‹ Centenaire de VoltaireChapitre 2 sur 8 · M. SPULLER · texte numérisé non relu

M. SPULLER

Mesdames, mes chers concitoyens,

Le comité d'orgatsisalion de celte bOlen/-i!é lû'a conféré un grand honiieur ; en même temps il m'a imposé une grande cli-irge : je dois, le premier, vous adiesaer la parole. C'est là Ihon neur et la lâeke ; je &ens tout le prix de rhonneur, mais je sens aubsi toat le poids au fardeau. Je vais faire de mon i;<ieux. Je vous apporte ma bonne volonté et mes effoiti, vous ferez le reste. (Approbation générale.) *

Célébrer le jour qui vit mourir Voltaire il y a cent ans, il semble qu'une telle liée devait être acceptée par tout le monde avec empressement, au aou venir de celte illustre vie emieremeat cunsacrée à la défense des principes sur lesquels ^e- /iOjse toute la société au milieu de Jaqiielle nous vivons.' Se réunir, s'assembler pour fêter, pour

glorifier Thomme qui a été la personnification éclatante des lettres françaises au dix huitièDae siècle, qui a répandu sur toute l'Europe, sur tout l'univers civilisé, l'éclat immortel de l'tsprit français,— il semblait qu'il dût y avoir, de toutes parts, un concours enthousiaste pour prendre part à une telle fête.

La pensée d'une telle solennité n'appartient à personne, aux dépens da tout le monde. Personne n'a le droit de la revendiquer exclusivement pour soi.

Il y a lontrtemps que ceux qui aiment Voltaire attendent la date du 30 mai I8'8;ilya longtemps qu'ils se préparent à la célébrer. On n'a pas publié un seul écrit sur Voltaire depuis trente ans, sans inviter la France, l'Europe, le monde à se souvenir de ce grand homme, à le glorifier le jour d a centième anniversaire de sa mort.

Malheureusement, les passions ne sont paâ éteintes. Nous qui espérions, dans cette journée, Bt dans une fête, auguste et calme comme les vérités évidentes dont Voltaire a enrichi le trésor de la pensée humaine, consacrer définitivement la mémoire du grand philosophe ; nous qui espérions l'acclamer librement comme un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité, noua sommes condamnés à lutter sur sa tombe.(Mou« vementec applaudissements.)

Sa gloire est un champ de bataille, et le meil • leur honneur que nous puissions lui rendre, c'est de lutter, c'est de combattre et de vauicxe pour lui. (Oui l oui I — Bravos.)

Ne nous plaignons pas. C'est Voltaire qui a dit que la luite, c'est l'aclion, et que TactioD, c'est la raison et le but de la vie. En luttant pour lui, nous sommes voltairiens, comme il aimait qu'on le fût à l'époque où il vivait.

Ce n'est pàs la première fois depuis cent ans que la mémoire de Voltaire excite ces colères, déchaîne ces outrages. Voilà la quatrième fois qu'un tel orage s'éiève en France. A la fin delà Révolution, vers le déclin de la première République, Voltaire rencontra ses pius redoutables ennemis, ceux qui espéraient venir à bout de son œuvre et de sa renommée : Chateaubriand, de Mâistre, de Bonald, tous les champions du catholicisme reuaissant. Voltaire a survécu à toutes les attaques. Pendant la Restauration, il fut attaqué, honni, vilipendé, poursuivi de huées et de malédictions. La Restauration avait commencé par l'expulser du Panthéon, où l'avait porté la reconnaissance nationale. Mais, dans ces temps mêmes, on réimprimait ses ouvrages, on enseignait à la jeunesse, dans les plus hautes écoles de la Dation, ce que la France et l'humanité doivent à ce génie lumineux et bienfaisant.

