Reproduit dans Mi < II, p. 348 iq.; |.. Gesprcteh
fut composé — \"ir Minor, II. p. IX — de l'automne 179g i janv. Cf. article sur Boccace : Minor II, 4i ■ sq. et 5. il .. 1. \ III. p. 17 sq. I Walzel, p. 3i8 (noi
> Une 1 9chmidt), 1. I, p N' <<■• '■ Il p i5 F. Schlegel ne ■ iie le l i'<i;V qu'en i8o3 {Beilntçe :nr ■ ht.- .i.r moternen 1 \\ . (. mu, p. $7); mah il est prohe-
Me qu'il l'avall lu bien avant.
BKRTRAMU 1
volontiers tout ce qui pourrait rapprocher le poète espagnol des Grecs ou des Latins. « Ce ne serait pas sortir du cercle de mes études, dit-il en novembre 1797, que de traduire Don Quichotte. Le roman sera, un jour, mon étude principale au même titre que les anciens, en qui je vis et respire de nouveau tout entier » (1). Quelque temps après, il déclare, à propos de Platon et de Cervantes : « La prose de ces deux auteurs est la seule que je considère comme romantique » (2). Mais Schlegel se détache peu à peu de ses jeunes enthousiasmes pour l'art de la Grèce et éprouve des sympathies de plus en plus vives pour la poésie moderne, dont il cherche dans le passé les titres de noblesse. Lin des représentants les plus parfaits de cet art qu'il appelle désormais romantique est, pour le drame, Shakespeare. Quel sera le maître du roman ? Schlegel découvre la parenté secrète de ses deux favoris, Shakespeare et Cervantes. En février 1798, il songe à Cervantes, à propos du poète anglais (3); il veut caractériser l'humour en fonction du « Wilz » romantique de l'Arioste et de Cervantes. En avril de la même année, il lit encore, mais à coups de dictionnaire, Don Quichotte, en vue de Shakespeare (/1). Shakespeare et Cervantes sont à ses yeux comme des frères de génie qui se sont rencontrés dans un monde invisible et se sont amicalement tendu la main.
Ce n'est pas seulement le poète anglais et le poète espagnol, c'est l'Arioste et Boccace, qui entrent en même temps dans le cercle des curiosités littéraires de Schlegel. Aussi
(1) o. Walzel. /•'/-. Schlegels Briefe an sciant Brader A. Wilhçlm, a' o'i,
p. 3i8 (nov. 1797).
(■>.) O. Walzel., op. cit., n° 128, p. /no (1700). (3) O. Walzel, p. 864 (à GuiH. Lettre «lu 17 fév.). (h) Ibid. n° 110, p. igo (:>8 avril).
pouvaii-il unir les trois littératures dans une même pro- • n de foi : « Parmi les romantiques, dit-il, dans son Gesprœch, je compte les premiers des poètes modernes : Shakespeare, Cervantes, les poètes italiens » i). Cervantes occupe donc une place d'honneur dans l'évolution du In seul des poètes plus récents, Gœthe, a su donner à son œuvre une aussi grande portée.
