L. TLECK
Cervantes !... Je vous fixe comme dernier délai la fin d'août » ii'). A ces prières de plus en plus impératives, Tieck se déclare prêt, mais ne donne rien. Schiller aussi, que Tieck alla voir, lui conseille la littérature espagnole, qui semble convenir assez à son propre goût pour le fantastique et le romantique (2). Le Poetisches Journal promet des études sur les époques brillantes de la littérature espagnole et italienne. Pourquoi Tieck n'écrivit-il rien ? Est-ce indolence naturelle ? Le temps aussi lui faisait défaut, mais c'est surtout l'absence des livres nécessaires qui entrava ses bonnes résolutions. Les études espagnoles lui coûtèrent beaucoup de peine et d'efforts, car il avait ! if peu de textes à sa disposition (3). Pas d'éditions originales ou seulement convenables, pas de dictionnaires, pas d'ouvrages de fond qui l'eussent éclairé sur la littérature espagnole; tout manquait à sa vacillante volonté.
Où trouver dans ces conditions les éléments qui auraient jeté sur l'œuvre et la vie de Cervantes des clartés oouvel- Lcs idées générales qu'il eût pu avoir sont devenues le bien commun ih-> romantiques : Guillaume et Frédéric ni développées devant le grand publie. Sous le prétexte même d'encourager l'enquête <!«■ Tieck, Frédéric a déjà révélé, dans l' ithenœum, le point de vue romantique,
d'où l'étude de Cer\anl«-< pouvait être leilouvelée. Du
reste, Tieck n'est point encore dans la période de production critique. Les Lettres sur Shakespeare restenl inache- II remonte trop liant ei jusqu'aux premiers principes, - oublie, oublie bim souvent son auteur. Les princi-
(1) Holtei, I. 3i3, -•: juillet >-
(•>) Ed. Jonat. V. p. <»). Cf. Eœpke, F. p. ■>>.
(3) Tifcks Nacl Igliche Bibllothek de Berlin, n 1. Lettre .lu
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pes souverains lui manquaient encore bien trop pour qu'il pût en inférer des conséquences fécondes et découvrir des points de vue dominateurs. D'autre part, les études de détail ne l'attiraient pas. « A propos des poètes, on n'a d'autre choix que d'être poète, c'est-à-dire de les comprendre dans leur totalité » (i). Et parce qu'il ne voulait pas faire sur Don Quichotte une étude pédante, fragmentaire et pusillanime, il aima mieux s'abstenir. Dès lors, sa pensée sur le poète ne s'exprime que par échappées, au hasard des réminiscences, sans suite et sans méthode, et très sommairement.
Ses premières appréciations relatives à Don Quichotte virent le jour au plus fort de la querelle des traductions. Le premier volume de Tieck avait à peine paru qu'une autre traduction était annoncée publiquement; et tandis que les romantiques d'Iéna prenaient parti pour Tieck, les hommes de 1' « Aufklœrung », ne cachaient pas leurs sympathies pour Soltau et pour le Cervantes de Soltau. Tieck ne pouvait laisser son poète entre les mains d'adversaires qu'il détestait. Il ne leur pardonnait point leur inintelligence et leur haine du vrai Cervantes; c'est dans le Zerbino (1796-98, paru en 1799) que s'exprima pour la première fois sa conception romantique du poète espagnol (2). Le Zerbino reprend les reproches qu'adressait au poète une école de pédants, et les met dans la bouche de Nestor lui-même, le symbole de 1' « Aufklœrung », Tieck les dégage ainsi des formules enveloppées où les cachait volontiers la timidité d'une critique sans principes et sans goût, et sous cette forme claire et brutale n'a point de peine à les réfuter.
(t) Bric/e iiber Shakespeare, 1800, I, 189 sq. (3) Zerbino, Schrijlen, t. X, p. 378 sq.