PETOSE III. —— PERIL INFECTIEUX
Avant les application pratiques des découvertes de Pasteur, les enfants payaïent un lourd tribut aux maladïes contagieuses et épidémiques.
La mortalité par diphtérie, avant 1894, était de 50 % ; da sérothérapie de Roux la fait descendre cette année-là à 26 % ; actuellement, malgré la recrudescence incontestable de la diphtérie depuis 1926, le taux de mortalité reste inférieur à 10 %.
La vaccination prophylactique de la diphtérie par lanatoxine de Ramon est entrée dans les mœurs ; son efficacité semble bien démontrée. La réaction de Schick, qui montre la teneur du sang en antitoxine, devient négative après la vaccination dans 95 à 97 % des cas. Il y a des sujeïs qui sont réfractaires à limmunité et qui contractent la diphtérie malgré la vaccination. Dans une statistique de H. GRENET, sur 829 cas de diphtérie, il y a 60 vaccinés, dont deux morts. Souvent, dans ces échecs, si on fait une enquête, on trouve des erreurs de technique (LEREBOULLET et GOUR- NAY). -
La découverte de l’anatoxine a‘une portée générale. On a appliqué cette méthode pour la prévention du tétanos ; la technique est la même que pour celle de la diphtérie ; elle semble produire une immunité de longue durée. On devrait lemployer systématiquement chez tous les enfants des milieux pauvres, destinés aux travaux des champs «et des écuries, comme les ‘enfants de l’Assistance Publique. Au Centre d’élevage ‘de Montpellier, elle est couramment appliquée à presque tous les enfants.
L'expérience de la guerre montra la valeur indéniable de la vaccination préventive contre les fièvres. ty-
Le th
phoïde et paratyphoïdes. Il y a intérêt à mélanger dans la même seringue le vaccin antityphique et l’anatoxine antidiphtérique, à cause de la propriété qu’elles ont de renforcer mutuellement leur action.
La vaccination antivariolique est plus que centenaire, Elle est obligatoire en France.
Nous avons dit plus haut que l’hérédité tuberculeuse n’est admise que dans des cas exceptionnels. La contagion par le milieu infecté dans des premiers jours de la vie est la règle. )
(GRANCHER, s'inspirant de l’œuvre de Pasteur, fonda
en 1903, l' Œuvre de l’Isolement du grand enfant. « J’ai pensé, disaiït-il, que le meïlleur moyen de lutter contre la tuberculose était de lui enlever sa proie. Cette sélection de la graine encore saïne ‘de la race humaine réalise la formule de Pasteur appliquée à la sériculture. Formule idéalement simple et scientifique ! ». Les résultats sont remarquables ; sur 4.000 enfants placés à Paris en 28 ans, il n’y en a eu que 12 cas de tuberculose, dont:3 mortels par méningite. La mortalité est donc inférieure à 0,1 %. Les statistiques sont presque les mêmes pour iles 17.000 enfants des filiales départementales.
L'Œuvre GRANCHER me prend que les enfants de plus de 3 ans. Il était indispensable, au point de vue prophylactique, que la séparation de l’enfant se fit le plus tôt possible après la naissance. Les difficultés de réalisation étaient très grandes,
En 1921, le Professeur Léon BERNARD et R. DEBRÉ, avec la collaboration de Mmes A. SELIGMANN et À. Suss- MANN, fondèrent l’œuvre du placement familial des tout petits, grâce à la réalisation des centres d'élevage surveillés.
Depuis sa fondation jusqu’au premier janvier 1933,
RTS ES
2.070 enfants y ont été protégés, avec moins de 2 % de mortalité. Pie £
En 1924, WeiL-MaLLé et TurpiN font la première vaccination par le B. C. G. chez un nouveau-né. Depuis, la méthode a pris un essor considérable. En 1932 plus de 500.000 enfants ont été vaccinés en France, plus d’un million ‘dans le monde entier. Les résultats sont très encourageants. Toutes les statistiques sont conformes pour affirmer que le taux de mortalité par tuberculose et même le taux par mortalité générale, sont beaucoup plus bas chez les enfants vaccinés que chez les non vaccinés.
