L. TTECK
l'idée de la perfection et de l'unité d'un poème est la même à toutes les époques; elle est, dès l'origine, tout entière dans l'âme de l'artiste; et la grandeur de Cervantes, comme celle de Shakespeare, vient de ce que la particularité de l'art est « d'être la suprême perfection jointe à la naïveté de l'enfance » (i N- > devons comprendre, directement et sans aucune préoccupation historique, toute poé-
Tieck n'a pas étudié méthodiquement toutes les œuvres de Cervantes ou tout au moins il n'a fait connaître son opinion que sur la Galatée et le Don Quichotte. Zerbii préoccupe déjà de Galatée : « Et, demande Cervantes à Nestor, de la tendre Galatée personne ne se soucie ? » — A Dieu ne plaise, ce sont, dit Nestor, des péchés de jeunesse, on te les pardonne» (2). Le sonnet sur Galatée exprime poétiquement une admiration un peu vague, mais qui est bien dans lf style de Tieck, dans le style des admirations du Sternbald.
GALATBA
w te blauer Himmel gland auf Thaïes Grûne ! Bin bélier Strorn fleua/f lieMidi auf und nieder, V 11 Berg und Wald rerdeckt, erocheinl er arieder, I ml ipiegdl kl.ir der I andachaft bunle Bûhne.
Wet i-i die Blonde dorl mil aitt'ger Mieni Wie t iri.ii tuai <li<- Leid-und Liebeslieder ! Mil ilirrii Herden aahu « t î •- HirtenbrOder, I ml Jeder leigt, trie et der bolden diene.
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immlisches, doch kindlichem Verwandtea I
1) Krit. Silu., |. |
Fremd wœren uns die feinsten Blumendiifte, Wenn Galatea nicht sie uns beschriebe, Die gœttliche des gœttlichsten Cervantes (i).
En i8o3 (2), Tieck est préoccupé du rapport de la poésie et de la vie, et note soigneusement le point de vue cervantesque. Cervantes, douloureusement frappé de voir la poésie des Amadis et successeurs s'éloigner de la réalité, trouva par amour pour la poésie et le mystère la raillerie la plus hardie, qui réconcilie la poésie et la vie, même dans la conscience de leur disharmonie. Don Quichotte reflète un esprit insondable pour lequel la parodie garde d'un bout à l'autre le caractère de la plus pure poésie, <"t l'on ne saurait davantage décider avec certitude si la poésie de cette œuvre ne doit pas plutôt êlrc considérée comme une parodie. Car il règne un esprit s: lumineux à travers toute l'œuvre qu'on ne peut jamais dire avec sûreté si l'on voit bien ou si l'on n'est qu'éblpui. Il semble cependant que Cervantes ait voulu ramener la poésie vers la réalité, tout en lui laissant sa grandeur, sa grâce et sa délicatesse (3).
Quoi qu'il en soit, son œuvre est énigmatique. En face de Cervantes, nous sommes pris d'une inquiétude, car nous devinons un mystère que la jeune gaîté du poète
(1) Paru dans les Gedichle de A. G. Schlegel. Tûbingen, Cotta 1800, p. 19a, ci (I,m~ le- éditions ultérieures des poèmes de G. Schlegel. Le sonnet est cependant de Tieck. G. Schlegel, nous conte en effet R. Kœpke (I, p. allait publier ses poèmes quand il s'avisa d'y vouloir joindre quelque chose de son ami; Tieck lui envoya ce sonnet sur Galatée, qui parut, sans autre imlication, avec ceux de Schlegel (Cf. Gœdeke, I. M, p. 3g, tt" ~'t).
(•'.) Die alldeutschen Minnelieder, i8o3. A paru dans les Krit. Schr.. I, p. iiô sq.; repris dans l'édition de G. Witkowski (M. liesse s. a. Leipi.), t. IV, p. 3 sq.
(8) Witkowski, IV, p. i7. Krit. Schr., I, 207.