C. Toute irritation inhibitoire d’une partie peut devenir
dynamogène de celte partie. : J
D. Il peut y avoir inhibition par une excitation forte , comme par une excitation faible.
J’ajoute : Ces faits s’expliquent par la nature des fone-
tious étudiées dans ce mémoire, toutes d’ordre et, par conséquent, indépendantes de la quantité. L'état des forces d’un individu, d’un organe, d’un tissu, d’une cellule est un centre de directions virtuelles qui se ramifie à d’autres centres. Ces directions virtuelles se projettent de gauche à droite ou de droite à gauche suivant les deux schèmes d’orientation (§ 2). Toute excitation dynamogène d’un de ces cycles sera nécessairement inhibitoire de l’autre. Pour deux parties A et B dirigées dans le sens normal de l’inhibition, il en pourra être de même. Si une partie A est à un état dynamique très élevé (direction virtuelle de bas en haut), si une partie B est à un état dynamique moyen (direction virtuelle de gauche à droite), la même excitation
déterminant, par exemple, un changement d’ - de circon-
férence, qui sera inhibitoire pour A, sera dynamogène pour B : la même excitation fera passer, en A, la direction virtuelle de la force de la situation de bas en haut à la situation de droite à gauche, en B , de la situation de gauche à droite à la situation de bas en haut. Si, par la continuité de l’excitation, la partie B passe, d’un état dynamique maximum, à un état un peu au dessous à gauche, en revenant à l’état normal elle passera par ce maximum et, comme le cœur inhibé dans une expérience de M. Brown-Sequard, elle sera dynamogéniée par une irritation précédemment inhibitoire. D’ailleurs, cet état dynamique très élevé que je dis être caractéristique de la partie B n’est pas autre chose qu un rythme complexe réalisé par cette partie et provoquant, par conséquent, le tracé d’un grand nombre de cycles virtuels : cette partie B est donc capable de réaliser un
minimum beaucoup plus petit que la partie A : c'est dire encore qu'une excitation dynamogène pour B sera, dans certains cas, inhibitoire pour A.
Gomment s’opère la transmission de ces actions, et devons-nous renouveler ici les perpétuelles questions d’action h distance ou d’action directe? On verra plus loin, par la nature même de ces actions, que de pareils problèmes sont illusoires.
Il est clair que la théorie de la dynamogénie et de l’inhibition s’applique, avec des modifications convenables, à tout excitant : électricité, chaleur, poids, odeur, saveur, etc. Dans ces deux derniers cas, il s’agit seulement d’inventer des artifices expérimentaux permettant de mesurer le degré de dynamogénie de chaque odeur ou saveur par l'inverse de la quantité nécessaire et suffisante pour qu’il y ait reconnaissance nette de chacun de ces excitants. Cette invention ne dépasse pas les ressources actuelles de la technologie. On pourra également traduire en directions les dynamogénies relatives des divers sens, sur lesquelles on possède déjà de précieuses données, et constituer des contrastes, des rythmes et des mesures entre les excitants de ces sens, comme on en aura déterminé pour chaque sens en particulier.
On retrouve dans le langage les deux types de réaction directe de l’être vivant : la réaction continue et la réaet on discontinue : les voyelles, mode de réaction continu, les consonnes, mode de réaction discontinu : les voyelles, sons plus ou moins aigus accompagnés d’harmoniques particulières; les consonnes, des bruits. De là, dans le langage, une harmonie supérieure des sons et des bruits, dont les lois sont à déterminer, Il est permis d’espérer que par des appa^
reils enregistreurs convenables on pourra préciser la forme des divers efforts d’articulation et résoudre ainsi toutes les questions de rythme et de mesure naturels du langage. Les intensités de l’effort sont également fonctions de rythme; c’est pour ne pas jouer dans une intensité rythmique avec le rythme marqué par la note que des exécutants, d’ailleurs également corrects, sont esthétiquement si inégaux.
