CHAPITRE V
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Les nouvelles conceptions des romantiques relativ- Cervantes étaient dea applications plus ou moins conscienloctrincs philosophiques de l'école. Mais Cervanne devail être admis définitivement dans le culte romantique que s'il recevait la suprême consécration des mains d'un philosophe, s'il apparaissait lui-même comme un poète philosophe.
helling, qu'on a appelé le Platon moderne, a beaucoup plu- du poète que du métaphysicien. La philosophie • •-t pour lui lit conciliation suprême de la science, (!<■ la religion el <lr l'art. Kl c'est l'art qui constitue la lin suprême <!<• la recherche transcendentale.
Personnellement, Schelling était lié aux grands artisn époque, < i* it li«- et Schiller et les romantiq Dans le domaine <!<• l'esthétique, il dut beaucoup aux Schlegel. En septembre 1802, il demandait, en vue d<
-m la philosophie d<- l'art pour lequel il manquait de matériaux, le manuscrit des conférences que <i. Schlegel venait de faire .'1 Berlin 1 Frédéric Schlegel -• félicitait
des nouveaux goûts littéraires de Schelling : « C'est, dit-il, pour lui le meilleur et le vrai chemin pour se dégager de sa rudesse » (i).
De fait, Schelling connaissait peu les œuvres modernes. Il avoue n'avoir pas lu les Lusiades. De Caldcrôn, il n'a guère lu que la Dévotion à la Croix dans la traduction allemande (2). Il est, dans le domaine de la critique, le disciple de G. Schlegcl. Mais l'intention de Schelling est de dépasser Schlegel. Tandis que les romantiques, grisés de passion polémique, accentuent leur opposition aux principes classiques, Schelling tache à concilier l'art antique et l'art moderne, en cherchant « l'idée centrale », qui manque aux travaux de ses amis (3).
Les principes esthétiques de Schelling sont développés dans sa Philosophie der Kunst (4), qui se compose de conférences faites à Iéna pendant l'hiver de 1802 à i8o3 et à Wùrzburg en i8o4-i8o5 et qui ne fut publiée qu'après sa mort. Certains paragraphes sont de date antérieure, mais dans l'ensemble l'esthétique de Schelling s'inspire étroitement des théories littéraires des Schlegel exprimées dans YAthenœum, dans les conférences ou les entretiens familiers, et se rattache à la doctrine de l'identité déjà organisée en système (5).
(1) O. Walzcl, op. cit., noùt 1799, N° i'i3.
(•>.) Sœmmtl. Werhe, iti vol. Stutt. Augsb. 1806-61. V, p. 7:>i> sq.
(S) Aus Schelllngs Le.ben, I, p. 427-8.
(4) Philosophie deir Kunst. Ans dem handschriftlichen Vachlass, erstmais vorgetragen tu Jena im II inirr istr? bis 1803, wiederholt :u W&rzburg 180U 11111I t805, paru dans le» S. U., 1. \.
(5) System des transcendentaUn Idealismus (1800); Darstellung meines Systems der Philosophie (1801); Bruno oder iiber die gœttlichen and natiirlichen Printiplen der Dinge (1802).
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L' « idée centrale » de son esthétique est la même que relit qui l'a mis. croit-il, sur la voie des lois cachées delà nature, c'esl l'idée et la méthode de « son idéalisme transcendental ». Schelling accepte sans doute qu'on puisse sidérer les œuvres d'art comme des modèles parfaits et définitifs, dont le philosophe extrait les lois universelles; c'esl donc par une étude directe des œuvres d'art que le philosophe peut arriver à la connaissance des lois de l'art i;. Mais ces lois doivent découler par ailleurs du principe des choses. Or, le principe des choses est l'identité absolue entre le domaine de la nature et celui de la liberté. L'identité 8'est rompue, et c'est dès lors la lutte implacable des deux mondes. Cette lutte prend corps et, par là. - il ii;ni> l'œuvre d'art. « L'œuvre d'art
exprime l'identité de l'activité consciente et de l'activité inconsciente » (2). Elle ne le peut que grâce à la mytholo- Elle exprime l'idée absolue, subjective et libre bous <!'■- formes individuelles, objectives et né* Les idées absol sont manifestées, individuali
d'abord, aux yeux des homn la forme des Dieux,
c'est-à-dire de la Beauté: non- pouvons, grâce à la puissance du génie créateur, retrouver ce que l'instinct poé- - anciens avait spontanément imaginé. La mythologie ancienne a disparu; la religion catholique a créé une mythologie nouvelle, mais imparfaite; le monde moderne n'a pas de mythologie universelle, mais des mythologies
H .. t. III
iber <H>- Poésie. CharakierUtiken and Kritiken, Mioor II,
partielles (i). Ces mythologies se manifestent dans le roman.
