L. TIECK
dans la poésie et je commencerai dans huit jours à étudier L'espagnol » (i). Plus tard, il confirma que c'est bien à Gœttingue qu'il avait commencé ses études espagnoles, en 1793 (2). Koepke donne des précisions. « Il fut initié à l'espagnol par Tychsen, qui faisait un cours sur cette littérature peu connue en Allemagne. A part Tieck et Burgsdoi lï qui avait été décidé par lui, il ne se trouva que quelques disciples curieux de cette culture » (3). Ces renseignements sont confirmés par Tieck lui-même dans une nouvelle très postérieure, Das Zaubersclrfoss. Nous savons quelle part d'autobiographie renferment les Nouvelles. Or, il conte avec assez de détails celte aventure : « J'étais à l'Université, et comme c'esl l'âge dr< caprices, il me prit tout à coup l'idée d'apprendre aussi l'espagnol. Le cas était alors rare, et même il n'était pas commode de découvrir un prour. 1 11 excellent vieillard, qui possédait presque t<»ules les langues, s'offrit enfin, à la condition que je trouverais (\i-> camarades partageant mon désir, et (pie nous accepterions de prendre notre leçon en commun » J). Ou trouva un théologien, un jeune gentilhomme, un juriste et nu se mit à expliquer les Nouvelles de Cervantes. Mais il manquai! des exemplaires, << Le professeur savail si bien affaire qu'il n avail pas besoin de livres. » Tontes l.s indications de Tieck <•! de Kcepke concordent exactement. Le professeur fut-il véritablement Tychsen ? M. \. l'ai inelli n'ose se prononcer (5 . En tout cas, en 1 793,
Wackenrodert Brie/e, op. cil., p. ifi-i. Vorbericht, Schriften, I, p. ami (écrit en lî (3) Erinnenmgei . -t. . I. p. 1..1. Kœpke <■-( !.. nuit* de toutet lei déclade critiqu .1-, qui o'onl généralement p«i oontrAlé iea .lin-,
tUen, t. II, p. r©3 -\.
hrifi fur vgl. Utgcsch, \. / .. 1896, p.
« cet excellent vieillard » avait trente-cinq ans. Le récit du Zauberschloss a certainement été arrangé. Mais il semble exact sur un point intéressant : c'est que Tieck a appris l'espagnol dans les Nouvelles de Cervantes. Ce détail est confirmé par une autre nouvelle de Tieck, les Wunderlichkeiten : « Le maître s'étonne de ma petite bibliothèque. Il croit qu'il faut commencer par les Nouvelles exemplaires de Cervantes » (i). Cependant, si nous en croyons Kœpke encore, Tieck s'était surtout proposé comme but de pouvoir comprendre Don Quichotte dans le texte. « Aussitôt que ses forces le lui permirent, il se mit à le lire, et pendant longtemps, ce fut son compagnon quotidien » (2).
Son ami Wackenroder semble à son tour orienter ses curiosités vers le héros de la Manche. Il le cite deux fois dans ce seul mois de janvier (3). Tout ramène Tieck au roman espagnol.
Dès cette même année, il trouve l'occasion d'exprimer sa pensée sur Don Quichotte. C'est à propos du merveilleux dans Shakespeare (4) : « Don Quichotte n'est, dit-il, jamais guéri de sa croyance aux histoires chevaleresques les plus aventureuses, parce que son imagination crée incessamment les personnes et les exploits qu'il cherche. Ce qu'il croit répond donc à ce qu'il a lu... Cervantes aurait pu donner à son roman, excellent du reste, un dénouement plus satisfaisant en mettant sur le chemin du héros un seul événement que son active imagination n'eût pu transformer. Ainsi arraché pour un court moment à son illusion, il aurait
(1) Gesammelte Novellen, i83o.. Breslau, I. X, p. ioa. (3) Kœpke, op. cit., I, p. 1S1.
(3) Wackenroder* BHefe. I. c, pp. 177. 186,
(4) Krit. Schrifteit, I, 49 *(\. (Shakespeare» Behandlang des Wunderbaren, 1793).