Ces relations que la psychologie contemporaine appelle les lois d'association des idées et dont j’ai pu préciser sur le vif quelques exemples dans la théorie des accords (§ 52) ne sont pas différentes des fonctions de contraste, de rythme et de mesure, sans lesquelles il ne peut y avoir continuité de ces mouvements virtuels qu’on appelle idées. Le problème de la psychologie (et il est posé ici pour la première fois) est de relier les différents ordres de phénomènes à des directions et de constituer avec ces systèmes de mouvements virtuels des ramifications dont on puisse déduire les conditions particulières et générales de fonctionnement et d’arrêt.
Le fait normal de la transformation d’une sensation en idée est un fait de contraste successif. En effet, on a vu que toute sensation correspond à un arrêt et toute idée à un mouvement virtuel, qui devient réel : or il n’y a pas d’arrêt sans 1° direction dans un certain sens (intuition inconsciente), 2° une direction en sens inverse, à laquelle correspond avecles réactions corrélatives, l’idée. Au contraire, dans l’hallucination spontanée ou provoquée (suggestion), c’est l’idée qui se transforme en intuition inconsciente et amène la sensation : c’est un mouvement virtuel qui se change en arrêt. II y a dans ce cas inhibition pouvant né-
eessairement être accompagnée de dynamogénies considérables. Une double caractéristique ressort pour cet état de la définition même de la dynamogénie ; les minima perceptibles, qui ne sont que des maxima réalisables continûment ou non, auront leurs limites reculées vers les changements de plus en plus complexes; des mouvements simplement virtuels à l’état normal, seront réalisés avec toute l’intensité et l’amplitude possibles. Le sujet hypnotisable percevra les mouvements virtuels d’un autre sujet, c’est-cà-dire qu’il les réalisera lui-même, d’abord virtuellement comme des idées, puis dans les limites de sa propre dynamogénie comme des actes, l’acte n’étant évidemment que le développement ultérieur du mouvement virtuel de l’idée. Ces phénomènes ne sont mystérieux que pour les points de vue substantialistes auxquels on les a considérés. 11 n’y a pas plus lieu de rechercher le mécanisme de leur transmission que le mécanisme de la perception du fait extérieur. Ne serait-ce pas prétendre se représenter sous une nouvelle forme des représentations que l’on peut toujours tenir pour aussi élémentaires que possible? En somme, comme l’a bien dit M. Brown-Séquard, « l’hypnotisme n’est qu’un effet et un ensemble d’actes d’inhibition et de dynamogénie. »
Par la même méthode on sera conduit à préciser dans les variétés de la folie, des inhibitions du contraste, du rythme et de la mesure des idées : dans l’idée fixe, comme dans l’hyperesthésie, un empêchement du contraste ; dans le caractère superstitieux attaché à certains nombres par les civilisations les plus différentes, dans les faits d’arithmomanie, dans les phénomènes dits d’audition colorée, d’association entre les nombres, les couleurs et les directions,
des faits d’hyperesthésie : on pourra déterminer par le$ attitudes troublées des maladies nerveuses le degré de discontinuité que l’être vivant en ce cas s’efforce de réaliser. Mais ce que l’on peut poser dès maintenant, c’est que les phénomènes psychiques les plus complexes se réduisent toujours à des représentations, c’est-à-dire à des ramifications de mouvements virtuels cycliques continus et discontinus. Ces fonctions du cercle, vers lesquelles ont convergé les efforts les plus célèbres des géomètres et qu’ori retrouve dans les régions apparemment les plus éloignées des sciences théoriques et appliquées sont donc vraiment les plus générales.