Pour Bucarest, en 1927, la mortaliié a été de 238 décès par toutes les causes sur 5.767 vaccinés, soit 4 % ; un seul décès par tuberculose. Chez iles non vaccinés da mortalité était de 22,1 % (J. Cantacuzène).
Une statistique de L. SAYÉ, de Barcelone, montre une moralité générale de 27,17 % chez les non-vaccinés, de 16,05 % chez les vaccinés ; et une mortalité tuberculeuse dé 21,78 % chez les non vaccinés et de 4,50 chez les vaccinés. ;
L'établissement de da prémunition ne se réalise que de 1 à 3 mois après la vaccination (apparition de la réaction à la tuberculine). La séparation de lPenfant du milieu contaminé pendant cette période serait indispensable pour assurer l’efficacité de la vaccination. Le Placement familial des Touts-Petits, et presque toutes les Pouponnières et les Centres d’élevage de France, sont devenus des centres de vaccination par lle B. :C. G. ca
por IV. — PERIL SOCIAL
Nous avons esquissé rapidement les risques que courrent la vie et la santé des enfants pendant leur croissance intra et extra-utérine.
Les périls congénitaux, alimentairés et infectieux sont les causes immédiates et les plus évidentes de la mortalité infantile. C’est contre ces périls que se dressent tous les hygiénistes, les puériculteurs, les médecins, etc. L'Etat a appuyé de son action tou‘e puissante tout ce qui tend à empêcher l’éclosion de la maladie «et d’en limiter les dégâts. L’Œuvre géniale de Pasteur a transformé la médecine et le monde ; personne plus que le puériculteur peut en apprécier les bienfaits. La connaïssance des germes fit comprendre le mécanisme de certaines maladies héréditaires et contagieuses «et la façon de s’en défendre. L'hygiène infantile a été, pour ainsi dire, créée de toutes pièces. La stérilisation et la conservation du lait ont rendu très facile, en cas de besoïn, l’allaïtement artificiel. Les hôpitaux d'enfants se sont ‘ransformés grâce aux mesures d'hygiène et de prophylaxie, les agglomérations de tout petits sont devenues possibles. L'hôpital n’est plus cet antre infect, cette antichambre de la mort « où iles personnes du dehors : qui viennent à entrer, sont saisies d’un mal de tête et de cœur par la respiration de cet air si infect et si corrompu » (Président Achille de Harlay, parlant de ‘la crèche de l'Hôtel-Dieu à la fin du xvir° siècle).
En 1853, le Directeur de l'Hôpital de la Maternité conçoit l’idée bizarre d’entasser plusieurs nourrissons dans le même lit pour simplifier le service et pour mieux les réchauffer. « Il m'est arrivé, dit Lor-
D, 1 les
rain, de retirer mort du milieu des autres, un enfant qui peut-être avait succombé depuis quelques temps »
En 1875, la Crèche des Enfants Assistés servait de passage au service des contagieux. Elle avait 84 berveaux disposés en quatre rangées très serrées.
Le Professeur Hutineal en fait une description saisissante : les malades étaient à côté des bien portants, la même cuillère, le même thermomètre, à peine essuyés, passaient d’un enf ant à l’autre ; avec du biscuit écrasé enveloppé dans un chiffon à pansement, ramassé n'importe où, la religieuse faisait des sucettes |!
