ŒUVRES PALLIATIVES
Nous venons de parler de l’état actuel de l£ séparation, temporaire ou définitive, de l'enfant ét de la mère, Nous avons essayé de faire toucher du doigt les dangers terribles que catte politique du laisser faire
entraîne pour l’avenir de la race et pour Je sort immédiat des enfants séparés. Nous avons aussi brossé le tableau de ce que devrait être la protection idéale de l'enfant et de la mère, en vue d'empêcher la séparation.
Malheureusement, parler de l’idéal, c’est parler d’un objet itrès éloigné de la réalité ; et, comme nous voulons que notre travail soit essentiellement pratique, nous allons proposer la création systhématique, dans chaque département, d’une œuvre, dont la réalisation pratique est déjà bien connue, dont les résultats médicaux sont excellents, maïs à laquelle, ef c’est là notre innovation, nous voulons confier un rôle social de premier plan, pour qu’elle devienne la synthèse : -de tout ce qu’on fait et de tout ce qu’on devrait faire, pour assurer la protection sociale, morale et matérielle de l'enfant séparé, dans les meilleures conditions possibles. Nous voulons parler du Centre com-. plet d'Élevage surveillé.
L'historique, l’organisation, les résultats médicaux des Pouponnières et des Centres d'élevage ne sont plus à faire ; il suffit, pour se rendre compte, de jeter un coup d'œil sur l’énorme littérature que ces questions ont provoquée, sur le compte rendu de toutes ces œuvres plus ou moins vastes qué la charité privée a faït surgir un peu partout. £
Par exemple : « L'Association de Travaïl et d’As- -sistance », qui compte quatorze centres d'élevage et une pouponnière, avec un budget de plus de deux millions. ;
-«< L’Entr'Aide des Femmes Françaises », avec six pouponnières et 412-berceaux. Elle a une section très importante d'adoption familiale, et un asile maternel. 630 enfants et 89 mères ont été admis en 1932.
Ronde
La Société maternelle « La Pouponnière », nouvel- Je Etoile des Enfants de France, avec son Centre d'hygiène maternelle et infantile, qu’elle réalise par ses différents centres d'élevage, depuis celui de Stains, très simplifié, jusqu’au Centre de puériculture complet de Porchefontaine, avec maison maternelle, maternité, centre d’élevage et centre d'enseignement. Son budget annuel dépasse actuellemnt les cinq millions.
Des œuvres privées existent aussi dans plusieurs départements. ;
Toutes ces œuvres contribuent à la diminution de la mortalité infantile, leur taux de mortalité est toujours très inférieur au taux général de la mortalité infantile en égalité d'âge. Elles s’occupent aussi plus ou moins de la question sociale, de la lutte contre VPabandon, mais, comme toutes les œuvres privées, elles se trouvent bridées, neutralisées dans leurs efforts par la politique contraire de l’Assistance Publique qui, en question sociale, continue à persévérer dans les errements du passé. | |
La discussion pour savoir quelle est la meilleure méthode de placement, si c’est la Pouponnière ou le Centre d'élevage, est déjà close. La Pouponnière est” plus coûteuse, plus dangereuse, moins conforme à l'ambiance familiale que le Centre d'élevage ; la moindre faute peut déclencher une catastrophe. On ne peut pas y garder un enfant plus d’un an, parce que quand son psychisme commence à se développer il dépérit très vite, On ne peut la tolérer que dans les grandes villes où dans les grands centres industriels, où l’on éprouve une grande difficulté pour trouver des nourrices bien logées. 4
Mais, fait capital, on ne doit plus opposer la Pou-
ponnière ou Centre d'élevage. Leur symbiose est îndispensable,
M. le Docteur Louis MoURIER, Directeur général de l'A. P. de la Seine, dans une communication faite à l'Académie de Médecine, le 11 février 1928, parle des grands avantages de cette conjugaison : La mortalité des enfants assistés de la Seine était de 94 % dans Ja période comprise entre 1919 et 1922 ; avec la création des centres d'élevage, elle tombe à 16 % en 1923 ; mais Ja mortalité des enfants placés trop tôt imposa la création d’une pouponnière d'entraînement à Antony : : Ja mortalité tombe à 9,22 % en 1927, à 5,9 % en 1931.
M. Paul Strauss, par circulaire ministérielle du 28 décembre 1922, attire l’attention des préfets sur l’utilité qu’il y aurait à rassembler les enfants assistés en des centres de placement surveillés.
Le mémoire adressé à l’Académie de Médecine par MM. SARRAZ-BoURNET et CoLLEr, en 1929, a été l’objet d’un rapport de la Commission d'Hygiène de lEnfance. (Celle-ci formule les conclusions suivantes :
« Considérant que Fon pourrait aînéliorer la situation sanitaire des enfants assistés et diminuer leur mortalité, encore trop élevée, l’Académie prit M. Île Ministre de la Santé de décider :
> 1° Que, dans chaque département (en dehors de a Seine), la crèche dépositaire soit transformée en pouponnière de triage et d'entraînement, où l'enfant sera gardé tant que le placement ne sera pas autorisé par le médecin ;
> 2° que, dans toute pouponnière dépositaire, l'allaitement mixte puisse être donné à tout enfant dont Pétat de santé l'exige ;
RE ne
«> 3 * que soient créés des centres d'élevage spéciaux, où seront réunis tous les enfants assistés sortant de la pouponnière dépositaire ;
» 4° que le dépôt et la pouponnière dépositaire soient soumis à la loi Roussel et que le médecin soit de droit du cadre des médecins-inspecteurs de la pros tection de l’enfant du premier âge. » °
Cette œuvre s'impose ; elle supprimerait en les méfaits des hospices dépositaires départementaux et du placement en nourrice isolée, où la mortalité, nous l'avons vu, «st très élevée. La surveillance médicale de la loi Roussel deviendrait effective au lieu d’être lettre morte, et elle s’appliquerait aussi au moment où l’enfant est au dépôt, tandis qu’actuwellement, comme le fait remarquer M. LESAGE, la loi est muette à ce sujet,
La conséquence fatale de cette anomalie est que Inspecteur de lAssistance Publique, qui, très souvent, n’est pas médecin, a la haute main sur le dépôt et dispose à sa guise du sort de ses pupilles, sans tenir aucun compte des indications qu’impose leur état de santé. ;