AVANT-PROPOS
l'idée même qu'il fallait se faire du poète, c'est l'esprit et le point de vue : ils voulurent créer, à la place de la critique froide des défauts, une critique vivifiée par l'amour et l'enthousiasme, une critique créatrice de beauté, et capable d'inspirer à son tour l'artiste et l'homme moderne. Cervantes sortit, grâce à eux, du domaine étroit de la satire littéraire pour apparaître comme un génie et un apôtre, le poète de sa nation et de sa race, un philosophe doublé d'un artiste. Chacun de leurs groupes apporta à Cervantes le tribut de son admiration; au nom de l'idéal littéraire et de l'idéalisme nouveau, grâce à l'essor social et patriotique de l'Allemagne, grâce à des contacts plus intimes et plus vivants avec l'Espagne et au sentiment de parentés lointaines mais profondes, s'élabore la figure du Cervantes romantique dont la fortune devait varier avec la fortune du romantisme lui-même.
Quelle est cette conception ? De quels éléments est-elle •t comment s'est-elle exprimée ? Quel est dans histoire le rôle des grands mouvements de pensée et la part ih-> individus ? Quelle est l'influence qu'elle peut avoir exercée sur les esprits et sur le- œuvres ? Autant de questions qui importent à l'histoire de Cervantes non moins qu'à celle du romantisme.
L'intérêt de l'étude dr<. rapports de l'Allemagne et de Cervantes a été signalé bien souvent. « Ce serait, disait M. A. Farinelli dès 1889, un travail fécond, que je recommanderais h un jeune romaniste ou germaniste... ■■ 1 M. Morel-Fatio déclarait h propos du troisième centenaire : ■ Il > aurait un chapitre et presque un livre .'i écrire -m les
(1) Zril. fiir vrrrjleirfirmie LUtroiargeSCkichte, N 1 î. Cf. ,nj~i
ton litre : II r>,rnanlicismo in Germania, Totino, Ifio, p. 196.
traducteurs du Don Quichotte et leur méthode... » (i). M. C. Pitollet est plus pressant encore : « Qui écrira sur <( la genèse du romantisme allemand... l'ouvrage d'ensemble qui manque encore et où serait documentairement établie l'influence qu'a exercée la littérature espagnole sur la mentalité de ses représentants les plus typiques ? (2) ».
A la vérité, l'influence de Cervantes en Allemagne n'a point laissé les critiques indifférents. Ebert rendait déjà dans la Deutsche Vierteljahrschrift un hommage plein de réserves à la critique hispanisante des romantiques (3). Haym notait, en passant, quelques suggestions relatives à cette action (4). Dorer a publié deux volumes de bibliographie : Die Cervantes-Litteratur in Deutschland avec les Nachtrœge und Berichligungen zur Cervantes-Litteratur, Zurich, 1877 (4g p.) et : Cervantes und seine Werke nach deuschen Urtheilen Mit Anh. Die Cerv. Bibliographie, Lpz. 1881 (vi, 126 p.).
C'est de Dorer que s'inspire pour la partie allemande la grande bibliographie cervantesque de Leopoldo Rius : Bibliograjia crilica de las obras de Miguel de Cervantes Saavedra (1895-1905). Rius dépasse Dorer, mais réédite nombre de ses erreurs et sa méthode caduque (5).
(1) Archiv fur dos Studium der neueren Sprache und Literatur. Braunschweig, 1906. Cerwtntes ei le Troisième centenaire de Don Quichotte, p, 358.
(2) La querelle caldéronienne de J. N. Bœlil von Faber et J. J. de Mora. Paris; I". Alcan , [qoq, p. 80 n. 1.
(.S) a* fax . Stuttg, Cotta, p. 87 sq. (1857).
Ci) Oie romantische Schule, Berl. 1870, p. /172.
<ï>) Rius. Madrid, chez Murillo, l. 1, i8g5, contient les titres d'éditions ou traductions allemandes; t. Il, 1899, les imitations allemandes et t. III, 1905
(posth'ume), les juge ots allemands. Rius a utilisé, en outre, des mites
manuscrites de Dorer (Cf. t. II, p. 370), le Bûcherlexikon de Heinsius et la