Que des progrès accomplis depuis ! Que ces temps, si près pourtant, nous semblent reculés ! Le Progrès a marché à grands pas. On possède actuellement des armes très puissantes pour prévenir les maladies et la mort. ‘
Si l’on à les moyens, combien peuvent seusement en profiter ! 5
‘Pendant la Noël, devant les vitrines chargées de beaux jouets, les regards cupides de milliers d’enfants sont posés sur eux. Le moindre de ces jouets comblerait leurs rêves «enfantiles. Combien, pourtant, ne pourrons pas en avoir |! Devant les vitrines où l’on vend le bonheur et la santé, une foule plus grande d'enfants se presse ; il y en a très peu seulement qui peuvent s’en procurer. .
Cette force maléfique qui éloïgne ces enfants du festin de la vie, on la retrouve partout. C’est la même force qui fait mourir de faïm quand on détruit le blé, qui oblige à coucher sous les ponts quand il y a des chambres vides et à se couvrir de haïllons quand on brûle le co‘on. C’est l’éternelle question que lhumanité s’est toujours posée sans la.
NPD
résoudre et qu'aujourd'hui, plus que jamais, elle se pose avec une insistance plus aiguë et plus tragique. C’est la question sociale avec tout ce qu’elle représente de déséquilibre et d’injustice. Elle fait beaucoup de victimes, elle s'acharne avec prédilection sur les enfants.
Le péril social est à la base de tous les autres périls qui menacent le jeune âge, il les conditionne, il les rend plus virulents. On a beau s'attaquer à ces derniers, ils reviendront toujours, si on n’a pas le courage de s'attaquer à la racine du mal. On fait une propagande intensive pour convaincre les mères à allaiter leurs enfants, en même temps la question sociale pousse 80.000 mères à placer leurs enfants en nourrice ; la moitié en mourra ; ce n’est pas la gastro-entérite ni l’athrepsie qui les ont tués, si on le cherche un peu, on trouvera toujours cette cause, toujours la même : la question sociale.
Les hôpitaux sont bien montés, toutes les conquétes de la science sont à la disposition de l'humanité souffrante ; un enfant arrive rachitique, l’autre a une gastro-entérite, l’autre un rhumatisme articulaire aigu ; on les soigne, on les remonte, ils renaiïssent à la vie. Peine perdue ; rendus à leurs familles, ils retombent dans le taudis immonde, la cave humide, le milieu familial misérable. La science n’a fait que reculer l’échéance fatale, elle n’est pas assez forte pour enlever sa proïe à la question sociale.
Il y a un groupe d'enfants dont le sort privilégié les fait naître dans un milieu cultivé et aisé ; ils sont élevés avec tous des soins qu’exige l'hygiène physique et morale la plus parfaite, L'action sociale n’y a rien à faire. Elle n’a qu'un regret, c’est que leur nombre soît si réduit.
Hors de ce petit groupe de bienheureux, l’action sociale se trouve en face d’une tâche gigantesque. Tout, ou presque tout, est à faire. Son champ d'action est très vaste, il emibrasse toute d'échelle sociale, depuis
- Penfant trouvé jusqu’à l’enfant du petit bourgeois gêné par la crise. Chaque enfant a besoin d’être secouru, chaque cas est différent de l’antérieur. Il faudrait beaucoup de cœur et beaucoup d’éclectisme pour appor‘er à chaque problème la solution la plus prompte et la plus efficace pour l'intérêt de l'enfant. Il faut lutter contre l'injustice sociale et, sans vouloir Faire de la politique, il faudrait que chaque enfant trouve à sa naissance les moyens de conserver sa mère et de pouvoir acheter ile bonheur «et la santé. Avant que la transformation sociale des peuples se soit accomplie, il faut que dans l’organisation économique actuelle, les dépenses que ces secours représentent soient considérées comme les premières «entre toutes ces dépenses qu'on appelle primordiales. Il faut lutter contre des préjugés ancestraux très enracinés dans les mœurs et pour mieux préciser le point le plus malade, il faut à tout prix sauver les enfants de tomber dans l’Assistance Publique, dont la structure vétuste et inhumaine, avec ses réglements brutaux et implacables, représente le danger le plus grave que courrent ces jeunes existences.
