ILLUSTRE ET TRÈS HONORÉ CONFRÈRE
Au milieu d’un si grand concours de témoignages d’admiration et de respect, permettez au représentant de l’Académie des Sciences de venir vous féliciter en son nom.
L'Académie à tenu une si grande place dans votre vie, vous êtes uni à
Si $ elle par des liens si anciens, $i puissants et si doux, que notre hommage , 8 n’est sans doute pas celui qui vous touchera le moins.
Cet hommage, du reste, n’est qu'un écho de ceux que vous receviez naguère au sem même de l’Académie.
C’est que, jaloux de n'être devancés par personne dans l’accomplissement
d’un devoir si cher, nous avons fait comme ces fils pieux qui s’y prennent dès la veille pour apporter l'expression de leurs sentiments et de leurs vœux.
Vous vous rappelez encore ces touchantes séances, les allocutions de nos éminents Présidents qui surent définir avec tant d’élévation et de bonheur le caractère de notre hommage et la grandeur de vos mérites, Pécho que ces paroles rencontraient dans toute l'assemblée, l’'empressement de tous à vous entourer et à vous féliciter. Mais je dois avouer que, dans le plaisir de vous exprimer nos sentiments pour vous, se mêlait un peu d’égoisme. Nous aimions à penser que, dans cette incomparable carrière, le rôle de l’Académie n'avait pas été sans utilité et que ces sentiments d'affection et d’admiration que vous avez toujours rencontrés chez nous avaient peut-être contribué à vous attacher sans partage à la Science pure, alors qu'il vous eût été si facile et sans doute si fructueux de vous en faire un instrument.
Si nous ne nous abusons, si cette Académie, qui vous doit tant, a quelque chose à son tour à revendiquer dans votre gloire, cela est beau pour elle, mais en même temps nous devons y voir un côté de l'utilité des Académies qui n’a pas été assez remarqué. On a insisté avec raison sur le rôle de ces corps pour provoquer des travaux, exciter l'émulation, enregistrer les découvertes; on n’a peut-être pas assez considéré l'influence morale qu’elles exercent sur ceux qui leur appartiennent.
L'homme supérieur qui se voue aux études élevées et solitaires a besoin d’un cercle d’esprits pour en communiquer. Ce commerce sur les objets de nos méditations et de nos pensées est un besoin inéluctable de notre nature. Or une Académie réalise précisément ce cercle indispensable.
Là l’homme de génie se sent compris, admiré, excité. Livré à lui-même, il se fût peut-être découragé et abandonné à la pente facile qui fait glisser des hauteurs de la théorie pure aux applications fructueuses.
Dans le grand courant, le génie est trop souvent sollicité à descendre; dans une Académie, au contraire, plus 1l monte, plus 1l s'élève, plus il est admiré et applaudi.
Dans ces Sociétés d’élite, il s'établit très vite un niveau moral supérieur. Après l'admiration qui est réservée au génie, on n’accorde l’estime qu'aux travaux consciencieux, aux recherches approfondies, aux études élevées.
Enfin on veut que le mérite, si grand qu’il soit, se contienne toujours dans ce cadre de naturel, de simplicité et de modestie que la confraternité exige, et qui donne aux rapports un si grand charme.
En définissant ainsi ce côté du rôle des Académies, je ne fais que formuler ce que vous nous avez enseigné par l'exemple, et si votre autorité est si
grande parmi nous, c’est que vous nous avez offert le modèle de ces vertus académiques.
Oui, cher et vénéré Confrère, l’Académie est fière de vous. Elle applaudit aux honneurs qu’on vous rend et que, mieux que personne, elle sait si mérités.
C’est à elle qu’il appartient de vous dire que, si la Science vous dresse aujourd’hui un si beau piédestal, c’est que vous l’avez toujours aimée pour elle-même, et que vous n'avez jamais pensé à vous en faire un marchepied.
Vénéré Confrère, vous vous nommez vous-même, et, selon moi, avec un grand bonheur d’expression, le Doyen des étudiants de France (vous voyez par l’assistance que vous avez beaucoup de condisciples) : c’est sans doute que vous voulez nous apprendre que nous devons toujours étudier, que notre éducation intellectuelle n’est jamais terminée, et que plus on s'élève dans l'étude de la Nature, plus on sent son ignorance et le besoin de se remettre à son école. Peut-être avez-vous voulu, en jetant un regard complaisant vers vos jeunes années, exprimer que c’est encore à l’âge des ardeurs généreuses et des belles illusions que se trouve le moment du bonheur le plus réel de la vie! Pour moi, je voudrais y voir la pensée d’offrir votre belle carrière en exemple à notre savante et généreuse jeunesse. Je ferais le vœu qu’à son tour elle s’attachät à en comprendre tous les enseignements, tous les mérites, et prit la noble tâche de vous imiter. Alors je serais plein de confiance dans l’avenir, bien sûr que de nouvelles gloires seraient promises à l’Académie et un nouveau lustre préparé à notre chère patrie.
C’est surtout à cette chère jeunesse que nous avons voulu offrir cette statue. Elle est due à un grand artiste. Tout improvisée qu’elle soit, elle promet une belle image de votre personnalité intellectuelle et morale. Nous saurons la rendre durable. Considérez-la comme un hommage de la nation tout entière. Elle est un signe sensible de cette immortalité qui a déjà commencé pour vous et dont nous vous souhaitons de jouir longtemps
encore.
Discours ve M. Brocu,
CORRESPONDANT DE L'INSTITUT, DÉLÉGUÉ DES UNIVERSITÉS ET DES ACADÉMIES DES SCIENCES DES TROIS ROYAUMES SCANDINAVES.
LU