Stabilité des types des Céphalopodes
Les observations, qui précèdent, sur les genres des Céphalopodes et en particulier des Nautilides, concourent à démontrer la stabilité des types génériques, à partir de leur première apparition jusqu'à leur extinction. Ce fait étant en complète discordance avec les modifications successives, que nous enseignent les théories, nous jugeons convenable de le confirmer par une observation, qui peut être répétée par tous les paléontologues.
En effet, si l'on prend pour exemple un des types quelconques, énumérés sur nos diagrammes, on sera frappé de la ressemblance qui existe entre certaines espèces, qui l'ont représenté vers son origine et d'autres qui correspondent aux époques successives de son existence, jusqu'à celle de sa disparition. Ce fait est surtout frappant, si on choisit pour exemples les 2 genres, qui ont joui de l'existence la plus prolongée, savoir Orthoceras et Nautilus.
Ainsi, dans Orthoceras, tout le monde sait, qu'il existe certaines espèces remarquables par la régularité de la coquille et par celle de leur ornementation, consistant dans des stries transverses. Elles ont été associées dans le groupe des regulares. Or, l'histoire de la paléontologie nous enseigne, que le soi-disant Orthoc. regularis^ Schloth., initialement nommé d'après une des espèces primitives de la faune seconde du Nord de l'Europe, a semblé à certains savants se retrouver également, dans la faune III silurienne, dans les faunes dévoniennes et jusque dans les faunes carbonifères.
Ainsi, le savant Prof, de Koninck cite 0. regulare, Schloth., comme type du groupe des Gradlia, qu'il établit parmi les Orthocères du terrain carbonifère de la Belgique. (Anim. Foss. de Belg., p. 504 — 1844.)
Nous rappelons encore que, suivant une des nos observations antérieures, la PI. 1 du bel ouvrage de M. le Doct. v. Mojsisovics: dos GeUnge tm Hallstatt /, représentant la moitié du nombre des Orthocères triasiques, pourrait être intercalée parmi celles qui exposent les figures des Orthocères de notre faune troisième, sans qu'aucun savant pût découvrir entre elles aucune différence, générale, distinguant les Orthocères de ces 2 époques très éloignées. Nous faisons abstraction des différences spécifiques, qui sont elles-mêmes peu prononcées.
Le genre Ncmtilus, à partir de son origine dans le gi'ès calcifère d'Amérique, jusqu'à nos espèces actuelles, pourrait être représenté
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par une série d'espèces choisies de telle sorte que les différences, qui les distinguent, ne dépassent pas la valeur de celles que nous observons entre les espèces congénères, qui ont existé à une même époque. Le caractère du type Nautilus n'est méconnaissable dans aucune de celles qui ont été décrites ou figurées, sous ce nom générique. Enfin, nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer, qu'il n'existe presque aucune différence dans la structure de la coquille, entre les espèces siluriennes et celles qui vivent dans nos mers. L'intensité de l'involution, qui caractérise Na/ut. PompiUus, n'existe pas dans Naut. umbilicatuSy qui peimet le rapprochement remarquable, que nous venons d'indiquer.
Il serait aisé de trouver parmi les Cyrtoceras de semblables exemples, constatant la conservation de la forme et de la structure typique, pendant toute la durée du genre. Mais, nous pensons que ces exemples seraient superflus après ceux que nous avons cités.
En somme, l'étude des Nautilides et des autres Céphalopodes pris en considération, nous enseigne qu'il n'y a eu, dans aucun genre, aucune variation graduelle et successive, qui puisse être interprétée comme représentant l'effet de l'évolution théorique. Il serait même impossible, dans l'état actuel de nos connaissances, de soupçonner dans quel sens elle aurait pu avoir lieu. Nous ne voyons aucune objection plus fondée ou plus grave, qui puisse être opposée à la réalité d'une évolution quelconque.
Malgré cette stabilité des types considérés dans l'étendue de leur existence, les espèces qui ont représenté chacun d'eux, dans la série des âges, sont loin d'être restées stâtionnaires et identiques. Nous allons exposer, dans les observations qui suivent, les variations temporaires, qui se sont manifestées dans leur forme, sans qu'il en soit résulté aucune déviation de leurs types respectifs, ni aucune fondation d'un type nouveau.