‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 33 sur 77 · I. Leipsig, i •. i · texte numérisé non relu

I. Leipsig, i •. i

' - hlegd, dit-il, oublient quand Ba

I' "'• •>'• d '■'• ' - !.• que I'.hI

appartient a l.i n - fui pai un énidit, qui calcule i

maii une tac puiaaante, .mv f . ,„■ Murait rlea

Frédéric Schlegel eut l'idée d'appliquer à l'œuvre d'art la conception d'organisme empruntée à Herder. Il ne faut pas chercher dans le Don Quichotte, déclare-t-il, et déclare après lui son frère, une unité logique, grossièrement taillée. Il y a dans le roman un plan infiniment profond et subtil, mais il faut comprendre le roman pour en comprendre la marche. Guillaume Schlegel analysa minutieusement le développement de l'ouvrage, montra la gradation des effets poétiques à travers la richesse du pittoresque; Schelling insista plus particulièrement sur la seconde partie, qui reprend la lutte de Don Quichotte, non plus contre le monde réel, mais contre un autre monde imaginare, dont le chevalier, est, en somme, vainqueur. Les épisodes même ne sont pas un vain ornement, mais un des éléments essentiels, les arabesques ou variations musicales, qui expriment l'idée de l'œuvre sous mille formes diverses, et se jouent avec grâce autour de notre imagination.

C'est aussi une véritable musique que le style du poète; les Schlegel ont aimé cette comparaison; Guillaume Schlegel, en particulier, établit qu'il y a un rythme de la prose romanesque, un rythme comparable à celui du vers, plus souple et plus ample, la phrase périodique qui est celle de Gœthe et celle de Cervantes.

Par tous les caractères de sa pensée et de sa forme, Cervantes est un poète romantique. Romantique, il l'est dans tous les sens du mot. Si on définit, avec Frédéric Schlegel, et l'Esthétique de Jean Paul, le romantisme comme le contraire de l'antique, Cervantes est vraiment romantique ei

faire de plu* absurde que d'j toit des œuvres d'arl dans !«• sens étroit el technique du mol ». Pourtant, il semble qu'il fasse abandon de Cervantes à lu thèse îles Schlegel.

l'interprétation romantique 213

moderne par l'inspiration philosophique et l'ait tout entier de son roman i . Ceux qui dérivent, avec Novalis et Frédéric Schlegel, romantique de roman, coordonnent leur idéal littéraire autour du roman cervantesque, qui n'a d'analogue que le Wilhelm Meister. D'autres, au contraire, Frédéric Schlegel encore, en particulier, ont fait du mot un simple synonyme de méridional, et, dans ce sens, Cervantes est un des poètes les plus spécifiquement méridionaux et latins. Cervantes es! donc considéré par les romantiques comme un précurseur, une autorité; à tous leurs adversaires, à ceux qui ont puisé leur idéal dans le roman et la philosophie de la France, à ceux qui rêvent un retour à l'art grec d'Homère et de Sophocle, les romantiques opposeront l'oeuvre de Shakespeare et de Cervantes, l'Angleterre ancienne. !<•< poètes d'Espagne et d'Italie, l'exemple magnifique de Goethe.

Car il ne faut pas juger isolément l'influence de Cervantes; il ne fut point seul dans la conscience romantique, où il rencontra Shakespeare et Goethe, On fut frappé tout de suite de la parenté entre le Goethe du Wilhelm Meister et le Cervantes des Nouvelle* ou du Ùon Quichotte. Ce fut. un temps, une mode élégante que (!<• comparer l'art des deux romanciers a : tous deux, donnant une leçon de réalisme poétique et de profondeur philosophique, eurent une influence commune sur l'ait romantique.

On ■ donné, apra la ntnanUqaa, l.im d'autra définftiona. Goethe,

ropporanl à la tanU claaaejae, > voit : • da Enakc rleei déejan !-• no!

itgnificatif, m;ii< IneomprelMnaible, «ion, atopida ■ (C«.

VII, p. a ntoatc de lui donna l m de poétfane ■ AMI

•ften, H, 337).

