’âme fantaisiste serait remplacée par la science » . Le dénonciateur n’avait pas été bien renseigné : celui qui avait fait la triste besogne de « rapporteur » était mal doué quant au sens de l’ouïe, et avait entendu âme au heu de art.
Sée, élève de l’école physiologique expérimentale, prit pour sujet de ses leçons : Médicaments du système nerveux et du cœur; Application pratique au traitement des fièvres et des phleçjmasies.
Un an après, Sée passait à la chaire de clinique médicale de la Charité.
La Faculté présenta trois candidats pour la chaire vacante : Gubler, Bouchut et Empis. Le premier venait de publier les Commentaires thérapeutiques du Codex. Un décret du 1 5 décembre 1 868 nomma Gubler professeur de thérapeutique. Il est mort après onze ans d’enseignement, et trois candidats se présentèrent pour lui succéder : Hayem, C. Paul et Damaschino. Hayem, présenté le premier, a été nommé le 23 juin 1879. L’enseignement de Hayem était à la fois expérimental et clinique'0; ses travaux considérables sont contenus dans ses Leçons de thérapeutique, qui constituent plusieurs volumes.
En 1893, Hayem passa par permutation à la chaire de clinique médicale de l’hôpital Necker, et Landoüzy, présenté à l’unanimité par
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la Faculté, a été nommé le 19 novembre 1893. Considérant la thérapeutique comme l’art de saisir et de remplir les indications, Landouzy a exposé sa doctrine dans sa leçon d’ouverture, le 22 décembre 18930.
TABLEAU CHRONOLOGIQUE
Alihert . 1823-1837 Sée .
Trousseau . i83g-i85î Gubler...
Grisolle . 1 853-i 864 Hayem . .
Trousseau . 1864-1866 Landouzy.
I'1 Paris, G. Carré, 1894, in-8”. — Voir 3" partie, cbap. xi.