‹ Cerise, sa vie et ses œuvresChapitre 13 sur 17 · X. - FONCTIONS ET MALADIES NERVEUSES · texte numérisé non relu

X. - FONCTIONS ET MALADIES NERVEUSES

Dans le livre intitulé : Des fonctions et des maladies nerveuses , Cerise aborde le difficile problème delà coordination physiologique et pathologique des phénomènes de la vie intellectuelle et morale.

On vit rarement un travail physiologique entouré de plus de difficultés. Depuis longtemps la science était en possession d’un grand nombre de faits qui constituaient son vaste et riche domaine. 11 s’agissait moins d’augmenter ce domaine que d’en classer avec clarté les nombreux éléments. Ce n’était pas chose facile. Des hommes éminents, Cabanis et d’autres, avaient échoué dans cette entreprise. A Cerise était réservé l’honneur de jeter la lumière dans ce chaos.

Le grand mérite de Cerise ne fut pas de produire des faits nouveaux ; ce fut de découvrir une méthode nouvelle d’observation, propre à guider l’observateur dans le grand dédale scientifique. Grâce à cette méthode, les faits ont pu être étudiés séparément, et à l’état de combinaisons ou d’associations, de manière à permettre successivement l’analyse et la synthèse. Les résultats obtenus sont tels, que désormais nul observateur ne pourra, sans péril pour la science et la vérité, s’écarter de la ligne tracée par Cerise.

Cerise, se proposant pour but la coordination des phénomènes physiologiques et pathologiques qui constituent, sous des aspects différents, l’homme intellectuel et moral, s’est livré à une analyse qui sert de base à la connaissance et à l’explication de ces phénomènes.

Les phénomènes dont il s’agit ont pour organe l’appareil nerveux.

Chaque phénomène est produit par une excitation ou modification initiale développée à l’une des extrémités de l’appareil, soit dans le cerveau, soit dans les viscères.

L’excitation se transmet par irradiation à divers points de l’organisme, selon les nécessités et selon les convenances entre les organes et les causes de l’excitation.

Excitation et irradiation se produisent à l’aide du sang et de l’action nerveuse. De cette double influence naît une force spéciale nevro-hémique que Cerise appelle la névrosité.

La névrosité parcourt tout le corps et porte son influence sur toutes les molécules organiques. Elle ne peut s’accümuler dans un organe qu’aux dépens d’autres organes. Dans tous les cas, elle ne se produit qu’en s’usant ; ce qui explique l’épuisement par les travaux de l’esprit, aussi bien que par les travaux du corps.

Les opérations de l’appareil nerveux peuvent être troublées, jusqu’au degré pathologique. Le trouble prend pour origine le sang ou la substance médullaire nerveuse, c’est-à-dire l’un des éléments de la névrosité. Les conditions anormales du sang ou du tissu nerveux sont le résultat d’un vice de nutrition originel ou acquis.

La pathologie nerveuse proprement dite se divise en trois groupes : 1° La surexcitation psycho-cérébrale , qui comprend les diverses formes d’aliénation mentale ; 2° La surexcitation sensoriomotrice, qui est constituée par les affections convulsives tétaniques, comateuses, etc. ; 3° La surexcitation-ganglionnaire qui englobe les névroses viscérales.

L’appareil nerveux est doué d’une virtualité morale et intellectuelle, qui ne peut se manifester sans le concours de certaines excitations. Ces excitations se trouvent dans l’éducation.

La société est en possession d’un enseignement traditionnel, qui a pour but « la réalisation de la fraternité chrétienne, par la charité, aidée de la foi et de l’espérance. » Page 170.

L’éducation se compose de tous les moyens dont la société et la famille disposent dans le but de diriger l’activité de l’homme et de développer convenablement son organisme. L’influence éducatrice agit sur les populations, ou sur chaque individu en particulier. Dans l’un et l’autre cas, les principes sont les mêmes et reposent sur les mêmes bases.

