‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 11 sur 77 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

C'est Frédéric Schlegel qui découvre !•■ premier les aspects romantique- du poète espagnol, et qui se fait l'apôtre de la doctrine nouvelle. Frédéric Schlegel a été le chef véritable de l'école romantique. II a eu à un haut de»ré quelques-unes des qualités du condottiere de lettres. Curieux, aventureux et inquiet, il s'enthousiasme pour toutes les idées neuves, il brûle de fouler des voies inconnue- : tempérament de propagandiste i . qui a besoin d'agir &ur d'autres intelligences, et dont la pensée ne -affirme qu'au heurt violent de j étrangères. Il a une très Bère opi-

nion de -;i râleur, un beau mépris des jugements vulgainne grande confiance en son tr<>ùt. Penseur fécond. liseur infatigable, grand brasseur d'idées, il est tiraillé, entraîné dans tous les sens •■( j tous les extrêmes : c'est une âme excessive, anârchique et violente. Ce qui donne .1 ce tourmenté un.- certaine unité de tendances, c'esl

in tumulteux d'harmonie et de conciliation, c'est-àdire de connaissance universelle, car la paû de l'intelli-

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gencc ne se retrouve que dans la science totale et la synthèse de toutes les idées.

Nur das Ganze, mein Freund, wie es lebl und im Lebi n sich spiegelt, Das sei das Idéal, frei von der Formel Gespenst (1).

Comment et sous quelles influences Fr. Schlegel vient-il à Cervantes ? C'est en 1797, au moment où son tempérament et sa pensée s'organisent autour du programme romantique, qu'il rencontre le poète espagnol et qu'il s'intéresse au Don Quichotte.

Frédéric Schlegel avait lu le roman de Cervantes avant cette date (2), mais dans la traduction allemande. Or, en octobre 1797, Unger, désireux d'adjoindre le Don Quichotte à sa bibliothèque de romans, propose à Frédéric de se charger d'une nouvelle traduction. Frédéric Schlegel a grande envie d'accepter et il lit à cette occasion le Don Quichotte espagnol. Il se décide à céder celte tâche à son nouvel ami, Tieck, mais, dès lors, son intérêt pour Cervantes est éveillé et, presque aussitôt, Schlegel se préoccupe des autres oeuvres du poète (3). Il lit les Nouvelles en novem-

(1) Friedrich von Schlegels sœmmlliche. Werke, 2. Originalausgabe. Wien, 18/16, t. X. p. Si. Cf. aussi dans le Gcsprœch iiber die Poésie, Athenaeum III, 2 (1800), p. 171, reproduit dans : Fr. Schlegel 179'i-1802, Seine prosaisehen Jugendschriften. Hrg. von J. Minor. Wien, 1906, 2 éd., t. II, p. 376. « Il n'est pas possible de comprendre une partie isolée, c'est-à-dire il es! déraisonnable de vouloir ne l'examiner qu'en détail et à part. »

(2) Cf. Walzel, 0. Walzel, Fr. Schlegels Briefe an seinen Broder 1. Wilhelm, Hrgg. von 0. F. W. Berlin 1898, en particulier p. 3o3 (3i oct. 1797), où Frédéric écrit à son frère qu'il n'a jamais lu le Don Quichotte espagnol, ce qui est une déclaration implicite qu'il le connaissait eu traduction. Les Krifuche Fragmente du Lyceum (1797) ne citent pas Cervantes, môme pas à propos du roman ou de l'ironie.

(3) 11 fait à cette époque d'assez nombreuses allusions au D"ii Quichotte. Voir Caroline, Briefe aus der Fruhn,mantik. Naeli G. Waitz vermehrt, hrgg. von E. Schmidt. Inselverlag, H)i3, t. I, p. 643 (avril 1799). — Lire, p. 644, Marcclla au lieu de Mariolla. Dans l'été de 1799- on caressait à léna le projet

bre et les admire sans réserve (i). En mars 1799, il connaît Galatée et Persiles (2), en 1800, la Numance et les comédies de Cervantes. Aussi peut-il déclarer dans YAthenœunt 1799) : « De cet auteur immortel, il faut avoir lu et traduit tout ou rien » (3).

Pourquoi cet enthousiasme subit pour un auteur qui

l'avait jusqu'alors laissé indifférent ? C'est que Frédé-

1 ic Schlegel se trouve maintenant à un tournant décisif de

son évolution, et que la poésie de Cervantes répond à des

ins nouveaux de son esprit.

Il avait, en dehors du reste de toute influence schillérienne, été amené à admettre deux arts différents; l'art la poésie moderne; il avait défini la beauté objective de l'ait ancien, la poésie intéressante et caractéristique des modernes; Schiller, par son esthétique, Goethe, -par le Bpectacle (!<■ son œuvre, Shakespeare aussi, réconcilient Frédéric Schlegel avec l'inspiration moderne. Entre Homère el Shakespeare, entre Homère e1 Goethe, i! cherche la conciliation nécessaire.

L'œuvre de Cervantes lui semble propre à satisfaire les amis des anciens comme ceux (]<-> modernes. Schlegel note

de représenter une pièce Urée du Don Quichotte, où Frédéric -■ réservait le rôle de Cardeaio (iè. I, p. 644). Lee jugements les plut importutU de Fr. Schlegel un sujet il> Cervantes l'expriment dans la tfotu <i<- VAlhenacun II. (reprise dans Minor. Jagendtchriften, II. p. 3i4 sqM el partiellement dans les rntttche Werke <le <;. Schlegel, XI, p. correspondance entre

Frédéric el Guillaume Schlegel, le Geapnecft dans VAthenaam (III. 1.

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