Schclling distingue trois genres principaux dans la poésie : la lyrique, l'épopée, le drame. Le roman idéal tient à la fois de l'épopée et du drame; l'épopée représente l'action dans l'identité parfaite de la liberté et de la détermination; elle est à la fois universelle par le sujet, mais individuelle par la forme. Mais on peut concevoir un autre genre dans lequel le sujet serait partiel ou limité et la forme aurait une valeur universelle et pour ainsi dire indifférente. Ce genre est le roman, qui dérive directement du poème chevaleresque (2). Il nous invite, comme l'épopée selon Gœthe et selon Schclling (3), à une contemplation paisible et sereine, et admet, comme l'épopée, l'intervention du hasard. Pourtant le roman a aussi quelque chose du drame : comme le drame il oppose la liberté individuelle et la nécessité universelle, mais c'est, au contraire du drame, pour les concilier; dans le roman, ce sont, pour Schclling comme pour Gœthe, surtout des opinions et des faits qui sont représentés; dans le drame, ce sont des caractères et des actes (4).
De quelque côté qu'il le considère, Schclling voit ainsi dans le roman la même dualité que Frédéric Schlegel constatait dans la Nouvelle, le caractère subjectif et objectif, la nécessité et la difficulté d'une réconciliation. Mais il en est peu qui soient dignes de ce nom. « 11 n'est pas exa-
(1) Cf. lliiym. Die romantisc.he Schulc, p. 6/19 et 837 >q. L'intérêt <le Schclling pour la mythologie n'est p;is nouveau; sa première thèse s'intitulait : Ucber Mythen, historitche Sagen and Philosopheme aer œltesten Welt, 1793.
(2) S. W. V, p. 673 sq.
(3) Ibid.,p. 653.
(4) lb., p. 676.
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géré d'affirmer qu'il n'y a jusqua maintenant que deux romans : le Don Quichotte de Cervantes et le WUhelm Miister de Goethe, l'un appartenant à la nation la plus brillante, l'autre à la plus solide » (i). C'est pourquoi tout ce que Schelling dit du roman doit être rapporté à ces deux œuvres, à Don Quichotte surtout. 11 faut, déclare avant tout Schelling, se garder de juger Gênantes d'après les jugements qu'on a portés jadis sur lui en Allemagne et qui n'en ont point compris la poésie, ni le plan organique fa). Don Quichotte est l'exemple le plus frappant d'une mythologie créée par le génie d'un individu. « Don Quichotte et Sancho sont devenus des personnages mythologiques aux yeux de tout l'univers cultivé » (3). L'hisloires des moulins est un vrai mythe, une légende mythologique. Frédéric Schlegel avait déjà, dans son discours sur la mythologie, fait une allusion obscure au Don Quichotte, mai- la conception mythologique de Don Quichotte appartient certainement en propre à Schlegel, qui en donne ici une formule précise <•( nette. Ce qui confère à un symbole le caractère mythologique, c'est son univer- Tandis qu'un esprit de deuxième ordre eût vu
dans le roman l'occasion de trace] la satire d'une folie particulière, Cervantes en a fait 1.' tableau le plus universel, 1,1 plus profond ci le plus pittoresque de la vie ellemême i .
Cette mythologie symbolise poétiquement des ,/ admirables. Le thème du roman est, dit Schelling, la lutte de l'idéal contre le réel. Voilà l'idée qui domine lundi s. w. V. ,..
(a) Ibid.
(3) Ib.
