XI. — LES ÉMOTIONS DANS LA VIE DE LA FEME
La femme tient, dans la société, une place plus grande qu’on ne pense. « Sous l’apparence de l’étourderie ou d’un timide embarras, » (Cabanis) elle voit tout, entend tout, se mêle à tout. Elle
exerce une action perpétuelle sur la société. Elle agit directement par son immixtion personnelle, indirectement par les mœurs et l’industrie ; mais le vrai et le plus légitime théâtre de l’influence de la femme est la famille. A l’enfant, elle prodigue ses tendresses et ses sourires ineffables; à l’adulte, elle inspire des pensées salu- "taires; au vieillard, elle réserve le respect. Première éducatrice, elle verse dans l’àme de l’enfant, dont elle est la providence visible, les principes du bien et les règles de conduite qu’elle fera germer et fleurir dans la force de l’âge : dernière conseillère , elle se place entre le vieillard et la mort, pour murmurer à l’oreille les paroles de consolation et d’espérance. Du commencement à la fin elle berce l’homme pour lui rendre la vie douce et honnête. Fille, femme , mère , elle répand autour d’elle des trésors de] tendresse et d’amour, qui commencent et finissent avec la vie.
Un rôle si merveilleux tient à des qualités spéciales. Mais ces qualités n’atteignent leur plus haut développement qu’à l’aide d’une éducation particulière. Le type le plus complet de la femme ne se rencontre donc que dans certaines conditions exceptionnelles. Ce serait une erreur de croire que la femme, enfouie, jusqu’à la poitrine, dans la crasse de l’ignorance, est capable de manifester les qualités inhérentes à sa nature. Sous un certain rapport, les dons du cœur sont sur la même ligne que les dons de l’intelligence. Sans éducation et sans instruction , ils restent une lettre morte et sont perdus pour la société. Cerise a beaucoup insisté sur ce point.
La femme est douée d’une exquise sensibilité, d’où découlent à la fois ses grâces, ses vertus et ses talents. Mais, comme toutes choses en ce monde, cette sensibilité a des inconvénients qui forment, pour ainsi dire, le revers de la médaille. La sensibilité de la femme a pour corrélatifs inévitables des défauts et des maladies. Les défauts ont pour origine une mobilité excessive ; la surexcitabilité nerveuse dérive de la même source.
L’aptitude de s’émouvoir, poussée à l’excès, entraîne trois ordres de faits : la succession rapide des émotions ; le besoin d’émotions nouvelles ; enfin l’influence des émotions sur l’intelligence proprement dite.
Les émotions sont diverses et souvent contradictoires. En se succedant avec rapidité, elles donnent naissance à une multitude de formes symptomatiques opposées les unes aux autres, et qui mettent en péril le repos, la santé, quelquefois la raison. Malgré ces graves inconvénients, les émotions attirent la femme comme le vin attire l’ivrogne. Les émotions s’imposent, malgré ou peut-être à cause de leur âpreté, à la nature délicate mais ardente de la femme. De là un certain péril indéniable. La femme est comme entraînée dans un courant qui devient souvent sa propre perte. La satiété avec ses ennuis, l’insatiabilité avec ses tourments, sont les fruits ordinaires de ce besoin incessant d’émotions toujours nouvelles et toujours plus vives.
La mobilité et la diversité des émotions produit une diversité correspondante dans les idées. L’influence de cette mobilité se fait sentir sur la vie morale et sur la vie intellectuelle. Elle différencie essentiellement les aptitudes de l’homme de celles de la femme.
A ce sujet, et d’une façon évidente, Cerise parle de l’aptitude des femmes pour les travaux intellectuels. Tenant compte, dans la mesure nécessaire, des exceptions que chacun connaît, et se basant d’ailleurs sur l’excessive émotivité de la femme, Cerise dénie, à cette dernière, la puissance de logique nécessaire pour l’accomplissement de grandes œuvres intellectuelles. « L’homme, dit-il, doit laisser aux femmes les prévoyantes et rapides déterminations que le sentiment improvise ; la femme doit abandonner aux hommes les savantes et laborieuses décisions que la logique consacre. »
La femme aurait bien tort de ne pas se contenter du rôle que la nature lui a assigné dans la création. Entre l’homme et la femme se partagent les charges de la vie. Ces charges sont différentes ; les unes ne le cèdent aux autres ni en intérêt, ni en dignité. La dignité ne consiste pas à tenter ce qu’on doit abandonner à autrui ; il suffit à chacun de remplir convenablement ses devoirs pour acquérir les mérites de son état et de sa condition.
Cerise a réuni les qualités de la femme en une sorte de tableau parlant. « De l’exquise sensibilité de la femme, dit-il, naissent la grâce de ses mouvements, son goût délicat, son aptitude merveil-
leuse pour les arts d’expression, son tact parfait, sa sagacité, sa prévoyance affectueuse, sa tendre et mystique piété, son inépuisable charité, et jusqu’à cette intelligence si prompte et si active que le cœur, foyer toujours ardent, électrise et alimente. C’est en vertu de cette angélique qualité que la femme fait rayonner autour d’elle, dans la famille et dans la société, d’irrésistibles et prestigieuses influences. » ( OEuvres< liv. II, p. 161.)