‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 20 sur 77 · L. TIECK · texte numérisé non relu

L. TIECK

ta Tempête (1796), le critique a, dans un article de VAllgemeihe Literaturzeitung (i), félicité l'auteur de Bon exactitude, blâmé les infidélités, en somme reconnu le talent de Tieck, et présagé qu'il saura, quand ses idées seront mûries, bien mériter de Shakespeare. G. Schlegel rend, d'autre part, dans la même gazette, hommage aux dons poétiques du jeune écrivain; sans méconnaître ses défauts, il lui concède le sens du style, et particulièrement le style narratif; il note ses qualités d'ironie, la légèreté et la naïveté de ses fantaisies, l'esprit nuancé et délicat de ses Volksmœrchen; il prédit à l'auteur un brillant avenir.

Enfin, Frédéric Schlegel, rencontrant Tieck à Berlin (2), devine sa valeur et recherche son amitié. Les conversations des romantiques achèvent d'éclairer le jeune poète sur l'état actuel de sa pensée.

Ce n'étaient pas deux écoles littéraires qui se heurtaient autour de lui, mais deux esprits, deux faces hostiles de l'âme allemande. La lutte entre le bon sens réaliste et vulgaire et la poésie, le rêve et l'idéal se renouvelle dans l'âme tourmentée de Tieck. Don Quichotte et Sancho se trouvent lace à face en sa pensée, et l'actualité des symboles cervantesques donne au roman de Don Quichotte un intérêt plus aigu et plus immédiat.

Aussi Tieck était-il amené, après le refus poli du début, à accepter avec enthousiasme La traduction que lui propolaienl les Schlegel e| 1 riger, et qui lui lui tant disputée.

N '33-383 Voir |,- SœmtUeht Werke, XI, p. 16 ou lei Krtt. 'ifit .le A. G. von S< hlegel, Berlin, Reimer i8a8, 1. I. p. Su Cf. Haym, «/,. cit., p. •■,.; -,,. \-, première mention <\r Tiecfc dam la

de <• Schlegel e»t du ■-»; .w.i ,-,,-. Ttacl < t.it tlon :. Hambourg II

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« Il avait jusqu'alors, dit Kœpke, lu Cervantes de préférence à tout autre et, poussé par ses propres tendances humoristiques, cherché à s'acclimater dans son œuvre; il souhaita d'introduire ce chef-d'œuvre sous sa vraie forme dans la littérature nationale » (i). Il accepte, pour y puiser plus de force et de décision, la collaboration de Guillaume Schlegel. Tous deux conçoivent le plan de vastes traductions d'ensemble qui vont définitivement naturaliser Cervantes en Allemagne. Ces projets, traversés par les traductions de Soltau, échouent. Sur l'avis de Guillaume Schlegel, Tieck renonce à donner suite à ses intentions. Il lit cependant la Calatée (1798) (2), ainsi que les autres œuvres moins populaires; en 1799, Tieck connaît l'œuvre de Cervantes tout entière.

Pendant que la traduction de Don Quichotte s'élabore, Tieck médite une grande étude sur Cervantes. L'idée première semble émaner de Frédéric Schlegel. Il écrit, en effet, le 20 avril 1798, à son frère : « Si tu le juges opportun, je vais lui proposer, pour le cas possible où il voudrait écrire quelque chose sur Don Quichotte et Cervantes, de nous le donner » (3). F. Schlegel propose donc, Tieck accepte et promet, promet avec persévérance. « Tieck ne cesse pas, écrit encore Frédéric, de promettre l'article relatif à Cervantes » (4). Mais notre poète, surchargé de besogne, ne se hâte pas de se mettre à la tâche. Frédéric Schlegel, à court de copie, insiste au nom de YAthenœum : « Si vous pouviez en avoir fini plus tôt avec votre article sur

(1) Kœpke. L. Tieck, I, 2/10.

(a) Walzel, Breifwechsel, etc. N° 187, p. /122. Le n° i36 est du « C'était au début, dit F. Schlegel, Tieck n'avait pas lu la GalitUt ». (3) Ibid. N" 109, p. 387.

(/») Ib. N° 11a, p. 395.

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