Je parle de représentations cycliques continues et discontinues : cette discontinuité n’est absolue que pour la représentation d’un centre : de même qu’il y a sur un individu transfert d’un état comme la paralysie, par exemple, de gauche à droite, il y a transfert empiriquement palpable du même état d’un sujet à un autre sujet, si ces êtres sont anormalement dynamogéniés ou inhibés. S’ils sont dans des conditions normales, il y aura également transfert, mais virtuel, c*est-à-dire simple perception puisqu’il n’existe et ne peut exister, entre cet état anormal et fétat normal, qu’une différence de degré parfaitement précisable. Du fait seul de la perception de leurs états réciproques ressort donc la réalité d’une coordination supérieure des mouvements virtuels des individus, de même que l’individu est une coordination des mouvements réels de centres d’ordre in* férieur : l’espèce est donc bien réellement et non métaphoriquement un organisme, mais un organisme d’ordre virtuel, rythmique ou non, suivant que les individus sont
rythmiques ou non. Le problème de la dynamogénie et de l’inhibition se pose donc pour l’espèce en même temps qu’il se pose pour l’individu ; mais, pour l’espèce, il n’y a plusde non rythme virtuel absolu, puisqu’elle pourra réaliser tous les nombres par une coordination réelle des centres individuels; mais ces centres seront nécessairement astreints à etre rythmiques ; autrement toute coordination serait impossible. Le développement de l’individu est donc aussi impossible sans le développement de l’espèce que le développement de l’espèce est impossible sans le développement de l’individu.
55. Actions dynamogènes et dynamophores. — A côté de ces actions qui, plus ou moins instantanément, provoquent ou empêchent les manifestations de la vie, il y a des actions que l’on pourrait appeler dynamophores, de durée plus ou moins longue, servant à l’entretenir. Mais il est évident que ces actions ne peuvent remplir leur but qu’à la condition d'être dynamogènes : pour qu'il y ait fixation d’énergie il faut qu’il y ait mesure , c’est-à-dire que l’énergie additionnelle soit une fraction de l’énergie interne réalisable continûment.
La nutrition est une série d’actions nécessairement plus dynamophores que dynamogènes. L’action des agents médicamenteux est plus dynamogène que dynamophore ; elle dépend plutôt de ce que l’on convient d’appeler la constitution moléculaire que de la nature des éléments qui entrent dans les combinaisons. MM. F. Jolyet et Cabours ont démontré que si on peut remplacer un équivalent d’hydrogène par un équivalent d’un radical organique sans altérer gravement
les propriétés chimiques d’un composé, il n’en est pas de même de ses propriétés physiologiques. L’aniline provoque des convulsions cloniques, la méthylaniline suspend d’abord les mouvements volontaires, puis ceux de la respiration. L’iodhydrate de strychnine agit comme la strychnine : les iodures de méthyl, d’éthylstrychnium agissent comme le curare. On cite trois acides ayant tous trois la formule C6 H4 (S03H) OH, obtenus en traitant le phénol par l’acide sulfurique concentré et ne différant entre eux que par la position relative des groupes S03H et OH : l’un, l’acide orthoxyphénylsulfureux est un antiseptique puissant; les deux autres, l’acide paroxyphénylsulfureux et métoxyphénylsulfureux sont inertes.
Les forces physiques sont évidemment toutes dynamophores, mais à des degrés inégaux. Je cite les expériences de MM. Grandeau, Brown- Séquard, Binet et Féré, d’Arsonval,Duclaux, d’après lesquelles on peut conclure que la force sous la forme de l’électro aimant serait plutôt dynamophore, sous la forme de la chaleur et de la lumière plutôt dynamogène.