Depuis 1830, une nouvelle réaction a passé sur la Frac ce. On a continué à réimprimer les œuvres de Voltaire. Faut-il rappelt:r la dernière grande éiition qui a paru avant celle qui paraît de nos jours? Oui, il le faut, parce que nous avoDs une detce de reconnaissance à acquitter envers tin vieux journal, fidèle à la liberté de penser, qui n'a jamais démérité de la con-

fiance de la démocfatit:. Nous avons eu le Volt.ii-e du Siècle,' ci c'est ce Viiiaire populaire qui a préparé la fèie d'aujourd'hui, (Trèitiien ! irèa-bun !— Vifs applaudièsc-meats.) Vous me permettrez, messieurs, de dire un mot du Vaillant esprit qui a dooné ses soins à cetle édiiion du Siècle, de Georges Avenel, qui nous a éué eiile.ve avant l'iicuie et auquel je mo repr clierais de ne pas douner un pieux souvenir d'amitié dans cette jouiûée. (A.pprobâtion géûérdie.)

A l'heure qaïi est, messieurs, nous voilà de nouveau en présence des mêmes injures, des mêmes malediciions et des mêmes imprécations. Je me trompe, il faut bien le dire, cette dernière levée de boucliers contre la gloire de Voltaire est simplement misérable 1 (Assentiment unanime.)

Les auiie.5, les anciens ennemi?, essayaient de discuter de laisouncr avec lui, de l'attaquer comme on doit attaquer un adversaire, de le réfuter, de le convaincre d'erreur. Aujourd'hui, on se contente de découper dans les 70 volumes qa'il a laissé^?, cinq ou six brochures, faites de citations, enfilées les uiieà à la suite des autres, sans critique, sans vues générales, sans discussion, sans raison, et l'on croit ainsi venir à bout de Voltaire. (Rires aptjrobadfs.)

Je le répète, il n'y a qu'un mot pour caractériser cette dernière polémique : elle fait pitié. Vive adhésion.)

Je veux pourtant vous dire un mot d'une attaque dirigée contre Voltaire et qui m'a toujours

profonriémeTit frois-^é, Comb'en de fois a-t-on réimprimé, depuis quir-ze jour-', une lettre ds ce grand àonome, rue de ces lettres, honneur de notre e?prit et de notre langie, dans l?quf!!e Voltaire dit que la raisoii n'en pas faite pour la caraille, qu'il faut qu'il y ait dos gueux -t des ignorants et que, si la populace se met à raisonner, tout est perdu.

Nous connai^-scins tous ce^ boutades injurieuses é^-liappées à ce trrp.nd e=-prit. Voulez tous toute ma pensée ? No'is sommes les fils, les petits-fils et les arriéres-netits-OIs de cette populace, de cette can?.ill'', dont a parlé Voltaire. (Oui ! très-bien ! — Applaudissements et bravo?)

Nous ayons aprris à lire et à savoir le prix de la lecture, et tout de suite, nous avons vou'u lire Voltaire, car on peut dire de lui ce qu'on a dit de Molière : chaque homire ^^e plus qui sait lire est vu .'ecteur de plus pour Voltaire.

Nrus avons tous lu et relu les écrits de celui qu'on représe'ite com'''e l'insulteur de nos grands-pères; et qu'y avons-nous appri;? Avonsno'îs appris, d^ins la kclure de ses ouvrages, à l'outrager et à le maudirs ? Non, messieurs ; nous y avons appris à le coro:&ître et à saluer en lui l'a; ôtre de la justice et de la tolérance, l'ennemi de la guerre et du fanatisme, le b!enfiiteur de rhuœani é. (S'.lve d'applaudissements.)

Voilà rasage que nous faiso^is derirstructioa et de ia science. Il a^ait donc raison, cet homtre qu'on représente comme notre cnnetDi, comme

notre calomniateur, il avait raison de nous dire: « lastruisez-vous, fortifiez voire raison, » car voilà l'usage que nous faisons, à son égard, de notre raison, éclairée et fortifiée.

Ces gens qui croient nous passionner contre la mémoire de Voltaire, en nous rappelant ses titres à leur haine, ne connaissent pas les bienfaits de l'instruction et de la science ; ils les détestent ; ils ne savent pas que la science éclaire, échauffô la conscience du peupl; ; qu'elle agrandit, qu'elle élargit son cœur, qu'elle en chasse les mauvais instincts, et qu'elle n'y laisse régner que les bonnes et hautes pensées de piété et de reconnaissance. (Applaudissements.)

