FONCTION LES UNES DES AUTRES- THÉORIE DE L’Ë
clairage. — Le rythme et la mesure dans les sensations de lumière, de couleur et de forme se déduisent facilement de la théorie générale. On a vu (§ 18; que toute couleur est perçue comme lumière brute incolore quand son intensité est au minimum, comme couleur nettement définie pour une intensité plus grande, constante pour une même couleur; le point de saturation de chaque couleur se projette à la moitié du rayon coloré dans le cercle chromatique (§ 19).
M. Charpentier a observé que si on prend comme unité d’intensité des couleurs l’intensité nécessaire et suffisante pour permettre une reconnaissance nette de chacune d’elles (cette intensité, appelons-la avec lui intensité chromatique), on trouve pour toutes les couleurs saturées, à égale intensité chromatique une même perception des différences de clarté. Si on prend pour unité d’intensité visuelle l’intensité nécessaire et suffisante pour distinguer nettement dans l’obscurité plusieurs points colorés égaux et voisins, on trouve également que, pour une égale intensité visuelle, la perception des différences de clarté est la même dans toutes les couleurs. Ces résultats se déduisent immédiatement de ce fait qu’un exercice égal de la sensibilité chromatique et de l’acuité visuelle correspond à des réalisations de changement de direction identiques, ou à des constructions nécessitant des nombres égaux de cycles continus (§11): mais chacun de ces cycles correspond à la sensation de blanc; la variation de la perception des différences de clarté ou la dynamogénie de la sensation lumineuse est donc nulle. La dischromatopsie est de l’inhibition que le cercle chromatique permet d’estimer exactement et qu’on pourra s’efforcer
de résoudre par des excitations rythmiques appropriées. Je reviendrai sur ce sujet dans d’ultérieures publications.
M. Charpentier a démontré, pour des éclairages faibles aussi bien que pour des éclairages forts, l’inexactitude de la loi classique d’après laquelle la fraction différentielle, c’est-à-dire le rapport de l’éclairement supplémentaire de l’objet à l’éclairement du fond pour un minimum de différence perceptible serait une quantité constante, quelle que fût l’intensité lumineuse absolue. Déjà Aubert avait vu la prétendue constante différentielle varier dans une ex-
11 ^ périence de - - à ^ pour le même observateur. Etudiant lb4 35
l’influence de l’étendue des objets sur la perception des différences d’intensité lumineuse, M. Charpentier la trouve considérable surtout quand les objets sont très petits ; pour des angles visuels inférieurs à 0°, 50 la fraction différentielle paraît être inversement proportionnelle au diamètre de l’objet à distinguer; l’influence de l’étendue est moindre, mais dans le même sens que ci-dessus quand les objets sont plus grands; ces faits ont été expliqués (§ 23). Beaucoup d’expériences peuvent s’exprimer par cette proposition : la fraction différentielle est inversement proportionnelle à la racine carrée de l’intensité du fond lumineux; « d’autres expériences s’écartent plus ou moins de ce cas assez général, dit M. Charpentier, sans que j’aie pu en saisir exactement la cause ; mais l’abaissement de l’éclairage agit dans le sens indiqué. » En combinant ces deux conditions, objet très petit, éclairage très faible, M. Charpentier a pu confondre avec le fond un petit point lumineux (0m,0005 de diamètre) près de dix fois plus éclairé,
La théorie de la dynamogénie et de l’inhibition laissait prévoir ces variations. L’intensité de la lumière est de la force vive développée, donc proportionnelle au carré de la vitesse. Il est certain qu’en comparant, par un instrument comme le bolomètre de Langley, les chiffres obtenus pour les variations d’intensité du fond lumineux (variations d’excitation) avec les points de repère rythmiques ou non qui expriment les degrés de continuité du minimum perceptible (§§ 15 et 17 fin), on trouvera l’explication des anomalies précitées ; dans la pratique l'important problème d’un éclairage rationnel sera résolu. Plus de lumière n’éclaire pas nécessairement plus.
42. Lois DU MOUVEMENT DES YEUX DÉDUITES DES SCHÈMES D’ORIENTATION DES MOUVEMENTS; HARMO- NIES de formes. — Appelons, avec M. de Helmholtz, ligne de regard une ligne droite peu différente de la ligne visuelle allant du point de fixation au centre de rotation de l’œil ; position primaire de la ligne de regard , une position telle que l’œil n’exécute aucun mouvement de torsion, lorsqu’il s’en écarte par un mouvement soit ascensionnel, soit latéral ; et direction primaire du plan de regard , la direction du plan de regard qui passe par les directions primaires des deux lignes de regard; on peut résumer ainsi les lois des mouvements de l’œil :
Lorsque le plan de regard est dirigé en haut, les déplacements latéraux à droite font tourner l'œil à gauche et les déplacements latéraux vers la gauche le font tourner à droite ,
Lorsque le plan de regard est abaissé, les déplacements
latéraux à droite $ont accompagnés de torsion à droite et réciproquement .