(a) Cf. une pn boa dam h /■/ ., ,|,.

m. m. WUkelm Mtitit |„. ,|t. |a manière

du Don Quichotte. »

Shakespeare, comme Gœthe, avait précédé Cervantes dans l'admiration enthousiaste des jeunes critiques; la traduction de G. Schlegel avait désormais fait de lui un classique de l'Allemagne. Cervantes vint soutenir son action envahissante. L'un et l'autre apparurent comme deux vrais artistes, parfaitement modernes, c'est-à-dire conscients de leur génie et de leur art. Ils furent pour 1rs premiers romantiques les maîtres de la « forme vivante » (i), les poètes d'un art total, fantastique et réaliste, deux grands types d'humanité, également supérieurs, et qui se comprennent l'un par l'autre (2).

D'autres poètes, Dante et Calderôn, disputèrent à Cervantes les cœurs romantiques. Dante fut, aux yeux de tous, le prophète inspiré, le créateur de symboles; Calderôn est la découverte véritable des premiers romantiques; G. Schlegel lui voua tout de suite une passion exclusive et bouillante; à sa suite, on se détacha de Cervantes à mesure qu'on s'éprit du drame caldéronien : les représentants du mysticisme méridional allaient détourner du Don Quichotte, trop humain et trop réel, les âmes ardentes et troubles de la jeunesse romantique.

Le triomphe de Cervantes ne dura donc que peu de temps; mais en ce peu d'années, de 1798 à i8o3 environ, la pensée romantique s'exerça assez activement autour de l'œuvre espagnole pour en dégager l'esprit général et les lois profondes. Elle sut coordonner les résultats de soa enquête autour de ses principes généraux, et élargit ainsi la portée de ses découvertes. Une grande âme inspire tout son effort, enveloppe ses idées et ses œuvres; et eVsl

(1) Marie Joachimi, Die WeUanschaaung der deutschen Romanlik, p. 116 »q

Cf. aussi les De»/.«r/ie Shakespeare-Problème, p. i38 et pots.

(2) Cf. encore la Pliilosopliisclie Kunsllelire, p. ai.'i.

L INTERPRETATION ROMANTIOLE '215

parce qu'elle pénétra jusqu'à l'âme même du romantisme que l'influence de Cervantes fut vraiment décisive et féconde.

11 est bien malaisé de discerner l'évolution de la doctrine romantique pendant ces premières années : les longues périodes de vie commune creusent dans les correspondances des lacunes qu'aucune exégèse ne saurait combler; les manuscrits, dont la date de composition est souvent difficile à déterminer, étaient lus ou communiqués aux amis avant leur publication, peut-être corrigés d'après suggestions de longs entretiens. Quelles difficultés pour attribuer les Fragments des Schlegel ! Les idées romantiques sont, même sous la plume de Frédéric ou de (Guillaume Schlegel, le fruit d'une constante collaboration. Cependant, on aimerait à connaître la part de chaque collaborateur, à pénétrer dans le temple obscur où s'élaborait parmi d'aimables colloque- une des religions de l'avenir.

\u>-i bien certaines initiatives caractéristiques peuventelles être datées, attribuées avec assez de certitude à quelqu'un dea apôtres de la nouvelle doctrine cervantesque, octobre 1797, Frédéric Schlegel <'ui ;'i s'occuper du bnit Quichotte; en novembre, il lut tes Nouvelles; el lui qui signala ;'i son frère et ;'i Tieck l'intérêt d'une traduction et l'importance romantique •!<• h<,n Quichotte, Guillaume Schlegel s'ébranla lentement. Tieck, qui ;i\;iii poui intes un amour déjà ancien, fut [>lu«- prompt à l'enthousiasme. Ce fut une révélation véritable : Cervantes 1 - poui < . Schlegel et |><>ui Tieck un génie de premiei plan, dont il fallait au plus tôt entreprendra

►nquête. Les articles de Vlntelligenzblati dénotent une enquête critique <léj;i ('tendue: dès le 1* janvier 1800, les

