JE NE VEUX PAS MÉRITER POUR CETTE FOULE
— Et ils vivent, en équilibre sur leurs deux pieds, et ils sont embêtés, ils aiment.
— Et quand ils aiment, prosternés devant l'idole à crise de nerfs, c'est parfois une femme dans laquelle ils ne savent voir qu'une fille, ou plus souvent une fille qui les châtie de leur non-spiritualité.
— L'amour-châtiment ! Celui qui rétablit à leur rang les fils de millionnaires,
celui qui ramène à zéro les fortunes des grandes dames inauthentiques. Chacun ayant celui qu'il mérite, c'est-à-dire celui auquel sa nature ouvre les portes.
— Vois encore : en hâte de jouir, ils ont pris, tous, la devise ouvrière : bien-être et liberté. C'est tout. Liberté ! sur chaque tête, comme un singe, est perché un vice qui les mène et se nourrit d'eux, les pénétrant jusqu'aux pointes des ongles. Et ils le portent, visible, sans le voir — et ils se démènent, obéissants, malheureux non d'avoir une passion, mais des effets de leur passion.
— Et pourtant, comme, entre eux, chacun du haut de sa petite vanité personnelle, ils se méprisent. Rougissant les uns des autres...
— Oui, une fille trouve toujours une plus fille à mépriser. Oh ! les abattre, ces vanités; et tous ces mépris, les ramener
au bon niveau ; et montrer aux hommes leur profonde et douloureuse fraternité.
— Liberté, fraternité...
— Et dire : voyez ce que vous avez fait les uns des autres, ce que vous avez fait de vous-mêmes... Mais non, se taire car l'heure n'est pas de ces paroles, et les laisser faire, tant pis pour eux... ils verront bien...
— Il manque l'égalité...
— C'est qu'ils en ont une.
— L'égalité sentimentale?
— Une autre encore, et tous, jusqu'à placement définitif, tous, aveugles et intelligents, vierges et filles, ont cette égalité : l'inquiétude du sexe veuf.
— Nous aussi..,
— Es-tu sûr ? Et chez eux, aucune digue n'y résiste. Les hommes courent, tout débordants d'amour, n'importe où, les femmes appellent à longs cris celui
qui leur étouffera leur petit vague à l'âme: « Et maintenant, causons. »
— Avoue que tu aimes voir le mal chez les autres.
— Peut-être pour arriver à me trouver beau par comparaison.