I — LA MISERE
L’aurore du xx° siècle fut saluée avec des clameurs
de joie ; elle devrait marquer la fin de la, fatigue de
Phomme.
Celui-ci était déjà en possession de toutes ces œuvres de son génie qui, en multipliant à l'infini sa force et son intelligence, devaient lui permettre la jouissance complète de tous les biens de la terre avec le moins d'effort possible, C'était un rêve que la réalité n’a pas encore confirmé, au contraire ! L'homme a perdu le contrôle de son œuvre. La machine est devenue un monstre tentaculaire, elle s’est retournée contre son créateur et l'a délogé de partout. Des milons d'hommes souffrent, impuissants, dans Ja plus
noire misère, le contre-coup de leur propre création.
L’orgueil de l’homme subit la plus rude épreuve !
Le jour où lhumanité comprendra le besoïn de la collaboration sociale, le jour où l’homme aura dompité la machine pour qu’elle devienne la source de son bien-être, ce jour-là il n’y aura plus de miséreux, ce jour-là on ne verra plus une mère abandonner son enfant dans des conditions déplorables parce qu’elle ne peut pas le nourrir, Il faut que tous les hommes, même les plus bas placés à tous points de vue dans l'échelle sociale, puissent avoir un standard de vie compatible avec la dignité humaine. Jamaïs la; misère
ne doit être invoquée comme cause d'abandon mi de
séparation temporaire.
La société devrait se préoccuper beaucoup plus de son é‘alon-vie que de son étalon-or, comme le dit M. Paul Srrauss. La femme la plus pauvre, la plus inutile à la société devrait être, selon la formule de LAGNEAU, la nourrice payée de son propre enfant.