Goethe s'est élevé à une si belle hauteur de poésie qu'il englobe à la fois l'art ancien et l'art moderne et, s'il est suivi, il ne subira pas le sort de Cervantes et de Shakespeare : il deviendra le fondateur de la poésie nouvelle (2). De plus en plus, Goethe s'impose au critique. Wilhelm Meister devient le type idéal du roman de l'avenir. Or, gel esl frappé de plus en plus des ressemblances entre Goethe et Cervantes. Il compare Don QuicJiolte à Hamlet et Wilhelm Meister, puis à Sternbald et Wilhelm Mets-
Schlegel était donc amené à Cervantes par toutes admirations, il y était aussi conduit par ses répugnai
\ufkl;ening » elle-même a exercé quelque action sur la pensée de Schlegel, une action négative et répulsive, été accepté, mais falsifié par l'ère des lumii : le critique qui a tant aine'' ces réhabilitations, c'< M réhabiliter Cervantes que de prendre son [cuti contre tous ceux qui. m' royanl en lui que l'amuseur publie, n'ont pas mi reconnaître le grand poète. Dana les années 179g paraissent les traductions de Tieck et de Sol tau, et la guerre
finor, H, - \<>ir l'expr idmiration ■ ni répit»
■ 11ml tpati llia r . il
s'allume brutalement. Frédéric Schlegel n'a pas coutume de pactiser; bien au contraire, ses jugements ne s'en font que plus intransigeants. Une grande partie de ses paradoxes, qui sont souvent des idées très originales, n'a pas d'autre cause que l'esprit et le parti pris de contradiction. Si nous signalons de plus l'influence de Tieck, dont paraît alors le Sternbald (i), et de G. Schlegel, nous aurons groupé tous les éléments dont se compose la pensée de Frédéric Schlegel sur Cervantes.
Frédéric Schlegel a pris résolument parti pour l'art moderne, l'art romantique. Son horizon s'est élargi. Comme les Grecs, Shakespeare, Gœthe, Cervantes sont des aspects de l'art universel. Schlegel s'élève à la conception d'une culture totale, d'une Allemagne qui serait le centre du monde de la pensée (2). Autour de lui, parmi l'effervescence des études nouvelles, ses amis découvrent Dante, le. moyen-âge allemand, l'Espagne du passé. « C'est un penchant inné des Allemands, dira-t-il plus tard, que d'aimer l'étranger, la beauté des pays du Sud les attire surtout avec une puissance irrésistible. Cette tendance est aussi vieille que l'Histoire. Actuellement elle se manifeste encore dans le domaine de la science et de l'art, domaine où la passion naturelle d'expansion et de conquête ne trouve point de chaîne ou d'obstacle » (3).
(1) Walzel op. cil., n° i.'ii, p. 4<4 (mai 1790) : " C'est le premier roman depuis Cervantes qui soit romantique. »
(:•>) Nacliricht von einiçjen selteneren italienischen und spanischen Dichterwerken, i8o3, S. Werke, VIII, p. 3i : « La littérature allemande va, à en juger par ses débuts actuels, s'incorporer toutes les autres littératures plus anciennes. »
(3) 1b. p. 3o sq. « On ne peut, dit encore Schlegel, p. 3i, que se féliciter que quelques excellents poètes se soient plu à transplanter les beautés de la poésie italienne et espagnole sur le sol allemand. » Fr. Schlegel projetait des lors îles articles sur la poésie espagnole. Cf. Briefe an L. Tieck. Ausgewadjlt und herausg. von Karl von Holtei, Breslau, 1864, tome I, 3i3 (27 juillet 1798).
FRÉDÉRIC SCHI.EGEL 93
I ne de ces littératures, une des plus brillantes et dos mieux apparentées, est la poésie espagnole. Après Herdri 1 . Schlegel voit en elle la fille la plus belle du mariage des races germaines et sarcasmes. « Avec les peuples germains déborde en Europe un flot pur de chants héroïques, et quand la puissance farouche de la poésie gothique rencontra, sous l'influence des Arabes, l'écho des contes merveilleux de l'Orient, il s'esl développé et épanoui sur les côtes méridionales une joyeuse émulation de chants aimables et d'histoires merveilleuses » (2).
Or, de même que la littérature anglaise se résume en Shakespeare, le représentant le plus typique de la poésie espagnole es1 Cervantes. ■ \\ant lui fleurissaient en Espagne le roman pastoral el chevaleresque, un drame qui peignait la vie quotidienne (3), des chants délicats, une romance d'une beauté noble el simple. La poésie des anciens temps de l'Espagne se retrouve avec ses accents musicaux et délicats dans Don Quichotte; les autres poêles ne sont guère qu'un entourage, qui le prépare, l'explique el le complète i ». Déjà Schlegel a donc entrevu combien Cervantes est un poète vraiment représentatif de l'Espagne, un poète national. Le pont de vue national qui dominera plus laid la conception romantique de Cervantes, s'annonce
Lee Briefe ;</» Bel ,','r Humànittei [796" que Schlegel étudia
rticle dam Deutschtand, III. 1796, 9. fa»c. reproduit dana Minor, Ju<j. a dana la poésie dea peuple* méridionaux dea élémenta germaniquea el arabe*.
