DES AUTRES
— Regarde-les. Si on les lâche par les rues, dociles à leur nature, regarde-les en proie aux hystéries de carnaval. Types de tous les jours accrochés aux hasards des rencontres pour la boisson ou le coït, séparés seulement par l'argent instable, ils sont unis par la communauté des refrains sus dont, en chœur, ils défient l'ennui imminent.
— Et ils font des jeux de mots ! Le blasphème de jouer avec les mots.
— Du haut de l'esprit on ne les distingue pas et l'éveil d'un peu d'âme, chez eux, est un accident. De notre triple nature, ils n'ont pas même gardé l'instinct, car ils ne connaissent que des habitudes de milieu. Vois. Pas même l'ivresse, le
café ; pas même la femme, le lupanar.
— Pas même la douleur, car, à la longue, leur sensibilité s'est imperméabilisée, abrutie. Ils n'ont trouvé qu'un mot de révolte, n'ont pu trouver qu'un mot : je m'en fous... Ils sont pyrrhoniens.
— Vides ! vides tous ! et qui ne s'aperçoivent pas de leur vide parce que les habitudes, les formations inertes, ont pris la place de la substance...