‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 25 sur 77 · L. TIECK · texte numérisé non relu

L. TIECK

seul résultat vraiment positif qu'ait pu produire chez Tieck le premier contact avec Cervantes est le développement du sens réaliste et de l'amour des petites gens (i).

- SchUdburger, de même, ne contiennent point de réminiscences précises; mais la tendance satirique, polémique et moralisatrice du conte est, dans une certaine mesure, conforme à l'inspiration cervantesque. Ulrich le Sentimental a les enthousiasmes et les illusions d'un Don Quichotte; c'est, comme le roman de Cervantes ou ses imitations allemandes, la caricature d'un travers à la mode, une satire littéraire. Les Bambocciaden (i 797-1800) de Bernhardi contiennent toute une part de collaboration de Tieck. Die Ha-lile, que Bernhardi déclare n'être pas de lui, rappelle la caverne de Montesinos, où une demoisell gardée prisonnière par un jaloux magicien. Dès 1798, l'influence de Cervantes s'imprime de plus en [dus profondément.

C'est ainsi que Zerbino (1796-98) devient, comme Don Quichotte, fou pour avoir trop lu (2 . mais l'on d'une folie partielle qui ne l'empêche pas de raisonner ave< Comme !><>n Quichotte court les aventures, Zerbino part ;'i la conquête du bon goût, en compagnie de Nestor; comme Télémaque, il traverse des inonde- merveilleux, mais il rentre les mains \ i<l

apparaît lui-même, ;'i côté de Gœthe, Shal peare cl Dante, parmi les « quatre saints, les maîtres <le l'art nouveau que les Nestors de l'Aufklœrung ne

Il est mm i|ii<' l.i doçvi longtemps en manuscrit, fut modifié*

profondément en 181g, el m- parut qu'en

comprennent pas, que les habitants de la terre n'ont jamais compris (i).

Die verkehrte Welt (1798) (2) s'inspire directement du Voyage au Parnasse. Skaramuz a pris la place d'Apollon et exploite le Parnasse en homme pratique, il se préoccupe ayant tout des profits matériels de l'art, remplace Pégase par un âne; c'est un Sancho véritable, mais un Sancho allemand, sur le trône d'Apollon. 11 y a, comme chez Gœthe et chez Cervantes, un envahissement du Parnasse par les faux poètes et le goût misérable des écrivains à la mode. Comme dans le Viaje, nous assistons à une bataille marine; comme dans le Viaje, c'est un dieu (Mercure chez Cervantes, Apollon chez Ticck) qui mène les poètes à la victoire. L'auteur a dans les deux ouvrages sa part dans l'action; la satire de Tieck est personnelle et parfois très précise, moins, il est vrai, que celle du poème espagnol. Enfin, nous trouvons les Phillis et les Myrtill, tous les héros du roman pastoral de Cervantes, avec leurs aventures, leurs amours et leur langage, tout cela voilé d'ironie, comme toute la pièce.

L'inspiration de toutes ces œuvres est essentiellement satirique; on y perçoit un écho de l'Aufklœrung. Mais Tieck dépassa bientôt définitivement ce point de vue, et dégagea surtout les éléments romantiques de Cervantes. Le Sternbald, qu'il écrivit, en partie, juste à l'époque où

(1) Ibid., p. 282. Le Zerbino des premières éditions (même dans l'édition de Vienne, I. XVIII, 1819, p. 23f>) contient une allusion très précise au roman de Cervantes. L'un des héros s'appelle en effet Gines, « descendant de ce (unes que Cervantes a rendu pour ainsi dire immortel dans son roman pour ainsi dire excellent de Don Quichotte ». C'est une allusion assez précise à Géntl et à les embarras d'argent; tout le passage a disparu de l'édition de 1828.

(a) Schriften, t. VI, p. a8j sq. (1798). Aussi dans le l'hanlasus de 1812-16, t. II, pp. 352-383.

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