■ li flore dit Minor, II, p.
I 1 -ii iv'; que Schlegel ajouta le paasage qui bmI eu relief CaMerôn. En 1800 (»». p. Schlegel « ,|.-r dana la Eapa-
rools, !■• 111.1111. • romantique •< qui ne f-«it qu'exprima exactement la \i<- telle qu'elle eat, a. m» la langue <i'- la Minor, II, p
déjà dans les théories, pourtant cosmopolites, du jeune Schlegel. Mais cette originalité espagnole se résout dans ia synthèse immense, qui concilie tous les arts. Il n'y a pas de poésies, il y a la Poésie, la Poésie éternelle et universelle qui unit toutes les âmes par des chaînes indissolubles. Et si Cervantes est si grand aux yeux de Fr. Schlegel, c'est qu'il a trouvé une expression nouvelle, grandiose et belle de la Poésie. Il a sa place historique dans le développement de l'humanité, mais son œuvre reste toujours actuelle et vivante (i).
Frédéric Schlegel ne se convertit donc point brusquement à la poésie espagnole, mais par degrés et par suite d'une évolution intérieure et logique de sa pensée. Cervantes accompagne et oriente, dans une certaine mesure, la crise romantique du critique, car il contribue à le détacher de l'art classique et lui donne le modèle indispensable d'une prose et d'une inspiration modernes.
Quelle fut la valeur profonde de cette grande individualité ? Schlegel n'a malheureusement jamais tenté l'analyse du génie de Cervantes : il se contente d'admirer la profondeur et la hauteur de sa raison d'artiste, la variété de son talent. Il signale (2), dans sa vie littéraire, deux époques bien tranchées auxquelles correspondent deux manières : l'une caractérisée par la « beauté à la fois noble et jolie » de la Galatée, l'autre dominée par « l'esprit fantas-
(1) Les jugements de Fr. Schegel manquent parfois, el surtout à Cette époque, de précision et de clarté, il finit recourir à des textes de dates un peu différentes pour découvrir le fond d'une pensée qui Be dérobe. On peut s'y résigner avec d'autant moins de scrupules que les convictions romantiques du critique sont dès maintenant, et pour quelques années, très fermes et ne varient que sur certains points de détail.
(a) Gesprœch Minor, II, 35o (1800).
tique et l'audacieuse invention » de Don Quichotte (i). Il a bien le sentiment que Cervantes est si grand et si riche qu'il fournirait la matière d'une biographie particulière :> . Mais il s'abstient. Car il ne sait à peu près rien de la vie de son auteur, et, comme il a cédé à Tieck la traduction du Don Quichotte, il lui cède encore l'étude critique et biographique dont il avait eu l'idée, et se contente de quelques coups de sonde dans les parties de l'œuvre cervantesque qui sont le plus immédiatement à sa port ée .
Schlegel fut particulièrement frappé par les qualités formelles de l'oeuvre espagnole. Dès 1799, il voyait déjà dans le style de Cervantes l'incomparable idéal du style moderne. « La prose de Cervantes, disait-il dans VAthenœum, esl l'unique prose moderne que l'on puisse opposer à celle de Tacite, Démosthène ou Platon; c'est justement parce qu'elle esl aussi parfaitement moderne que l'autre est antique; elle a dan- -<>n genre la même perfection et le même art n
La véritable poésie du Don Quichotte est toute entière
• le style. En aucune autre prose la pince dp* mots n'esl
d'une symétrie aussi parfaite; aucune autre ne sait à ce
point disposer les différents l<>u- du style par grandes mas-
mme, dans un tableau, les couleurs et la
lumière; aucune ne -ail garder, dans l'expression générale
des choses de la vie mondaine, tant de fraîcheur, de vie et
de pittoresque. Toujours noble el délicate, elle -ait tantôt
11 aux plu- fine- finesses leur dernière pointe; tantôt
fi) Ibid.