On vérifie facilement ces faits en se servant des images accidentelles. On se place en face d’un mur dont la tenture gris pâle présente des lignes horizontales et verticales ; on tend en face de l’œil un ruban noir ou coloré de trois pieds de long: si après avoir fixé invariablement pendant quelques secondes le milieu du ruban, on dirige brusquement le regard sans déplacer la tête sur une autre partie de la muraille, on y voit une image accidentelle du ruban. Lorsque la position de la tête est convenable, et qu’on regarde directement en haut , en bas , à droite ou à gauche , le ruban horizontal , l’image accidentelle se confond avec les lignes horizontales de la tenture ; mais lorsqu’on porte le regard en haut et à droite ou en bas et à gauche , l’image tourne vers la gauche, c’est-à-dire que son extrémité gauche est plus bas que l’autre en comparaison des lignes horizontales de la tenture. Lorsqu’au contraire on regarde à gauche et en haut ou à droite et en bas, l’image accidentelle est nn peu tournée à droite ; son extrémité droite est plus bas que la gauche. Le sens de ces rotations est exactement le même pour les deux yeux. Si l’on tend le ruban verticalement et qu’on compare de la même manière son image accidentelle avec les lignes verticales de la tenture, en regardant à droite et en haut ou à gauche et en bas , l’image accidentelle ne parait pas tourner vers la gauche, mais bien vers la droite.
Puisque à partir de la position primaire, dans l’élévation ou l'abaissement obliques du regard, les images accidentelles des lignes verticales paraissent subir par rapport aux lignes verticales de la tenture une rotation en sens contraire
de celle des images horizontales, il doit exister pour chaque mouvement de l’œil une direction intermédaire où l’image accidentelle est parallèle à son objet; de sorte que lorsque la ligne de regard passe de sa position primaire à une position quelconque , V angle de torsion de l'œil dans cette position est le même que si l'œil était venu dans cette position en tournant autour d'un axe fixe perpendiculaire à la première et à la seconde position de la ligne de regard . C’est la loi de Listing qui se déduit facilement des schèmes d’orientation (| 2).
En effet, on se rappelle que l’image accidentelle ou la réalisation virtuelle de l’horizontale est un mode d’action inhibitoire ; s’il s'exerce dans des directions dynamogènes entre elles, à droite en haut, ou à gauche en bas, sa représentation ne changera évidemment pas ; on aura donc dans ce cas l’orientation inhibitoire, c’est-à-dire le schème de la fig. 3 ; l’image accidentelle aura son extrémité gauche plus bas que l’autre. Si ce mode d’action s’exerce dans des directions inhibitoires entre elles, à gauche en haut ou à droite en bas, ce mode d’action étant inhibitoire, sa représentation sera par là même dynamogène pour un état inhibitoire, puisqu’il y aura continuité d’action entre les deux états ; on aura dans ce cas l’orientation dynamogène; c’est-à-dire le schème de la fig. 2 ; l’image accidentelle aura son extrémité droite plus bas que la gauche. L’image accidentelle ou la réalisation virtuelle de la verticale est un mode d’action dynamogène ; s’il s’exerce dans des directions dynamogènes entre elles, à droite en haut ou à gauche en bas, il suivra l’orientation dynamogène; l’image accidentelle aura son
extrémité gauche plus haute que son extrémité droite ; dans une direction inhibiloire, le contraire aura lieu.
Ce sont ces mouvements de l’œil qui, aidés de la vision indirecte simultanée, rendent possibles les mensurations dans le champ du regard. En général, un point éclairé quelconque est réalisé à l’entrecroisement des directions visuelles droite et gauche; dans des cas particuliers, qui pour être énoncés exigeraient des développements d’optique, deux points situés l’un sur la direction droite, l’autre sur la direction gauche pourront être ramenés de leur entrecroisement virtuel d’avant en arrière et fusionnés en un seul point au milieu de leur intervalle primitif. La continuité ou la discontinuité d’un système de points est réalisée telle suivant la continuité ou la discontinuité des impressions lumineuses simultanées. Comme le fait observer M. de Helmholtz, la rétine est un compas dont on place successivement les pointes aux extrémités de lignes différentes pour voir si elles sont ou non de même longueur; l’identité ou la différence des points rétiniens atteints par les images ou les discontinuités lumineuses des lignes nous renseigne sur l’identité ou la différence de ces lignes. La seule différence est que si nous pouvons placer arbitrairement la ligne qui joint les deux pointes du compas, nous ne pouvons en faire autant pour la ligne de jonction de deux points rétiniens qu’en exécutant des mouvements de la tête qui dérangent toute la perspective; il n’y a qu’une série de lignes qui jouissent de la propriété de pouvoir glisser ins- J tantanément sur elles-mêmes et de coïncider en toutes leurs I parties ; ce sont les cercles dits de direction qui passent par i les positions de la ligne du regard et un point opposé de la ]
position primaire, dit le point occipital du champ du regard; ils jouent dans les mensurations visuelles le rôle de règles.