Il y a, messieurs, d'autres exemples de pareilles injures adressées à la populace et que la populace a payées de sa reconnaissance.

Il n'y a pas trente ans qu'un hoœme qui était à certains égards un des fils de Voltaire, rous a appelés la vile multitude. Comment nous en sommes-nous vengés ? Nous lui avons fait les plus magnifiques funérailles qu'une nation puissa faire à un de ses plus grands citoyens. (Suives d'applaudissements et bravos proloGgés.)

Et pourquoi? Parce que nous ne nous sommes souvenus que de ses services et que nous avons oublié ses erreurs. C'est ainsi que l'instruction élève et agrandit le cœur des peuples en fortifiant leur raison.

Nous voici assemblés dans une salle de théâtre. Nous aurions peut-être préféré le grand jour ; mais nous voici dans une salle de théâtre, et, permettez -moi de le dire, je suis loin

de m'en plaindre. C'est au thrâtre que Voltaire a reçu les derniers hommages de ses contemporains ; il n'est peut-être pas mauvais que ce soit au théâtre qu'il assiste à cette solennelle manifestation de la reconnaissance de la postérité. (Vives adhésions et bravos.)

Noas avons dû faire, en venant ici, le sacrifice de bien des projets ; car nous avions, pour cette fête, d'autres ambitions. C'est un sacrifice de plus à ajouter à ceux que nous avons déjà faits ; mais nous savons pourquoi nous faisons ces sacrifices, c'est dans l'intérêt supérieur de la paix publique, et c'est parce qu'il faut que la République soit, avant tout, la paix publique. (Salves d'aoplaudissements et cris répétés de Vive la République !)

No nous plaignons pas ; ne récriminons pas. Nous sommes ici. Nous nous y trouvons bien.

Qui est-ce qui a organisé cette réunion? Qui est-ce qui a dit qu'il était temps de rendre un hommaee public au plus illustre représentant de la tolérance et de la liberté de penser ?La presse républicaine, la Société des gens de lettre?.

C'est ici, messieurs, que je sens toute mon insuffisance. Je voudrais que celui qui devait parler à ma place piît remplir ma tâche. C'est M. Edmond About. On l'a appelé souvent du beau nom de petit-fils de Voltaire ; il est certain qu'il a eu souvent le rare bonheur de tremper sa plume dans son encrier. (Rires d'approbation.) C'était lui qai devait représenter ici la Société des gens de lettres et qui devait parler

au nom de la gi-ande famille des lettrés, la vraie familif' (^e Voltaire qui a été en son temps U plus éclst.^nte, la plus complète et la plus adinirab'e personnitication de la littérature de noire pays.

Voltaire a cultivé tous les genres de littérature et il a excellé dans presque tous ; et avant tout, c'est lui qui a fait de l'ait d'écrire l'instituteur de l'esprit humain. Mais je ne veux, pas m'étendre sur ce sujet. Tout àTheure, aveo plus de compétence et d'autorité que je n'en ai, mon collégne et ami M. EmiU; De -chanel, vous p^.rlera de son esprit fi pro^ig».oux, desonacion sur la société, s ir le mondi. Il vous rappellera les merveilles de son style, sa grâce, sa rapidité, son entrain, sa justesse, sa £ouples=!e, cet art incomparab'e d-; traiter toutes les questions, de les r:ndr3 fucilos à comprendre, de pénétrer et d'éclaircir tous les systèmes, enfin de prêter à la raison les traits les plus charmants et les plus aimables. (Vive approbation.)

Souhaitons, messieurs, de retrouver quelques étinc.'lles de ce beau génie. Qui nous rendra le bon sens, la mesure, la clairvoyance de Voltaire ? Qui nous inspirera sa haine des préjugés et des lieux commues, son ayersion des abitracfions et des chimères? Qui no is donnera cette clarté fct cett'3 force que la vérité répandait sur ses écrits?