Ci) Ib.
vie tout entière, et à travers de riches variations ne s'émiette pas. Il y a cependant dans le Don Quichotte un contraste : il ne serait ni tout à fait déplacé, ni tout à fait faux de considérer la première partie, comme Ylliade, la deuxième comme l'Odyssée du roman (i). Dans la première moitié, l'idéal est traité à la manière naturaliste et réaliste : l'idéal du héros se heurte simplement au monde habituel et à ses habituels événements; dans la deuxième moitié, l'idéal est mystifié; le monde avec lequel il entre en conflit est lui-même un monde idéal : ainsi dans l'Odvsse'e, l'île de Calypso est un monde plus imaginaire que celui où se meut Ylliade. La Circé de Don Quichotte, qui est la duchesse, lui ressemble en tout, sauf en beauté. La mystification est, dans le roman, poussée jusqu'au douloureux et au grossier, et la personne du héros, devenu fou, succombe d'épuisement. Mais sa défaite n'est qu'apparente; l'idéal remporte dans l'ensemble de la composition un triomphe absolu; il l'emporte même dans cette deuxième partie, quand ce ne serait que par la vulgarité rare de ses adversaires (2).
Le roman de Cervantes repose donc sur un héros imparfait, bien plus, dément, mais qui est en même temps une nature si noble et d'une intelligence si haute en tout ce qui ne touche pas à la chevalerie, qu'aucune vilenie ne saurait le diminuer (3).
Sancho apparaît comme l'inséparable compagnon du héros et constitue pour l'esprit une fête continuelle, une intarissable source d'ironie (4).
(1) S. W'erke. V, p. 679. L'édition de l'Académie (la 'S') de 17^7. p- ixna s< j . . compare déjà longuement Cenrantei ù Homère, (a) S. Werke. V, p. 680.
(3) llnd.
(4) lb.
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L'ironie est donc à la base même? du roman. Mais comme iman doit se rapprocher le plus possible de l'épopée, et cependant s'attacher à un sujet individuel, le poète doit suppléer à l'universalité de l'épopée par une indifférence encore pins grande envers le héros ou le sujet principal. Cette indifférence peut même aller jusqu'à l'ironie i . L'ironie est la seule forme où tout ce qui peut ou doit partir du sujet se dégage le plus nettement et se libère de lui et devient objectif, » L'imperfection ne saurait donc faire du tort à notre héros (2).
Les aventures qui se rattachent à ce héros constituent la trame la plus riche et la plus merveilleuse, qui procure le même plaisir au début comme à la fin. et qui incline l'âme à la plus sereine réflexion
Aussi le lh,n Quichotte apparaît-il au philosophe comme un puissant tableau de l'Espagne. Schelling ne connaît pas l'Espagne, même pas à travers des lectures; son jugement B'inspire de celui de G. Schlegel : « Tout ce que la nature du pays peut offrir à l'imagination de
«liai niant et de bizane... une société cultivée, etc. h i .
S hclling reprend presque la même pensée dans des ternir- analogues : Le -"I sui lequel se passe le roman
groupe ;'i celle époque tous les plilicipe- i mua 1 1 1 i< pies
d'alors cl les allie 1 la splendeur de la vie 'I société 0 (5). L'Espagn '. continue-t-il, était en cela mille fois plus favorisé que le poète allemand. Il avait autour (!<■ lui les pâtres vivant en plein air. une noblesse chevaleresque, le
■ . Sur lin. ni.' dani Schelling, roif Haym, Ib.
1 \. ir pi m li. ml p.
peuple des Maures, la côte voisine de l'Afrique, le fond des grands événements du temps et des expéditions contre les pirates, enfin une nation parmi laquelle la poésie est populaire, les costumes pittoresques, il y avait, dans la vie ordinaire, les muletiers, le bachelier de Salamanque (i).
A la vérité, le poète tire en général le comique d'événements qui sont non pas nationaux mais d'ordre absolument universel, comme la rencontre des galériens, d'un montreur de marionnettes, d'un lion dans une cage. L'hôtelier que Don Quichotte prend pour un châtelain et la belle Maritorne sont de tous les pays. L'amour, par contre, apparaît toujours dans un milieu romantique et original, et le roman tout entier se passe en plein air dans la chaude atmosphère de son climat et les couleurs intensifiées du Midi (2). 11 répond par là aux conditions du beau roman, qui doit « être un miroir du monde et du temps » (3), en même temps qu'il exprime la beauté générale des choses.