se perdre en d'enfantins et doux bavardages (i). « C'est par là que la langue espagnole est si admirablement propre au roman, qui doit exécuter des variations sur la musique de la vie » (2). Entendons-nous, conclut-il, c'est la prose espagnole de Cervantes, car il est unique en cela, et il ne faut pas le rapprocher de Lope de Vega ou de Quevedo. Le style de Lope est « rude et vulgaire », celui de Quevedo est « âpre et dur, par son exagération et ses affectations à peine supportables » (3). Cervantes est même, aux yeux de Schlegel, supérieur à Boccace qui seul peut lui être comparé : « Par la plasticité de sa prose, par l'abondante variété de ses changements de ton, où il prodigue toutes les notes et toutes les couleurs, par la grandeur du style, auquel il s'élève chaque fois qu'il lui plaît, il nous enchante plus que Boccace... Cervantes est, sans exagérer, le plus grand et, Boccace mis à part, l'unique artiste de la prose parmi les écrivains romantiques » (4). Ces qualités sont communes à tous les ouvrages du poète. Fr. Schlegel ne dit pas volontiers : l'auteur de Don Quichotte; il considère l'œuvre de l'écrivain dans son ensemble. Cervantes est indivisible. On ne saurait préférer certains de ses ouvrages, car tous sont beaux. « On pourrait croire, dit Schlegel dans l'article de VAthenœum, qu'il a, dans la première partie de son Don Quichotte, vidé, dans un moment de joyeuse prodigalité, toutes les fleurs de sa fraîche poésie, qui paraient de mille couleurs la corne d'abondance de son esprit, mais, après
(1) ibid.
(:>.) Ih. (die Muîik des Lebcns phantasicren).
(/i) Article sur Boccaccie, dans Minor, II, p. 4og.
cette oeuvre, il en a créé d'autres qui sont également dignes d'être remarquées et respectées » (i).
Ue idée qui, en 1799, s'exprime encore avec quelque timidité, allait renverser tous 1rs principes de la critique traditionnelle. Une œuvre de poète ne saurait, comme le réclamait le xvm" siècle, être passée au crible du goût moderne, qui en isolerait soigneusement les bonnes et les mauvaises parties. Cervantes doit, dit en somme Fr. Schlegel, être accepté tel qu'il est, avec toute la richesse et la complexité de son génie. Le travail qui a été fait pour Shakespeare doit être fait pour Cervantes. Tandis que Wieland
tenait aux beaux passages. Herder, et après lui les romantiques, acceptent Shakespeare tout entier, sans
ve. 11 ne faut pas davantage choisir dans Cervantes. Le chef-d'œuvre n'est pas un éclair d'inspiration, c'est une
de l'âme d'artiste, et il n'y a pas une œuvre de grand poète qui n'ait gardé quelque reflet du génie qui la créée.
Le» drames de Cervantes se distribuent, selon Schlegel, en deux cal dissemblables; c'est, d'une part, la
seule Numance, qui date de la première période. La Numance a été oubliée, mais c'est fort injustement, et c'est là encore une nouvelle preuve du manque de critique de la
Elle '•-! « digne du cothurne antique ■ elle est d'une beauté grandiose, à la fois grave et aimable.
autres drames, au contraire, datent de la dernière péi Iode de l'écrivain. Il a Irop sacrifié au goût du temps et ses pièces sont trop n 1 .
I es Sovelas ejemplares conquièrent tout de suite l'en-
' BOT, II. p
Hoccarcio, II. p.
Hnor, 11, p 3jo.
