‹ Cerise, sa vie et ses œuvresChapitre 7 sur 17 · IV. - L’ANIMISME · texte numérisé non relu

IV. - L’ANIMISME

Les animistes disent : Il n’y a qu’une âme. L’âme qui pense est la même que l’âme qui vit. L’âme intelligente est à la fois principe de vie, de sensibilité et de raison. L’âme d’où émane l’activité morale qui constitue la personnalité humaine ne fait qu’un avec la force vitale. L’âme est la forme du corps, elle réalise l’organisme. Ame et vie sont une seule et même force, une seule et même substance.

Sur quoi se fondent les animistes pour proclamer l’unité de

force dans l’homme? Sur la nécessité de la vie pour la manifestation des facultés morales. « La vie, disent-ils, est nécessaire à la pensée. Donc la vie et 1a, pensée sont identiques et ne font qu’un.» La vie est-elle nécessaire à la manifestation de l’intelligence? On ne le nie pas. Les morts ont perdu la faculté de manifester la pensée. Le principe est donc vrai : mais la conséquence qu’on en tire est absurde. Pour faire une montre, il faut un horloger. L’horloger est donc nécessaire pour la production de la montre. Si l’on applique, au cas particulier, Üe raisonnement des animistes, il faudra dire que la montre et l’horloger ne font qu’un. Celui qui tiendrait un pareil langage ne serait pas plus absurde que les animistes, puisqu’il emploierait le même raisonnement.

L’animisme ne date pas d’aujourd’hui. Saint Thomas, saint Augustin et d’autres Pères de l’Église, adoptant à ce sujet les opinions d’Aristote, se sont montrés les partisans de cette doctrine. Aristote lui-même avait été devancé dans cette voie par les philosophes hindous. On peut même affirmer que cette opinion n’a cessé de se produire depuis que la philosophie existe comme science. De nos jours, l’erreur a ses principaux représentants parmi les Allemands.

Ils croient, pour me servir de l’expression railleuse et un peu familière de Trousseau, que l’âme se charge du pot-au-feu des organes. Ils professent donc le principe de l’identité de la force vitale et de la force intellectuelle et morale , et ils affirment que la vie et l’âme ne sont qu’une seule et même force. Laissons cette opinion aux rêveurs d’Outre-Rhin, car elle est deux fois fausse. En fait, elle consacre une erreur biologique et une erreur psychologique.

« L’âme, dit Cerise, est exclusivement renfermée dans les limites de notre personnalité.» Elle est constituée par une force personnelle intelligente et libre. C’est par elle que nous sommes responsables de nos actions. L’àme n’est point transmissible par hérédité.

La vie est impersonnelle , inintelligente et sans liberté morale. Elle est « la force qui exécute, en nous, les plans de Dieu à notre insu et sans notre intervention. Les produits de cette force sont

étrangers à notre activité spirituelle... La vie est héréditaire. Elle se transmet au moyen des germes et porte, à travers les générations, non-seulement le type de la race , mais encore les éléments morbides, la goutte, la scrofule, laphthysie, le rhumatisme, etc.... La vie a sa source dans les ancêtres, l’âme a ses commencements dans l’individu... La vie préside aux opérations des plantes et à celles des animaux. Elle a, dans son domaine, l’instinct que l’on confond si souvent, et si mal à propos, avec les faits intellectuels , c’est-à-dire avec les œuvres de l’âme.

Deux forces ayant des qualités aussi différentes ne sauraient être confondues. Hippocrate, le père de la médecine, ne s’y était pas trompé ; il avait établi une distinction entre l’âme et la vie. Jamais cependant il n’a reconnu deux âmes, ni même deux espèces d’âmes, ainsi que le font les hindous, les aristotéliens, les écoles du moyen-âge, et celles de l’Allemagne moderne.

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