Voilà ce que nous avons à demander aujourd'hui, nous tous qui avons l'honneur de tenir une plume, publicistes et hoix-mes de Iftlrcs. Nous avons surtout à nous souvenir des grands

exemples qne Voltaire nons ». légués. Il a voulu que la littérature ne fût pins im pa«se-te;nps frivole, indigne d'une âoae libro ■ t fièn^ ; il a voulu cousacrer ses rait s talents à faire passer la douceur dans les mœwf^ et dans le? lois!, à établir la lolérance, la justiwj et la liberté. (Applauài?seraents prolongés.)

C est pourquoi, messi'jurs, la Société des gens de lettres devait avoir la première place parmi les organisateurs de cette réunion ; mais la presse républicaine, ce rameau détaché du grand arbre delà littérature nationale, devait s'empresser de se joindre aux hommes de lettres pour honorer en Voltaire le premier des journalistes de tous les temps, notre ruaître et notre modèle. C'était vraiment un jourtalisto ir comparable par toutes ses qualité:?, par la vigueur de ses attaques, par l'imprévu de ses ripo?tcs, par rabondance de ses ressources et Ruvtout par son infitigablo activité, par son zè'e toujours bouil- J?'.nt, celui qui. ao'ès ; oixarîto ans de labeurs, écrivait eucore de Ferijey à sc^s amis de Paris : « Il me semble quevous f&iblissfz. les frères sont lièdes. » Tels soLit les exemples qu'ilnous a laissés. Aussi, dansnoslutt' s,rousl8 sî;ntons toujours au miiifu de nouf!, toujours prêt à nous exciter ; il nous commande et il nous domine; il est vraim nt notre général, et nous demandons qu'on nous laisse nous découvrir de/ant lui avec reconnaissance et avec respect. (Vive approbation et bravos répétés.)

Et qui avons-nous invité à celte fête? Les représentants de la France, les sénateurs et les

députés de la majorité républicaine, ceux qui eut reçu mandat du pays de faire passer dans nos iûsiitulicns et dans dos lois ïf.s principes que Voltaire a défendus pendant toute sa vie, les principes de 89. Ils sont à cftle fête comme les héritiers et les continuateurs de ces illustres constituants de 91, qui avaient porté Voltaire au Panthéon, après avoir dédié le Panthéon à toutes nos gloires nationales. (Applaudissements.)

Sur le fronton du Panthéon, ils avaient mis cette btUe devise : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. » Le Panthéon n'est plus le Panthéon, mais le génie du républicain David y a sculpté Voltaire debout, animé, souriant, au fronton du temple. Il y est toujours, mais au dehors. Nous l'y reporterons un jour. (Oui! oui! — Bravos et applaudissements unanimes.)

Après les représentants de la France, nous avons invité les membres de Tlnstiiut, cette créaiion immortelle de la Révolution, ce sauctuaire de la science, de la littérature et des atts; ce sénat de l'csprit humain qui semble fait à l'image du génie univeisel de Voltaire poëte, philosophe, historien,' géomètre, artiste, car n'est-ce pas un grand artiste que celui qui a dicté, avec le cîîarme qu'on sait, les règU^s du goûtt II eût pu faire partie des cinq académies; il eût pu grandir et honorer toutes les sec'Jons de l'Institut par son activité et par ses chefsd'œuvre dans toutes les directiois et dans toutes les applications de l'intelligence humaine.

Après l'Institut, nous avons invité la jeunesse

française, la jei^nesse des Ecoles. Elle a répondu è. notre appel. Messieurs, ne désespérons pis de Tavenir, puisque la jeunesse française vient à YoUaire, comble à la source première et vivifiante de l'esprit français. Je la salue comme Je printemps de la naiion et comme l'espoir de la République. (Double salve d'applaudissements et bravos prolongés.)