deux amis connaissaient à peu près l'œuvre complète du poète et avaient pris des informations bibliographiques. Dès lors, la différence des tempéraments s'accusa. Frédéric éludia Cervantes, non par enthousiasme littéraire, mais par curiosité d'esthéticien; la Galatée, le Don Quichotte et le Persiles, les Nouvelles, furent à priori désignés comme les modèles de genres dont il fallait surprendre les secrets. Cervantes fut considéré comme l'artiste réfléchi et raffiné, dont devait s'inspirer le poète moderne; mais l'article de Y Athenœum (1799) s'en tenait à quelques généralités un peu prétentieuses, à des suggestions sur le style, le mètre ou la couleur des œuvres cervantesques. Ces sugtions, c'est Guillaume Schlegel qui les développa; il analysa, par une minutieuse étude du détail, l'art du poète espagnol, les subtilités et la logique poétique du plan, le pittoresque de la peinture, les effets romantiques, l'esprit des jeux de mots, l'harmonie de la phrase et le rythme de cette belle prose. Frédéric Schlegel indiqua des voies nouvelles à la critique; Guillaume s'y engagea, curieux des faits précis, des exemples typiques, de tout le détail menu dont l'intelligence était à ses yeux le critérium du goût littéraire. Il semble que ce soit Frédéric qui ait senti le premier le romantisme du Don Quichotte et que ce n'était point simplement une satire, une œuvre de comique (1). Il pressentit dans le roman des idées profondes, une ou deux grandes idées directrices; mais c'est Guillaume qui énonça la première interprétation symbolique. Guillaume ne demeura pas du reste dans l'ombre de son frère. Tandis que Frédéric consacrait son attention au roman et à la nouvelle de Cervantes, dont il s'inspirait en

(1) Athenœum, II, p. 32C, 1799. Minor II, 3i5.

l'interprétation romantique "217

quelque mesure, G. Schlegel découvrait, avec Tieck, le théâtre espagnol et en particulier le théâtre de Cervantes, dont il analysa les faiblesses et les grandeurs, et traduisit un fragment. G. Schlegel donna aussi, par ses traductions, une idée précise des formes métriques de Cervantes cl de son talent proprement poétique. Mais le traducteur cervantesque de l'école fut Tieck. Quelle est la part de Tieck dans l'élaboration de la nouvelle critique de Cervantes ? Sa correspondance qui, du reste, ne contient

-que aucun souvenir de cette époque, ne nous renseigne pas; ses premières déclarations du Zerbino et de VAthenœum répètent les jugements de G. et de F. Schlea aucune note nouvelle. Ses premiers jugements nnels sont de i8o3 : ce sont deux protestations contre onceptions de l'Aufkhrrung; Tieck refuse de rien détacher du génie de Cervantes et accepte sans réserve !e> caprices de son goût; il refuse d'appliquer au Don Quichotte les lumières de sa raison, déclare l'œuvre insondablement mystérieuse ei renonce à comprendre ou interpréter. C'est parer qu'il avait été le plus atteint par l'Aufklœrung qu'il devint son plus ardent ennemi: son point de vue e-t avant tout celui du polémiste. Mais son meilleur titre de gloire esl la traduction du Don Quichotte. 11 en fixa définitivement l'image, à peu près exacte dans la couleur et

grandes lignes, infidèle seulement dans le détail, illush;i. par cette vulgarisation féconde du Cervantes authentique, les théories de ses amis, el contribua, poui le moins autant que lea Schlegel, ;'i imprimer dans la conscience d la nouvelle \ - ne les tniits du Cervantes romantique.

Schelling posa définitivement la formule de l'interprétation nouvelle : il \it dans le Don Quichotte le roman philosophique par excellence, dans la grande aventure du

BEHTI |8

Don Quichotte l'universel conflit de l'idéal et du réel, et dans la défaite du héros le triomphe splendide de son héroïsme. Le roman de Cervantes ainsi compris devint la clef de voûte de l'esthétique schellinguienne; et désormais, grâce à cette consécration, le Don Quichotte devait apparaître comme le modèle du véritable roman romantique.

Cervantes avait donc cessé d'être le bien propre des critiques et des auteurs populaires et s'adressait désormais aux poètes eux-mêmes. Le romantisme ne s'en tint pas à la spéculation esthétique et tenta de s'exprimer dans des œuvres d'art. Cervantes encore eut sa part de cette nouvelle conquête. Il apporta non pas des suggestions précises et identifiables, mais l'esprit de toute son œuvre, l'exemple d'une double nature, à la fois ardemment romantique et puissamment positive, qui a réussi à se donner et à donner à ses créations l'unité parfaite de la vie. On put apprendre de lui à ne pas se laisser emporter trop loin par l'imagination et le rêve; les disciples de Bœhme et de Calderôn n'y étaient que trop enclins; Cervantes était plus propre à lutter contre cette poussée envahissante de l'idéalisme. A vrai dire, il fut à son tour partiellement déformé; on s'occupa plus qu'autrefois des parties spécifiquement romantiques de son œuvre, de Persiles et des Nouvelles. Quant au Don Quichotte, on le romantisa, autant qu'il sembla possible. Malgré tout, Cervantes était entré dans la tradition romantique.