56. Déduction d’une loi d’évolution. — J’ai dit que toute action dynamophore doit être dynamogène : c’est dans cette condition qu’est tout le mécanisme de l’évolution de la vie. Dans la période initiale de la vie, plus il y a fatigue, plus il y a difficulté de réalisation de rythmes complexes, d’ailleurs jamais réalisés : plus les rythmes sont simples, plus la fraction de l’énergie interne qui pourra être fixée est grande : le renouvellement et l’accroissement des forces sont ainsi assurés. Mais par l’évolution vers
l’âge adulte les rythmes réalisés deviennent plus complexes: en effet, suivant la remarque maintes fois déjà faite, d’après laquelle le temps ne peut nous apparaître que sous forme cyclique, faire une opération continue ou faire une opération tout le temps, faire une opération discontinue ou faire une opération seulement pendant un certain temps, c’est équivalent. Le problème de révolution individuelle n’est donc pas différent de celui-ci : en quoi la continuité virtuelle des opérations actuelles de l’être vivant tend à modifier les opérations actuelles successives ? Il est clair qu il se produit, à chaque instant, des simultanéités virtuellesd’opérations de plus en plus complexes. Ces simultanéités, qui se traduisent nécessairement en changements de direction, deviendront réelles quand elles seront réalisables continûment et dans les limites de la force disponible du sujet; mais il est clair que si, par l’évolution, l’être vivant tend vers une dynamogénie de plus en plus grande, il y aura aussi incapacité de plus en plus grande de réaliser des rythmes simples et par conséquent de fixer des fractions considérables de l’énergie interne. La somme d’énergie interne tendra vers un minimum ; et en conséquence cette continuité de tous les centres d’un organisme vivant qui les subordonne à un seul centre : ce sera la vieillesse. «Non seulement, dit M. Charcot, il existe pour le vieillard des immunités spéciales et des prédispositions spéciales inconnues à l’adulte ; mais encore nous voyons chez lui cette réaction générale, que nous sommes habitués à rencontrer en présence de la maladie, subir une transformation complète. A cette époque les organes semblent rester en quelque sorte indépendants les uns des autres : ils souffrent isolé.
ment, et les diverses lésions dont ils peuvent devenir le siège ne retentissent guère sur l’ensemble de l'économie. Aussi les désordres les plus graves se traduisent-ils par des symptômes peu accentués ; ils peuvent même passer inaperçus, et c’est dans l’âge sénile qu’on observe le plus grand nombre de maladies latentes. » Ce diagnostic est généralisable : l’arrêt se substitue à la continuité dans les divers réseaux de ramifications virtuelles : il peut se substituer pour un temps plus ou moins long et plus ou moins absolument ; alors il y a vie latente ; il y a mort , quand l’arrêt s’est substitué pour toujours par la décomposition des systèmes d’ordre inférieur.
Par les mêmes raisonnements, on démontrerait que cette mort individuelle atteindra l’espèce. L’espèce tend vers la dynamogénie, c’est-à-dire vers une continuité et une unité d’action qui ne peuvent évidemment se réaliser que par une continuité supérieure avec les forces de la Nature ; ce qui suppose entre les procédés d’action de l’une et les modes de représentation de l’autre une identité fondamentale. La concordance consciente d’un mode d’action extérieure et d’un mode de représentation constitue la vérité, et le développement du. pouvoir corrélatif que nous donne la science n’est qu’une manifestation concrète de cette harmonie.
De ces trois faits : 1° tendance de l’espèce à transformer le mode d’action discontinu en mode d’action continu, tendance qui ne peut se réaliser que par l’unité d’action ; 2° tendance individuelle vers la dynamogénie ; 3° représentation pour l’individu dans ses fonctions cycliques virtuelles d’une infinité de changements de direction qui, non rythmiques
pour sa mécanique unicentrale, ne sont réalisables actuellement que par une coordination intelligente décentres, il résulte celte conséquence importante que l'individualité tend à être collective et que la collectivité tend à être individuelle. La réalisation de cette double fin serait l’ère d’une harmonie absolue; mais la complexité du rythme entraîne pour l’espèce le> mêmes conséquences que pour l’individu.
Charles Fourier avait senti plusieurs aspects du problème: mais l’état de la science au commencement de ce siècle ne lui permettait pas de le poser exactement : et son imagination oubliait la nécessité préalable d’une évolution physiologique vers le normal, évolution qui sera la conséquence d’un art industriel, d'une hygiène supérieure de l’esprit et de l’introduction d’un moteur aussi parfait que possible dans des industries que l’esthétique devra rendre attrayantes.