Ihid.
y» CERVANTES ET LE ROMANTISME ALLEMAND
Ihousiasme de Frédéric. « Les Novelas, dit-il à G. Schlegel, ont certainement autant de valeur que Don Quichotte , quoiqu'elles ne soient pas aussi célèbres » (i). « Elles ne le cèdent à aucune autre des œuvres de Cervantes, écrit-il dans ÏAtlwnœum » (2). « Elles sont divines, et qui ne les trouvera pas divines, aura fatalement mal compris le Don Quichotte » (3). En 1800, il fait le même rapprochement : les nouvelles comiques, dit-il, surtout sont composées dans le même esprit que Don Quichotte, dont elles sont contemporaines (4).
C'est, à un certain moment de sa vie, la Galatée qui l'intéresse surtout. Peut-être a-t-il subi le charme des idylles et des pastorales puériles et jolies qui ont paré la tin du xvnie siècle. En tout cas, Schlegel redevient jeune pendant cette période; il s'ouvre à l'amour, à la vie du cœur. La Cialatée exprime les aspirations nouvelles de son âme : Schlegel l'aima comme une maîtresse. « Le jeu de la vie humaine y est, dit-il dans VAthenœum, organisé avec un art discret, avec une symétrie subtile, elle a une trame d'une grande beauté artistique, une musique sans fin, un souffle tendre; c'est la guirlande de fleurs de l'innocence » (5). « C'est, répète-t-il dans le Gesprœch (6), une œuvre merveilleusement grande, une composition musicale d'un charme éternel, toute inspirée par la fantaisie et par l'amour. » Elle est charmante et profonde, << le plus délicat et le plus gracieux des romans »; par la beauté de l'es-
(1) (). Wal/.el, I (n° i)/i), p. 3i8, non datée (le a < > 1 esl du 3i oct. 97 ci le n° <jf>, du a8 noi .).
(■>) ithenœam. II, :>, p. 3a6. Minor II, 3i5. ÇA) îbid.
Ci) Gesprœch. Uhen, III, I, p. 80 (Minor, II. 35o).
('>) Minor 11, p. 3j5 (i7<)(|).
(6) Minor II, p. 35o (1800).
prit qui l'anime, elle est comparable à la Fiammetta de Bochlegel garde au roman pastoral un souvenir lidèle. Dan- son voyage à Paris (1802), il emporte danbagages la Galatée (2). De Paris encore, il cite la Galatée. Et dans le Romancero de i555, il découvre quelques romances qui rappellent la Galatée tant par les noms mêmes du roman, que par le ton sentimental et les antithèses du style 3). Schlegel y voit quelques-uns de ces « romances infinitos n que mentionne Cervantes dans son Voyage au Parnasse; la Galatée n'est peut-être qu'une deuxième forme d'un sujet déjà chanté par lui dans sa jeunesse } .
PersUes est, peut-être plus que Don Quichotte, le pur type du roman romantique. C'est le pendant, l'antithèse de la Galatée. Persiles est l'œuvre de la vieillesse, de la vieillesse d'un homme qui sut « jusqu'à l'agonie garder • tte amabilité et la délicatesse de son esprit qui se maniât dans la préface de ce roman l îe qui frappe Schlegt i. c'est l«- mystère du symbole, la complication parfois grandiose du poème. Ce qui, dans le Persiles, frappe Schlegel, c'est qu'il ne comprend pas. \u>-i sa critique f < Ile à la surface de l'œuvre. Le Persiles est un beau tableau romantique, le spectacle varié de la vie. (-'est un tan merveilleux, ingénieux et artiste, grave et sombre, tr<»p chargé peut être et trop lent et qui va des profondeurs obscures du Nord jusqu'au Sud ardent et Qnit dans un sou-
ituai Caroline (E. Schmidt. II. p. 381 (ai janvier 1805). n Dû htang 180 . 8. u . VIII.