Il y a deux éducations : l’éducation physique et l’éducation morale. L’éducation physique ou organique se sert du Régime et des Exercices. L’éducation morale se fait à l’aide du Langage et des Institutions sociales.

Le régime et les exercices , c’est-à-dire l’hygiène considérée dans son complet développement, modifient l’excitabilité nerveuse en changeant les conditions de circulation , de déperdition et de nutritions spéciales ou partielles.

Le langage intervient dans tous les phénomènes de la vie dite animale, et les transforme en phénomènes exclusivement humains. Il en résulte , pour le système nerveux de l’homme, des fonctions et des maladies inconnues aux animaux. — Par les institutions religieuses et politiques , la société apporte dans l’organisme des modifications profondes qui peuvent , à la longue, se transmettre héréditairement. Les animaux sont rebelles à ces modifications, parce qu’ils sont sous l’empire des influences physiques et organiques.

De tout cela que faut-il conclure? c’est qu’il est nécessaire de donner une bonne et honnête direction à l’homme en lui assignant toujours un but d’activité honorable.

La mauvaise direction des idées et des sentiments conduit à l’oisiveté, « mère des ennuis et des stériles agitations, source des désordres affectifs et intellectuels. » L’enseignement matérialiste fait rechercher le bonheur dans les satisfactions temporelles et corporelles de l’égoïsme, et l’enseignement mystique dans la possession des délices ineffables , conséquence de l’union suprême de l’âme avec Dieu. Ni l’un ni l’autre ne recherchent le bonheur dans l’esprit de charité et dans l’amour de nos semblables. Le spiritualisme seul donne cet enseignement.

Le système nerveux, considéré anatomiquement, se trouve mêlé intimement à tous les organes. Il est lié d’une manière si étroite avec l’appareil sanguin et avec l’appareil musculaire, qu’il produit dans l’ordre physiologique et dans l’ordre pathologique des phénomènes variés à l’infini. La classification des phénomènes normaux est déjà fort difficile , mais celle des phénomènes engendrés dans ce système par les causes morbigènes l’est bien davantage.

Cerise a compris qu’il fallait à tout prix échapper à cet embarras. A cette occasion, il a formulé quelques préceptes qui résument son opinion en peu de mots.

« Pour classer méthodiquement les principales formes des mala-

dies inconnues, il faut tenir compte des symptômes dominants plutôt que des prétendues altérations anatomo-pathologiques.... »

Le précepte de Cerise s’applique à toutes les maladies indistinctement. Telle était l’opinion d’Hippocrate, opinion confirmée par

l’expérience irréfutable de plus de vingt siècles. Les maladies ont une évolution propre, une durée et des symptômes qui peuvent être étudiés en dehors de la lésion anatomique. Ce n’est pas à dire que cette lésion doive être mise de côté : le médecin n’a le droit de dédaigner aucune notion propre à le mettre sur la voie de la vérité. Mais dans la série des phénomènes pathologiques , il en est qui sont acquis avec certitude à la science, et d’autres qui sont incertains et variables. A cette dernière catégorie appartiennent le plus grand nombre des lésions organiques. Les symptômes dominants, au contraire, ont un cachet particulier de fixité, de constance et d’universalité, entièrement indépendants des théories, et qui, au fond, constituent le plus sûr domaine de la médecine pratique.

En disant que la meilleure base de la classification des maladies se trouve dans les symptômes, et en ajoutant que les pathologistes les plus éminents se sont rangés à cette opinion, je n’ai nullement l’intention de diminuerjle mérite de Cerise. Ceux-là mêmes qui avaient le plus de foi dans leur propre méthode, hésitaient lorsqu’il s’agissait des maladies nerveuses. Cerise, au contraire, a généralisé le problème, et, dans diverses parties de ses ouvrages, il a proclamé la nécessité d’étudier le système nerveux, comme on étudie les autres systèmes anatomiques, sauf à tenir compte des différences organiques et fonctionnables. Mais Gerise a de plus le mérite incontestable de déclarer que le système nerveux est soumis, au même titre que les autres systèmes, aux lois éternelles et universelles de la logique.

Page 1