L. T1ECK
gale longueur, strophes de huit vers débutant systématiquement par le dernier vers de la strophe précédente autant de ressemblances caractéristiques qui n'excluent pas du reste une certaine indépendance : car Tieck admet aux vers 2 et 3 les rimes masculines, maintient le rythme iambique, et modifie la longueur des vers, qu'il dispose Comme suit : 10 + 4 + 4 + 8 + 4 + 4 + 4+ 10; sea personnages célèbrent de plus, non une nouvelle Preciosa, mais le printemps et l'amour. Nous constatons ainsi comment notre romantique essaie d'enrichir la prosodie nationale par des formes nouvelles, empruntées aux poésies méridionales, mais remaniées et adaptées aux rythmes traditionnels de la métrique allemande.
11 y a donc dans le Sternbald des réminiscences et des imitations eervantesques : ce sont tantôt des aventures inspirées des Nouvelles ou de Persiles, tantôt des emprunta non dissimulés de formes poétiques. Mais l'influence de Cervantes D'atteint guère que la matière extérieure et la forme apparente du roman. Au fond, l'esprit est tout moderne : c'est le monde romantique pu l'art cherche h communier avec la vie, où l'homme poursuit le rêve de son amour à travers les mille aventures de l'existence, où chantent la joie de vivre et les mélancolies mystérieuses, où s'épanouissent les visions esthétiques du poêle el sentiments propres el toutes Bes idées et toutes ses rancunes et ses enthousiasmes. Que si le Franz Sternbald réconcilie harmonieusement la réalité avec l'idéal à la façon du Wilhelm Meister (ï), il est aisé de trouver lea raisons immédiates de ce réalisme nouveau dan- l'évolution même du tempérament du poète ou dans l'évolution générale du
nbêld, etc., d« II. Prodoifg., p. «.
romantisme, et il ne semble pas qu'il faille ici encore chercher une trace identifiable de l'influence cervantesque.
Les autres œuvres de la même période naîtront sous d'autres étoiles; Tieck rencontre Calderôn et se laisse pour longtemps conquérir par son art romantique. Cervantes passe dès lors au second plan. VOctavianus est plein de réminiscences, mais on n'y trouve rien de particulièrement cervantesque; la glose du finale rappelle plutôt la technique caldéronienne (i). Les poèmes de cette époque sont aussi d'un rythme plus indépendant. Cependant Tieck voulut, comme ses amis les Schlegel, produire la glose de sa propre strophe : Liebe denkt in sùszen Tœnen, etc (2). Malgré quelques variantes dans la disposition des rimes cddcdeaffa, la glose de Tieck a les mêmes caractères, le même mètre, la même organisation strophique, la même nature des rimes que les gloses des Schlegel et de Cervantes. Ce serait en tout cas, pour cette période de l'activité littéraire du jeune Tieck, une des dernières manifestations de l'influence de Cervantes.
Tieck fut un précoce lecteur du Don Quichotte; l'impression de son enfance fut durable et profonde. Mais les influences diverses et hétérogènes qui dominèrent ses premiers ouvrages le maintenaient dans les voies de l'Aufklaerung. La guerre qui surgit à propos de sa traduction l'écarta de ses anciens protecteurs et le jeta dans les bras de ses nouveaux amis. Tieck resta jeune longtemps; long- Ci) Le poème des rimes en écho (Schriften, t. I, p. ia4) peut avoir été inspiré par les vers de la llustrc. Fregnna, mais il peut lotit aussi bien avoir d'autre* modèles, espagnols, français ou même allemands.
(2) Gedichte von L. Tieck, Dresden, Bilscher iBai, t. 11, p. '.va. Voir, sur h'* caractéristiques des gloses de Fréd. et G. Schlegel et de Cervantes, plus haut, et Hûgli, op. cit., p. 78 sq.