‹ Cerise, sa vie et ses œuvresChapitre 5 sur 17 · II. - LE NÉO-CATHOLICISME · texte numérisé non relu

II. - LE NÉO-CATHOLICISME

Les Néo-catholiques eurent la pensée de formuler un système complet de philosophie. Bûchez fit un traité ex-prof esso sur la matière (1). Cerise résuma l’œuvre, d’abord dans plusieurs articles insérés dans le journal Y Européen, qui était en quelque sorte le Moniteur de la nouvelle secte, puis dans une lettre trop peu remar quée, adressée aux élèves de l’école de médecine de Paris.

Le Néo-catholicisme n’est point une doctrine nouvelle; c’est la doctrine de Jésus-Christ prise dans les Évangiles. Les nouveaux interprétateurs crurent pouvoir tirer de la doctrine même des conséquences qui avaient échappé aux Pères de l’Église.

Pour les docteurs du catholicisme , la loi morale est formulée et définitive. Pour arriver à l’accomplissement de son œuvre, il ne lui reste qu’à réaliser pratiquement la conquête et la possession des âmes.

Les Néo-catholiques affirment, au contraire, que le catholicisme

(1) Traite complet de Philosophie au point de vue du Catholicisme et du progrès, par P.-J.-B. Bûchez. Trois vo). in-8°. Paris 4840.

est destiné à recevoir des révélations successives nouvelles. S’appuyant sur certains témoignages historiques , ils disent qu’à tosute les grandes époques sociales un Verbe nouveau a été envoyé , et qu’un but nouveau a été assigné à l’activité humaine. Les révélations qui se produisent ainsi, en se substituant les unes aux autres, ne se détruisent pas ; elles se complètent réciproquement et accomplissent un progrès à chaque substitution. Le Verbe actuel est le prpgrès lui-même devant réaliser l’égalité et la fraternité universelles par l’exercice de la liberté.

Le Néo-catholicisme proclame, au nom et sous l’autorité du spiritualisme , la nécessité du dévouement et de l’abnégation personnelle, en opposition avec la doctrine de l’égoïsme et du culte de l’individu par lui-même.

Le catholicisme nouveau frappe de la même réprobation l’Eclectisme , qui prend le moi pour principe et pour but ; le Scepticisme, qui nie le but social de l’homme ; le Panthéisme matérialiste , qui proclame la réhabilitation de la matière et la sainteté des appétits charnels ; le Panthéisme mystique , qui divinise la personnalité humaine ; enfin, le Matérialisme grossier, qui supprime la liberté morale et la remplace par la liberté des instincts.

Le Néo-catholicisme embrasse toutes les questions qui se rattachent à la destinée de l’homme. On peut résumer en quelques phrases les principes généraux de la doctrine.

Les Néo-catholiques disent :

Dieu est esprit; le monde est matière.

L’esprit est activité et veut; la matière est passivité et obéit.

L’homme a été créé par Dieu.

L’homme a été formé de matière et animé par l’Esprit.

L’homme représente donc simultanément deux éléments.

L’élément matériel est aveugle et fatal , le principe immatériel est actif et libre.

Du principe immatériel dérive l’activité.

L’activité de l’homme a un but défini, l’utilité sociale.

L’homme a le devoir de consacrer son activité au service de l’humanité.

Pour l’accomplissement de sa fonction sociale et humanitaire , l’individu doit mettre sa liberté au service de la fraternité.

Grâce à l’activité spirituelle, l’organisme animal cesse d’être, chez l’homme, le principe et le but de son existence ; il devient un instrument de l’esprit, qui a son principe en Dieu et son but dans l’humanité.

Du principe immatériel dérive encore le libre arbitre.

Le libre arbitre se manifeste dans le choix du bien et du mal.

Le choix entraîne la responsabilité morale.

La responsabilité a pour conséquence le mérite ou le démérite.

Pour se conduire dans la vie et pour remplir dignement le rôle que la Providence lui a assigné, l’homme a besoin d’une règle de conduite certaine et infaillible.

Cette règle se trouve dans la connaissance du bien et du mal.

Dans la connaissance du bien et du mal se trouve donc le principe de certitude, c’est-à-dire le critérium infaillible qui sert de guide à l’homme dans sa vie sociale.

Le principe de certitude n’est pas dans le témoignage des sens, impuissants à donner 1a. loi des rapports ou la raison des choses. Il n’est pas dans la raison philosophique ni dans le sens commun, qui n’ont rien de fixe et varient selon les individus et selon les temps et les lieux. Il n’est pas dans l’autorité universelle du genre humain, autorité qui ne s’est jamais formulée, qui n’existe nulle part et qui d’ailleurs n’a aucune puissance pour s’imposer. Il n’est pas dans les conditions normales de laconscience , qui est le dépôt et non la source du principe. Il n’est pas dans les révélations du moi, qui auraient pour résultat d’élever à l’état d’autorité souveraine les conceptions de l’individu. Il n’est pas davantage dans les inspirations de l’intérêt, voire de l’intérêt bien entendu, qui ne prend conseil que de l’égoïsme.

Le principe de certitude, le critérium universel est dans la morale.

Tout acte qui a pour but et pour résultat le bien de l’humanité est conforme à la morale. Tout acte qui a pour but et pour résultat la satisfaction de l’individu au détriment du bien commun, est contraire à la morale.

Ainsi entendue, la morale constitue un critérium certain et infaillible qui commande la foi. Tous les hommes doivent s’y soumettre-

La doctrine nouvelle comprend une théorie générale de l’univers et une théorie de la constitution morale de l’homme. L’expérience prouve que les théories qui n’ont pu concilier la Cosmogonie et la Physiologie sont toutes successivement tombées dans l’oubli. Il y a donc utilité à mettre en harmonie la science de l’homme avec la science de l’univers.

Le Néo-catholicisme affirme la distinction substantielle de Dieu et du monde. Il affirme également la distinction substantielle du corps et de l’âme. De plus, il regarde ces deux dogmes comme solidaires.

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