Nous voyons donc que de problème «est immense, il touche à toutes les branches de Pactivité et de la pensée humaine. Vouloir rechercher les causes profondes du déséquilibre social serait toucher à toutes les doc- ‘rines religieuses, politiques, économiques, sociales qui dirigent le monde. Ce déséquilibre est à la base de toutes les révolutions, de ‘toute l'idéologie des gouvernements et des partis, il provoque ce malaise, cet-
FPE
te crise, qui aujourd’hui plus que jamais agite le monde d’une névrose collective.
Aborder ce problème serait au-dessus de nos forces æt des dimensions modestes de ce travail.
Nous allons nous cantonner, en acceptant comme un fait la situation sociale moderne, dans un point très délicat de ce vaste ensemble, point dont la solution pratique et immédiate s'impose si nous voulons sauvegarder beaucoup de vies d'enfants et, avec elles, la structure morale et matérielle ‘de la famille, à la conservation de laquelle devraient converger toutes les lois sociales. Nous voulons parler de la protection de l'enfant séparé de sa mère, soit temporairement, soit définitivement ; de ses conséquences néfastes, des moyens de lutter contre cette séparation, et dans les cas, malheureusement fréquents, où cette séparation s'impose, des moyens de la rendre le plus anodine, la plus éphémère, la moins différente de l’ambiance familiale, pour que le physique et de moral de lenfant ne soient pas troublés dans leur développement. Il faut combattre de toutes les forces la séparation définitive, et dans les cas où celle-ci soit inévitahie, il faut chercher immédiatement une famille adoptive.
L'avenir de la race, autant que la moralité publique et’mênre le budget de l'Etat, n’y ont qu’à gagner.
Quelques statistiques montreront linfluence néfaste que la question sociale exerce sur la mortalité infantile
Un tableau donné par die Ministère du Travail, de l'Hygiène, de Assistance et de la Prévoyance Sociales, montre le pourcentage de la mortalité des enfants légitimes et illégitimes, âgés de 0 à 1 an.
PT Po
Légitimes lJllégitimes
Ent 1917 2 NN IDR A En 1918 HP RE AASES 32,7 % En 19194... PAR 98 © 205 % ON PR TUNER 83 % 24 % AS ODT Per e PRES 10,7 % 1,3 %
Schwartz (Infant and (Child mortality: Am. Journal Diss. of. Children, Avril 1920), trouve que dans 358 familles ayant une bonne instruction, da mortalité est de 3 0/00, tandis que dans 113 familles dépourvues de culture, la mortalité infantile a atteint 172 0/00 (G. Banu). ;
La mortalité de O0 à 4 ans, pour 1.000 naissances, s'élève en Allemagne, selon Stuart, aux taux suivants :
Dans da classe-riché is me 5,2 à 2,8 % DRE LOUE IST Na IS CEA IR MER 9,4 à 52 % DL.» imovenne 4-0 OT ON 0
A ne MN il ve
Mortalité selon l'occupation de la mère pendant la gestation :
Ménagères : 2800 A ere er "98 % Travaillant à domicile
Travaillant au dehors
RD
Proportion des enfants survivants, selon le nombre de personnes par chambre
Jusqu'à 1 personne par chambre.......... M8 % > 1 à 2 personnes par chambre...... 90,5 %
» PRO or Mes ONE SRE 86,4 %
D’après Combe, la mortalité infantile serait
Dans les familles intellectuelles, de.......... 11 > » de commerçants, de........ 15 % DAS (LS d'ouvriers instruits, de..... 16 % RS » d'ouvriers incultes, de...... 2 %
Nous voyons donc, par ces quelques chiffres, en dehors de toute préoccupation d'ordre médical, que la mortalité infantile est très influencée par l’état * civil, la situation économique, l’encombremrent, le travail de la mère, lignorance, etc., du milieu dans lequel se développe la vie de l'enfant.