‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 26 sur 77 · L. TIECK · texte numérisé non relu

L. TIECK

il traduisait le Don Quichotte et lisait les autres ouvrages du poète, lui donna l'occasion d'exprimer directement ses rêves romantiques et d'affirmer sa nouvelle foi.

Friesen déjà a signalé l'indiscutable parenté entre Sternbald et Don Quichotte, et vu dans I.udoviko une réplique du Saavedra de Cervantes (i). Il est bien certain que le romantisme de Tieck ne s'inspira pas, dans son roman, seulement de Wilhelm Meister (2) et de Werther, mais aussi de tout le romanesque aventureux qu'il découvrait à cette époque dans les œuvres de Cervantes 3 . Le début du Sternbald semble remonter aux années où le poète s'était à peu près désintéressé du Don Quichotte; mais c'est précisément pendant la période d'élaboration du Sternbald que Tieck revint au roman de Cervantes, et découvrit les œuvres secondaires du poète. Les Nouvelles, la Galatée et le Persiles remplirent son imagination de ligures curieuses, d'intrigues pittoresques, de visions merveilleuses, qui >•' mêlèrent aux héros du roman déjà commencé.

Le premier livre ne contient pas d'éléments Cervantes -

ques; mai- Franz Sternbald quitte Lucas et Durer, et dès

-ai pèlerinage ressemble aux voyages des héros espa-

gnols, Timbrio <■! Silerio, Don Intonio ou Periandre;

comme Periandre-Persiles parcourt le monde à la recher-

•l Preih. ron Friesen. Ludwig Tieck, etc., p. i& tq. (cité aussi dana ""'•"* "'"' teûu Werke, P. • cf. zcil. fur ,-.,{. Litgeseh.

fl. Roettaken).

1 ««^«««w» .lu Wilheb -i étodiée dana un programme de la

Undewberrealiehale de Graj (1893) : Veber Tuckt SUmtxld ,„„i sein htttlnis tu Gœlhet Wilhelm bfevsfer, pai il Prodnigg.

1 'nfluei !.• Werther -t d« Cervantes .-1 1 nouveau analysée attentira-

"""' "' **fo$ée \ lurod : l ,„• HMipce ,/„ „ ftambaid ■ ,/.- Tieck,

'■'""""*"'"• "»'■''• "• " '.- p. ■ 1. Mais la rapproche nia

iii.m-iu.nl souvent de précision et parfois d'exactitude.

che de son également errante bien-aimée, Sternbald poursuit dans ses pérégrinations l'image fugitive d'une chère vision; comme Persiles encore, il est l'objet de tentations charmantes, auxquelles il résiste beaucoup moins chastement, mais qui n'arrêtent pas sa course nostalgique; son âme est toute à la jeune fille dont il n'a que le portrait, et qu'il ne doit rencontrer qu'après de longues épreuves; Sternbald la devra ravir à un rival, comme Persiles à Arnaldo; Sternbald, comme Persiles, ne conquiert enfin sa mystérieuse amante que dans la campagne romaine, au terme même de son pèlerinage. De même qu'Auristcle est aimée du frère de Persiles, de même Marie est aimée de Ludoviko, qui se trouve être le frère de Sternbald. Ludoviko a, plus que tous, les allures d'un héros cervantesque (i). Son ardente amitié avec Rodcrigo est renouvelée de l'amitié de Silerio et de Timbrio dans la Galatée ou de celle de Lotario et d'Anselmo du Curieux impertinent. Son histoire est à peu près exactement celle du Captif et de l' Amant généreux, moins les intrigues féminines. 11 part avec son ami pour l'Afrique, mais son navire est arrêté et saisi par des corsaires; Ludoviko et Roder i go sont emmenés comme esclaves et travaillent dans des jardins voisins; Ludoviko, loin de perdre courage, prépare une fuite commune; ils s'emparent d'un bateau, subissent une épouvantable tempête et débarquent sur la côte italienne. C'est l'éternel conte de Cervantes, la tragique aventure de sa propre existence, queTieck se plaît à évoquer encore autour de ses personnages romanesques. Les tableaux, que l'on montre en foire dans le Sternbald et qui représentent la captivité et les travaux d'un artisan et ses souffrances

(i) Schriften, t. XVI, p. 3io *q.

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