‹ Cerise, sa vie et ses œuvresChapitre 11 sur 17 · VIII. — LA MÉTHODE PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

VIII. — LA MÉTHODE PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE

La méthode d’observations préconisée par Cerise a été désignée sous le nom de psycho -physiologique. Ce mot est suffisant pour faire connaître l’étendue et les assises du nouveau système de recherches physiologiques et pathologiques sur les rapports du phy-

sique et du moral ; mais il ne me semble pas caractériser nettement la méthode elle-même, considérée en tant qu’instrument de recherches. Sous ce rapport, je préférerais donner le qualificatif d’association à cette méthode, qui a pour but d’éclairer les phénomènes de l’ordre moral par les phénomènes de l’ordre physique, et réciproquement, en associant théoriquement ces phénomènes, comme ils sont associés, en fait, dans la constitution de l’homme.

Cette méthode d’association est, pour ainsi dire, la clef de tout. En effet, par elle s’expliquent clairement les phénomènes de la vie intellectuelle et morale; sans elle tout n’est que confusion, obscurité et impuissance.

La loi d’association respecte d’une part l’unité humaine, et d’autre part la multiplicité des actes et des fonctions de l’homme. Par la combinaison des manifestations émanées des organes et du principe spirituel, elle explique la variété des fonctions et des facultés de l’homine. L’association s’applique donc à tous les phénomènes de la vie, et n’en laisse aucun dans l’ombre.

Les systématiques qui ont méconnu les lois de l’association, ou qui n’en ont pas tenu suffisamment compte, n’ont produit que des systèmes éphémères. Vainement leurs explications prenaient-elles pour base des faits vrais et positifs ; l’insuffisance du système se trahissait à chaque pas.

Les faux systèmes ont une utilité qu’on ne soupçonne guère. Il leur arrive quelquefois de mettre, par leur contraste, la vérité en lumière, Sans le savoir, ils rendent des services. On peut, sans s’y arrêter trop longtemps, citer des exemples récents. Ce sera d’ailleurs une façon de faire mieux apprécier la valeur des travaux de Cerise.

Cabanis et les sensualistes d’une part, Gall et les phrénologistes de l’autre, ont tenté de classer, en les caractérisant, les phénomènes qui constituent l’homme intellectuel et moral. Cabanis et ses adhérents transportent tout l’homme dans les viscères, c’est-àdire dans les régions basses de l’organisme. Gall et ses disciples placent, au contraire, tout l’homme dans le cerveau, c’est-à-dire dans les régions élevées du corps. L’école sensualiste fait naître

toutes les impulsions du ventre et des instincts, et aussi des sensations. L’école phrénologiste attribue ces mêmes impulsions au cerveau. La première explique l’action cérébrale par les sympathies ; l’organicisme, de son côté, explique l’action viscérale par ces mêmes sympathies dissimulées sous le nom de réactions. Par conséquent, ces deux écoles suppriment : l’une, l’action propre du cerveau et des idées, c’est-à-dire les virtualités psycho-cérébrales ; l’autre, l’action propre des organes viscéraux, en d’autres termes, les virtualités viscérales.

Gall et Cabanis, regardant les opérations et les actes de l’homme comme le produit des organes, n’avaient nul besoin de faire intervenir un principe spirituel pour expliquer l’intelligence, la volonté et la liberté morale. Pour eux, le moral n’existe pas en réalité, puisque tout émane des organes. Les mêmes principes les conduisirent aux mêmes conclusions. L’erreur appelle l’erreur; c’est la loi de la logique.

Envisager dans l’homme le côté matériel seulement, c’est faire abstraction de la meilleure moitié de l’être humain. Les savants qui se placent à ce point de vue restreint peuvent acquérir certaines vérités partielles, mais ils sont incapables de s’élever à la connaissance de l’homme. Comment trouveraient-ils la loi générale, quand ils négligent l’un des éléments du problème? La logique n’a point encore engendré de tels prodiges.

Bacon a dit : « Celui qui n’aura pas mêlé, confondu et réduit tout ensemble, ne verra pas l’unité de la nature et n’en pourra rien interpréter...» (Instauratio magna.) La remarque de Bacon s’applique à l’étude de l’homme . Toute conception qui ne prend pas pour base les deux éléments constitutifs de l’être humain est condamnée d’avance à une stérilité relative. L’observateur qui s’abandonne à cette conception ne peut, ni pénétrer les faits particuliers, ni coordonner les faits généraux. La pensée de tout mêler ensemble , c’est-à-dire de tenir compte des éléments divers dont se compose l’homme, a constamment inspiré Cerise. Après avoir approfondi les détails, il s’est élevé aux lois générales. Le grand résultat de ses recherches a été précisément d’embrasser l’homme

dans son ensemble et de faire la part légitime à chaque chose, aux organes et aux fonctions, à la matière et au principe spirituel. Interprète fidèle de l'homme, au sens indiqué par Bacon, Cerise procédant par l’analyse, a été conduit au spiritualisme, c’est-à-dire à la connaissance des deux éléments qui composent et caractérisent l’être humain.

Après avoir fait connaître les principes généraux et les méthodes qui ont servi de base aux recherches de Cerise, nous allons examiner successivement les œuvres diverses sorties de sa plume.

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