I. — De l’action diurétique du vin blanc
Lorsqu'un individu normalement entrainé à l’usage du vin alterne de loin en loin le blanc et le rouge, il constate ceci: c’est que dans le premier cas, en pleine digestion encore, les urines arrivent copieuses et fréquentes, tandis qu'avec le vin rouge les mictions sont retardées et moins abondantes. A la suite de ces faits qui se reproduisent avec la plus grande majorité des sujets, le vin blanc a été réputé diurétique. Cette propriété lui est d’ailleurs reconnue depuis longtemps puisque le
‘ Codex n’a pas hésité à classer dans ses pages «le vin de
Trousseau » et le « vin de la Charité ».
Mais à quoi le vin blanc doit-il cette action élective sur le rein ?
Les uns l’attribuent aux sels organiques de potasse, dont le principal est le bitartrate. En passant dans le torrent circulatoire, on estime que les acides de ces sels
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sont progressivement brûlés comme dans un creuset, ce qui est conforme à la vérité, et qu’à la suite il reste de la potasse carbonatée, cause principale de la diurèse.
Malheureusement la constitution générale des vins rouges et des vins blancs est à cet égard si semblable, qu’elle ne permet pas d'expliquer la différence d'action physiologique en question.
Pour en donner la preuve le D' P. CARLES a relevé dans le Dictionnaire de Girard et Dupré les moyennes des degrés d’acidité et des doses de tartre de 292 vins blancs et de plus de 3.000 vins rouges récoltés sur tout le territoire français. Or il appert que la moyenne générale par litre est pour les vins blancs de 5,08 pour l’acidité, de 2,26 pour la crème de tartre, tandis qu’elle est pour les vins rouges de 4,98 pour l'acidité et 2,73 pour la crème de tartre.
En vérité, 5,08 d'acides contre 4,98 et 2,26 de tartre contre 2,73, cela constitue des différences si faibles que la thèse du rôle de la crême de tartre est bien mal défendue.
Il est exact que la potasse et l’acide tartrique sont bien rarement réunis dans le vin en proportions nécessaires pour constituer ce tartre. Si le raisin pèche par défaut de maturité, c’est l’acide qui domine ;, S'il a, au contraire, trop müûri, cest la potasse qui l’emporte. Voilà la règle ; mais elle n’est pas sans exceptions encore inexpliquées. |
D’autres disent, à l'encontre : le vin rouge diffère surtout du vin blanc par sa richesse en extrait sec, dont le surplus est provoqué par la matière colorante,
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le tannin et les tannoïdes réunis. Si on songe que sous certains de ces noms se cachent des combinaisons organiques du fer, on ne pourra s'empêcher de constater que dans ce groupe la nature a mis des astringents assez puissants. Eh bien ! ajoutent les mêmes auteurs, c'est à ces astringents que doit être attribuée l’action du vin rouge sur sa propre absorption d’abord, et sur son action rénale ensuite. Au surplus, le fait est si vrai que si, à l’aide des collages à l’albumine et au noir animal, on enlève couleur et tannins, le vin décoloré obtenu sera aussi diurétique que du vin blanc nature.
Pour le D' P. Carces il y a dans les deux espèces de nos boissons quelque chose de plus différent encore, en dépit de ses minuscules proportions : ce sont les éthers. Par ce mot, il entend non seulement les essences spéciales de chaque espèce de raisin, mais aussi les combinaisons subtiles qui se forment dans la cuvée par - l'élaboration de la race de levure. Il y joint encore les produits dont l’intime groupement constitue le « bouquet ». Pour lui, c’est là qu'est le facteur de l’action diurétique du vin blanc.