Lorsque le nombre exprimant combien de fois un changement de direction est contenu dans le cycle est rythmique, ce changement de direction est rythmique; lorsque le nombre exprimant combien de fois l’intervalle de deux arrêts contient l’intervalle adopté pour unité est rythmique, ce rapport est rythmique. Une iorme quelconque est caractérisée par des changements de direction et des arrêts sur ces directions ; une forme quelconque pourra donc être marquée par des nombres exprimant le rythme et la mesure, positifs, si le changement ou la continuité a lieu dans le sens normal de projection des formes, négatifs, si le changement ou la continuité de la direction a lieu dans le sens contraire. Les différences finales des rythmes et des mesures et la différence du rythme final par rapport à la mesure finale doivent être rythmiques. Pour l’application, je renvoie à la notice sur mon Rapporteur esthétique .
43. Harmonies de couleurs. — On a vu que les préférences pour telle ou telle combinaison de directions sont liées à l’état de la force chez l’observateur et que ces préférences peuvent éclairer l’état normal ou pathologique. Il en est de même pour les combinaisons de couleurs, puisque ces combinaisons correspondent à des combinaisons de directions. C’est pourquoi il est impossible de décider par l’expérience quelles sont les combinaisons dynamogènes^ quelles sont les combinaisons inhibitoires. C’est la conséquence d’une erreur de méthode de distinguer, avec
Brücke, trois catégories de combinaisons chromatiques : 1° les bonnes, 2° les mauvaises, 3° les douteuses. Il n’y a que des combinaisons bonnes, plus ou moins complexes, celles qui paraissent moins bonnes étant capables de devenir bonnes par le temps, et des combinaisons décidément mauvaises.
En général, et toutes autres conditions satisfaites, sont dynamogènes les combinaisons de pigments distantes sur le cercle chromatique d’une section de la circonférence exprimée par un nombre des formes 2n, 2n + 1 premier ou de leur produir, ou les combinaisons de teintes dont les distances sur le rayon du cercle chromatique sont exprimées par des nombres, des rapports et des proportions conformes à la théorie de la mesure*
On peut vérifier les rythmes et les mesures les plus simples, en faisant tourner sur mon cercle chromatique un écran circulaire, convenablement découpé par le rapporteur esthétique en des petites fentes situées pour les rythmes à partir de la seconde moitié du rayon : les discordances des
intervalles marqués par le le -, le — * le —, le de
la circonférence sont très appréciables par rapport aux
accords marqués par le -, le -, le —, le ^ le —, le ^
le — . De même, avec les dispositifs convenables, pour les
mesures. (1)
Réciproquement, si on veut apprécier la valeur de la
:: (î) Pour êêi écrài&s, s'adresser h M. Knôcht, rèlièür, 40, ruë dê SêiÔè, Paris,
juxtaposition de deux teintes, on cherche dans le cercle les teintes les plus approchées : on évalue par le rapporteur esthétique leur intervalle, on apprécie la mesure par le rapport des distances de chacune sur le rayon : les nombres marqués par la section de circonférence et le rapport doivent être rythmiques : s’ils ne sont pas rythmiques, ils doivent être résolus par une nouvelle section et un nouveau rapport.
Les harmonies de couleurs-lumières sont soumises à des lois différentes : réductibles par la formule connue à des nombres de vibrations, les couleurs-lumières suivent les lois des harmonies vibratoires, en particulier celle des sons, évidemment dans les limites où elles sont perçues comme différentes. On trouvera § 47 l’origine de la gamme appelée si justement chromatique et § 50 les lois des successions mélodiques et harmoniques. L’oscillation autour d’un centre, quel que soit l’objet, ne peut être réalisée par l’étre vivant que comme un cycle soumis en conséquence à la forme
- : les rapports des nombres de vibrations dans le même
temps sont donnés par les exposants des puissances de -
ramenées à la même octave. M. Bronislas Zebrowski a cal-
pour n ^1, 2, ....12, qui permettra de constituer les harmonies vibratoires et en général toutes les harmonies d’excb tants relativement discontinus.