Les représentants les plus illustres de l'école étaient donc conduits vers Cervantes par toutes leurs tendance ei la logique de leur évolution. Cette évolution fut, à son

l'interprétation romantique "219

tour, dans une certaine mesure, commandée par Cervan-

L'influence que le poète espagnol exerça sur leur doctrine et leurs œuvres échappe en grande partie à l'analyse. Elle se combine à toutes sortes d'autres influences hétéroii analogues, et se dissout rapidement dans le bouillonnement des pensées romantiques. Cependant, on peu! tout au moins signaler quelle- tendances l'esprit cervantesque devait favoriser, et quels sont les caractères dr> imitations les plus incontestables.

Cervantes contribua avec Dante. Shakespeare et Gœthe à encourager l'évolution vers la poésie moderne; il apparut comme le créateur de genres spécifiquement romantiques, et comme un très grand artiste conscient, digne d'être opposé aux génies naïfs de l'antiquité. Lorsque les Schlegel découvrirent Cervantes, ils avaient parcouru la plus longue étape de leur conversion romantique. Son art vint confirmer leurs conclusions, affermir leur doctrine. Il- eurenl tôt fait de s'en apercevoir. Cervantes offrait, par ses pi m édés d'écrivain, la richesse de ses formes poétiques et la variété voulue de son Btyle, le meilleur exemple du romantique, tout ensemble inspiré el conscient, sublime el minutieux, créateur el critique, réalisai! tinsi leur idéal du poète moderne el réfutai! les défiances de Schillci à l'égard des modernes el les railleries de l'Aufklœrung. Il fut donc moins un modèle qu'une trme; el son action fut moins profonde dans la création poétique que dans la polémique littéraire el la critique.

I e monde d'idées qu'il évoqua dans tes ardentes im Dali* i ns renouvela leurs théories el donna

une direction nouvelle ;'i leur- enthousiasmes. Les poètes septentrionaux perdirent beaucoup de terrain, el on ne

rêva plus que de paysages ensoleillés et de rythmes espagnols ou italiens; l'Espagne de Cervantes apparut sous ses couleurs les plus séduisantes; et c'est bien certainement le culte de Cervantes qui ouvrit la voie aux passions romanesques pour Camoëns, Calderon et Boccace lui-même.

Le génie allemand fut ainsi fécondé par une inspiration nouvelle. L'Espagne et l'Italie apprirent aux romantiques, trop préoccupés de leurs rêves ou de leurs recherches spéculatives, le charme de la réalité, même grossière. « J'aime, disait G. Schlegel, le déguenillé et le pouilleux » (i). On retrouvait le Simplicissimus, s'éprenait des picaresques espagnols. Cervantes avait révélé la beauté poétique du réalisme national, et désormais, malgré des éclipses, le sens du réel, de la vie intense et pittoresque, pouvait rentrer dans la contemplation et la doctrine littéraires. Les peintures du Don Quichotte et des Nouvelles allaient bientôt inspirer un réalisme nouveau, que les romantiques avaient déjà annoncé. Déjà F. Schlegel accepte le réalisme dans l'art, quoique sous réserves. Il voit au Louvre, en 1802, le Jeune Mendiant de Murillo : « Ces haillons, ces misérables ustensiles qui l'entourent sont d'une vérité saisissante... Beaucoup d'idéalistes sont choqués de ce sujet... Tandis que d'autres auraient mis en relief le pittoresque et le comique, le grave Espagnol a su élever son sujet, de sorte que l'individuel nous y apparaît comme une considération générale sur la misère et la bassesse de la vie humaine et de l'existence elle-même » (2). « Fielding, Scarron, Lesage, les Espagnols d'Alfarache et du Lazarillo, dit-il encore, sans parler du Don Quiclwtte,

(1) Holtei, Briefe an I.. Tieck, t. III, p. 290. Borlin, i3 mars 180/1.