L'auteur du Wilhelm Meister est moins bien placé : le milieu où il vit est parfaitement rebelle (4). « Ce qu'une divine imagination, conclut Schelling, avait pu, dans Don Quichotte, produire d'un seul jet, le poète allemand est obligé, dans un milieu tout à fait défa\orablc et morcelé, de l'inventer et de le créer par l'effort de sa grande intelligence et de la profondeur de sa raison » (5). Son talent semble moins vigoureux, son art plus pauvre, mais la
(0 im.
(5) lb., p. 681. Cf. Schlegcl, Gaprœche iiber (lie Poésie. Uh. III, ■> (1880), p. 180. Minor II, 38 1. « Quoique leur époque (<le Cervantes et de Shakespeare) leur fût plus favorable (que la nôtre à celle de Gœthe)... »
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puissance de la conception qui porte le tout est vraiment incommensurable i . Wilhelm Meister est un tableau de la lutte entre l'idéal et le réel, qui caractérise notre monde sorti de l'identité. Mais tandis que Don Quichotte offre toujours la même lutte se renouvelant sous d°s formes toujours différentes, cette lutte est, dans W. Meister, plus rompue, plus dispersée; de là, moins de violence dam les choses, une ironie plus douce, un dénouement pratique
De la définition générale de l'art du roman découle la nature même de la forme romanesque. Le roman veut, selon la thèse de Schelling, produire une impression de calme sérénité, il doit avoir une forme objective, indifférente, il est donc obligé d'avoir recours à la pi qui e>t la suprême indifférence; mais, ajoute le disciple de <i. Schlegel, la prose, dans sa suprême perfection, est « accompagnée par un rythme discret et une certaine ordonnance dans la construction des périodes » (3). « Ce rythme s'impose moins à l'oreille que le mètre poétique; mais il ne porte d'autre part aucune trace de contrainte, et c'esl pourquoi, du reste, il demande le uni le plus parfait et le plus diligent i | Si on ne ressent pas ce rythme de la prose de Don Quichotte et de U . Meister, rien ne saurait vous I<; démontrer » (5). Comme le style épique, ce style du roman a le droit de s'arrêter, de s'attarder au moindre détail, mais aussi le devoir de ne pas se perdre en vaino fleure de rhétorique, en un vain luxe de mots (6); la plus belle forme et la plus appropriée au
fn lb., p. 68i.
(a) lbid., p. I (3) Ibid., p. «74.
(5) lb., p. O7J.
(6) lb.
roman est la forme narrative. Il demande beaucoup d'habileté, et cette habileté est le secret du véritable artiste. La contexture générale du roman, la disposition même des événements est une part de ce secret. On ne saurait, par exemple, exclure ce qu'on appelle épisodes; mais il faut exiger d'eux, soit qu'ils fassent partie intégrante du tout et soient étroitement et organiquement rattachés à la trame générale, soit qu'ils soient laissés absolument indépendants, et passent à titre de nouvelles. On ne saurait élever contre aucune de ces manières la moindre objection (i).
Le roman de Cervantes, se demande Schelling, est-il épique ou dramatique ? Sans doute, le hasard y joue, comme en toute épopée, un rôle prépondérant (2). Mais il ne faut pas croire que dans le roman le héros soit condamné à une complète inaction. La plus parfaite harmonie est atteinte dans Don Quichotte, où les actions provenant du caractère deviennent, grâce aux rencontres et aux circonstances, une aventure de héros. Un roman comme Don Quichotte est donc, aux yeux de Schelling, à égale distance de l'épopée et du drame, et concilie les deux genres.
Sa parenté avec le drame se trahit dans des contrastes vraiment puissants d'ironie et de pittoresque, par exemple dans le tableau du Don Quichotte qui montre Gardenio el Don Quichotte assis en face l'un de l'autre et conversant raisonnablement et s'intéressant l'un à l'autre jusqu'à ce que la folie de l'un fasse éclater la folie de l'autre (3).
Par suite, le roman peut aspirer au « pittoresque »; c'est
(1) lbid., p. 678.
(2) Ib., p. C77.
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ainsi que Schelling appelle « ce genre d'apparitions dramatiques et rapides » (i) qui passent dans le Don Quichotte. Que peut-il y avoir dans ce sens de plus pitt« que que, dans le Don Quichotte, l'apparition de Marcella à la cime du rocher, au pied duquel on ensevelit le berger mort d'amour pour elle ! Tout ce que les mœurs offrent de romantique doit être utilisé et l'aventureux ne doit pas être dédaigné, dès qu'il peut être utile au symbolisme de l'œuvre (2).