I ' !'>• i" •• de la Lau inde. Ed. Reehun, 1
rire, à Rome, au centre magnifique du monde civilisé » (i). Cervantes s'inspira, dans ce roman, du roman d'Héliodore, tel qu'il le concevait : Schlegel compare aussi dans son Gesprœch le Persiles au Filopone de Boccace. Le Persiles est, comme le Filopone, « un essai d'élever le roman à ïa hauteur du poème héroïque » (2). Mais l'ouvrage espagnol « est d'une pensée plus vaste et d'un achèvement plus parfait ». C'est le fruit tardif, trop mûr peut-être, mais encore frais et parfumé, d'un esprit aimable dont le dernier souffle respirait encore la poésie et l'éternelle jeunesse (3). La mort empêcha Cervantes de réaliser son dernier rêve, qui était sans doute un vrai roman de chevalerie, dont il caressa le projet (4). C'est donc le Persiles qui reste la dernière manifestation du génie de Cervantes et de sa conception du roman (5).
Cependant, l'œuvre principale de Cervantes reste, aux
(1) Athenœum (Minor II, p. 3i5).
(2) Bnccaccio (Minor II, ^02).
(3) Athenœum (Minor II, p. 3i5).
(4) Gesprlech, Minor II, p. 3ôo. A Paris, Fred. Schlegel s'achète en i8o3 une très bonne édition du Persiles. Cf. O. Walzel, p. 5o5 fi5 janv. iSo.'i).
(5) Qu'y a-l-il d'exact dans cille caractéristique du Persiles? Le roman nom paraît aujourd'hui l'or! ennuyeux et nous avons quelque peine à comprendre l'enthousiasme des romantiques : seules quelques parties, surtout dans la deuxième moitié, où Cervantes se retrouvait sur le sol de sa patrie, ont gardé la fraîcheur et le relief de l'inspiration des Nouvelles. Il est difficile de voir dans le roman un symbole, si général Soit-il; Fred. Schlegel nul beaucoup du
sien dans cette interprétation, et il n'en est que plus frappant de constater comment l'imagination romantique pouvait déformer il agrandir les choses du monde littéraire comme les données de la réalité. Le merveilleux des aventures, l'invraisemblance de la géographie, la pauvreté de la peinture des caractères ne devaient point offusquer le goût des romantiques. F. Schlegel ne sut y roir qtft le charme «lu style, qui est souvent du meilleur Cervantes, le romantisme des idées, des descriptions et île la conception tout entière du roman. C'«>t encore là une des « réhabilitations » fameuses de Schlegel.
veux du critique, Don Quichotte. Sur le Don Quichotte, Schlegel n'a jamais dit sa pensée profonde. Ouelques-uie- - apprécatioii8 son! très rapides. « C'est, comme Sternbuld, et plus que Wilhelm Meister, un livre romantique » (i). Le personnage de Don Quichotte lui-même est <( distingué » (2).
Ailleurs, ce sont des jugements plus étendus. Don Quichotte a été jusqu'à maintenant méconnu, « ce n'est point une œuvre qui se lise aux heures de digestion; ce n'est point un livre pour faire rire... mais une poésie grave et même tragique » (3). Il est bizarre que Schlegel n'ait point apporté son essai d'interprétation : il se contente d'admirer « l'insondable raison, la très profonde profondeur » du profond Cervantes (!i).
Cependant, il reconnaît que le roman a un sens ésotérique. Don Quichotte témoigne d'une grande indécision. « La première idée du Wilhelm Meister, dit Schlegel dans le Gesprœch (5), fut simplement celle d'un roman d'artiste; mais l'œuvre devint beaucoup plus grande que le premier pi'»jet, et il s'y ajouta la thèse qui considère la vie comme un art... Une dualité non moins frappante se manifeste dans les deux œu\ rea d'art lea plus artistique- et les plus judicieusement conçues de l'art romantique tout entier, dans Hamlei et dans l><>n <jiii<-h>,tte: car ces deux œuvres aussi ont été composées -<>u- mit- double inspiration: à la première idée fondamentale s'est ajoutée une deuxième idée, qui esl entrée après coup dans l'œuvre déjà