Enfla nous avons Tait appel à tons les Parisiens, aux pelits-flls de ceux qui ont acclamé "Voltaire, aux petits- fils de ceux pour lesquels Voltaire a tdut écrit, aux petits-fils de ceux à qui il adressait, de toutes les résidences que la ria:ueur des temps le forçait d'adopter, tant de lettres, tant de tragédies, tant de pièces charmantes et admirables ; aux petits-fils de ceux pour lesquels il vivait et travaillait. Vos aïeux ont été son vrai public ; il est bien juste que vous soyez ici pour le couronner après un siècle. Nous vous avons appelés aussi parce que ce sont vos grands -pères qui lui ont fait cette poétique Gt merveilleuse réception qui a couronné sa glorieuse carr'ère ; parce que ce sent vos grand'mères qui se sont précipitées sous les roues de sa voiture pour acclamer le sauveur des Calas. Nous vous avons invités parce qu'il y a des traditions dau.? cette grande ville, t)?rca que nous savions que vous ne renieriez pas vos pères, parce que vous vous honorez de continuel coux qui ont honoré Voltaire. (A.pplaudissements unanimes.)

Voilà toute notre fête, messieurs ; c'est à cela qu'elle se résume. Faut il ajouter maintenant

quû C9 qui lui donne la sicrniQcation, la porté^ morale, le grand caractère qui assurent sa gloii dans le présent et d.;vant la postérité, < Vst la p/esicîence de Victor Hugo ?... (Explesion d'appiôudissements et de bravos.) De Victor Hugq- qui mèae, au oix neuvièoie sièle, le chœur de? esprits comme Voltaire le menait au dix -liai tième siècle; de Victor Hugo qui n'a pas recherché la nionarchie universelle, m?.is qui exerce la magistralureuniverseU-^derintelligenccànotre époque (Srîlve d'àppiaudi-sements. — Marques unanimes d'assentiment) ; do Victor Hugo qui a iiérité de Voltiire, qui lui a succédé dans son apostolat glorieux et dans soa patriarcat vénérable. Voltaire et Victor Hago ont les mêmes clients; ils défendent la même cau-jo, ia cause de la jusMce, des opprimés, dc.-i a'cabléset d^-s vaiocus. (Nouvelles Salves d'app'audiiScmeats.)

Victor Hugo parle un autre langage, pourquoi? Parce qu'il est â cent aas de date d^î Vol'aire; miis il &ert le? mêmes idées, les mêmes prin:ipes. Il plane dans la région supérieure d. s esprits d'uQ vol pi:ut-êlre plus puissant et plus large, parce qu'il est sur les hauteurs où le progrèà des lumières et de la raison nous ont transportés. Il chercbe, comme Voltaire, la douceur dans les lois et c'est pourquoi il poursuit l'abolition de la peine de mort, comme Voltaire claorchait l'abolition de la torture. Victor Hugo ne dit plus tolérance, il dit fraternité; il ne dit plus redressement des abus, mais justice; au fond, c'tst la même pensée, le même effort, le luêiiie but ; les formes du langage seules diffè-

iciit : le Eôtre est plus magnifique et plus splendide, mais doit-il faire oublier celui qui, en Eon temps, a su charmer, entraîner et gouveriier les hommes qui ont fait la Révolution ? (Bravos répétés.)

Je m'arrête, mesdames et messieur.?. Je n'oublie pas que c'est Voltaire qui a dit, avec autant de raison que de grâce :

Glissez, mortels, n'appuyez pas.

Avant de m'asseoir, je veux exprimer un vœu: c'est que, da!:s cent ans, la France, en pleine possession d'une République qui aura ébloui le monle par sa grandeur et sa prospérité, les p^upks étant unis et libres, la France puisse célébrer cette fèçe, à la face du ciel, cette fois, dans la fraternité de la paix, de la JListi«e et de l'égalité régnant en souveraines par»ii les hommes. (Salves d'applaudissements et bravos redoublés.)

L'ora'eur reçoit les félicitations de tous ceux qui l'entourent. Victor Hugo lui serre la main avec un visible atendrissement, pendant que la salle entière éclate en bravos.

L'émotion se calûtie peu à peu, et M. Emile Dcschanel prend la parole en ces termes;

DISCOURS

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