Le roman est donc le genre littéraire le plus complet et le plus difficile. Il ne saurait être que la conclusion d'une belle vie riche. Aussi Schelling déclare-t-il que c'est le « fruit d'un esprit tout à fait mûr » (3). « Il est en quelque sorte le dernier acte d'un esprit qui s'épure, qui rentre en lui-même et transforme de nouveau en fleur sa vie culture » j . Schelling songe, à n'en pas douter, à Gœthe < 1 Cervantes. Il a oublié ses amis romantiqu
Schelling n'a point étudié dans son ensemble le génie il* Cervantes. Il a pourtant énoncé sur les divers genres poétiques quelques jugements qui peuvent être rapportés avec plus ou moins de justesse aux ouvrages secondaires du poète.
La nouvelle, «lit Schelling après Fr. Schkgel 5 . c'est le roman qui se développe dans le sens du lyrisme, un récit qui a en \ue ht représentation symbolique d'un étal Bub jectif nu d'unr vérité particulière, en somme d'un Benti-
(1) Ibid.
(3) ll>.. p
(4) ll>. Cf. V. p. 6;.i et lr« tli.'.ri. - de I r. S l.l«<gel «ur I. lobjeetif du roman.
ment tout personnel. Les nouvelles et contes, ayant une existence indépendante, sont de vrais mythes. Parmi les mythes qui n'ont pu, comme dans l'antique tragédie, s'unir en vastes cycles épiques et restent en dehors de l'épopée universelle, beaucoup s'expriment dans le monde moderne par la nouvelle (i). Schelling ne cite que les nouvelles de Boccace. De Cervantes, il connaît cependant la Galatée et le Persiles (2).
Une forme dérivée du roman, dit-il, qui n'a plus la pureté parfaite du genre, est le « livre romantique ». Schelling ne définit point ce qu'il entend par ces termes, mais il cite en exemple le Persiles de Cervantes, la Fiammetta, de Boccace, Werther, etc., œuvres excellentes, quoique inégales (3).
Quant à l'idylle, « elle voisine avec toutes les formes poétiques ». Elle se caractérise par une propension particulière au dramatique, car la peinture y est objective. Schelling donne comme exemple le Schseferroman, la Galatée de Cervantes (4).
En somme, Cervantes est un des héros de l'art. « Les anciens ont célébré Homère comme le plus heureux des génies créateurs, les modernes ont raison de célébrer Cervantes » (5). Après les Schlegel, et d'après eux, Schelling fait du poète espagnol le maître du roman, et par là du romantisme. Cervantes est le modèle qui fait et donne des lois et qu'on doit suivre, en tenant compte des nécessités actuelles. Mais Schelling dépasse ses amis, il juge les poè-
(1) Ibid., p. 719.
(2) lb., p. 683.
(3) lb., 683.
(4) lb., 661.
(5) lb., 681.
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n philosophe, non en critique. Et, le premier, il donne du Don Quichotte une interprétation délibérément symbolique et plus audacieuse que l'essai discret de G. Schlegel : la lutte du chevalier errant lui apparaît comme un symbole de la lutte moderne entre l'idéal et la réalité; et, le premier, Schelling se range aux côtés du héros, c'est-à-dire de l'idéal malheureux. Cette nouvelle conception élève Cervantes au-dessus de tous les autres poètes; son œuvre est aux yeux du philosophe un monde parfaitement organisé, un tableau de l'Espagne et en même temps de la vie universelle. Les jugements que port»' Sehelling sur l'art et la forme rappellent plus souvent ceux des Schlegel. En somme, ce qui fait la grande originalité du philosophe, ce qui constitue son apport
■ miel dans cette empiète sur l'œuvre de Cervantes, c'esl la conception symbolique, le point de vue transcendental, l'interprétation idéaliste. L'influence île Sehelling
exerça qu'autour de lui: ses conférences esthétiques ne fuient publiée- qu'en i85g : mais si • - n" -ont
point entrées tout de suite et directement dans le domaine publie, elles n'en ont pas moins contribué à répandre parmi les romantiques le culte de l'oeuvre vantesque et à transformer I romantique du /.'<< i
Quichotte.
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