(2) Ansichien und Ideen von der christlichen Kunst, iSoa-o'i. Paru S. Wcrkc, 2 Ausg., r8&6, 1. 1, p. C8 sq.

l'interprétation romantique 221

bref des hommes qui ont été en partie les familiers de la meilleure et de la plus noble société de leur temps, n'en ont pas moins de parti pris choisi la société bizarre et mêlée, ou même la mauvaise, parce qu'elle leur parut plus favorable aux aventures comiques et peut-être en général plus riche pour l'imagination » (i). Schleiermacher exclut le réalisme du roman; et c'est, dit-il, « la seule nouvelle qui peut mettre en scène le vulgaire et l'indigne » (2). D'une manière générale, les romantiques n'admettent les natures viles et les réalités grossières qu'à titre de symbo-

>). Mais il les admettent, et c'est précisément Cervantes qui justifie, à leurs yeux, cette tolérance et favorise celte interprétation du réalisme artistique.

i\ antes loucha bien des points sensibles de l'âme romantique : c'est ainsi qu'il encouragea les doctrines de l'ironie romantique et les aspirations catholiques de la jeune école; mais on ne -aurait lui attribuer dans domaines d'influence sensible. Les définitions de l'ironie étaient déjà établies solidement quand les Schlegel firent connaissance avec son œuvre et le Don Quichotte ne semble p;i> > avoir ajouté d'éléments nouveaux. Les nostalgies catholiques s'éveillèrent peu après la période plus proprement cervantesque el grandirent plutôt sous l'inspiration de Calderôn. Du reste, !«• Don Quichotte, interprété du fi('i'H de vue romantique, ne contrariait en rien l'esprit aventureux el les rêves mystiques, mais glorifiait le sacrifice et le dévouement à l'Idée, el Favorisait ainsi toutes les

(1; Fr. Schlegel, litzeigt mm Gcei Wtrke, ■ Anll..

Mil. p. i.V.

• dam Ray m, Romantuckt Schale, p

-•■■'. Ml. , - " #nalm*nach, art de VAtht-

a uni, i:.,s-iSoo).

initiatives religieuses ou politiques. Et, d'autre part, l'ironie romantique trouva dans le spectacle de la dualité éternelle du monde, que proposait le Don Quichotte, une justification de son sourire et de son hautain détachement. Ces natures problématiques, que furent à ce moment précis de leur existence la plupart des jeunes romantiques, se retrouvèrent dans le roman de Cervantes, admirèrent en Don Quichotte leurs propres enthousiasmes et leurs folies, dans Saneho leur propre sens pratique et leur raison, et justifièrent par l'exemple de Cervantes lui-même l'antagonisme profond de leur double tempérament, la déchirure irrémédiable de leur être, et les avatars de leur existence.

Ils ne demandèrent donc pas au Don Quichotte, comme les hommes du xvme siècle, une leçon de sagesse et de calme philosophie, ni un remède aux exaltations du jour, ni même une inspiration satirique; mais ils crurent possible de découvrir dans une interprétation nouvelle du roman les principes mêmes de leur doctrine et les caractères de leurs œuvres propres; et, par là, ils renouvelèrent l'active influence du poète. Ils ne se contentèrent pas de constater des correspondances entre l'esprit de leur école et les écrits de Cervantes; mais ils méditèrent la pensée du maître, la laissèrent pénétrer intimement en eux et féconder les rêves et les œuvres de leur génie. Aussi l'influence de Cervantes sur le romantisme ne se trahit-elle pas, sauf exceptions, par des imitations conscientes et artificielles, mais par des affinités impalpables, des réminiscences de forme, des préférences communes pour le romanesque, l'aventureux, le romantique de la vie. On peut çà et là identifier quelques motifs, retrouver l'origine de quelque rythme; mais c'est tout. Cette œuvre qu'ils chantèrent pas-

l'interprétation romantique "2*23

sionnément. dont ils rouvrirent les fécondités taries, retrouvèrent l'esprit et la portée, où ils virent une des ntielles inspirations de l'art moderne et le modèle définitif du roman, laissa dans leur œuvre romantique d'aui races que de grossiers et maladroits pastiches, et lui communiqua un peu de son âme et de sa vie.

Du reste, beaucoup d'esprits romantiques échappent à l'emprise de Cervantes. Wackenroder, Novalis, Hœlderlin, ;it pas ou presque pas à son œuvre. Après l'enthousiasme des premiers jours, on lui garde, parmi les < "imitis, une grande déférence et beaucoup de confiance, mais on s'écarte de lui : les voies romantiques vont us. Malgré son effort [tour garder le contact avec la et la réalité féconde, l'école se laisse emporter au mysticisme, à la poésie du lève, à la fantaisie exaspérée et insatiable. Calderon prendra la place perdue par Cervanles.

Page 1